Les industriels algériens du secteur laitier préparent une mutation stratégique pour l’année 2024, marquée par une diversification des produits et une orientation croissante vers les marchés extérieurs. Selon Portail Réussir, cette réorientation répond à la fois à une saturation du marché local et à une volonté de valoriser les capacités de production nationales, confrontées à des défis structurels et conjoncturels.
Une production locale sous pression
Les industriels, regroupés au sein de l’Union nationale des opérateurs laitiers (UNOL), soulignent que cette dépendance aux importations limite leur marge de manœuvre. « Nous sommes contraints de travailler avec des matières premières dont les prix fluctuent en fonction des cours mondiaux, ce qui rend nos coûts de production instables », explique un responsable d’une laiterie basée à Blida. Cette instabilité incite les acteurs du secteur à repenser leur modèle économique, en misant sur des produits à plus forte valeur ajoutée.
L’export comme levier de croissance
« L’Algérie dispose d’un avantage compétitif en Afrique grâce à sa proximité géographique et à des coûts de production inférieurs à ceux de l’Europe », indique un expert du secteur. Plusieurs entreprises ont déjà franchi le pas, comme la laiterie de Sétif, qui exporte depuis 2022 des produits vers la Mauritanie et le Sénégal. En 2023, les exportations algériennes de produits laitiers ont atteint 12 000 tonnes, un chiffre encore modeste mais en progression constante.
Cette stratégie d’exportation s’accompagne d’investissements dans la modernisation des unités de production. Le groupe Cevital, par exemple, a annoncé récemment l’acquisition de nouvelles lignes de conditionnement pour ses produits laitiers, afin de répondre aux normes internationales. « Nous visons des certifications comme l’ISO 22000 pour garantir la qualité de nos produits et faciliter leur accès aux marchés étrangers », précise un cadre du groupe.
Diversification des produits pour conquérir de nouveaux marchés
Les fromages, en particulier, représentent un segment porteur. Longtemps dominé par les importations, ce marché voit émerger des acteurs locaux comme la fromagerie de Tlemcen, qui produit désormais des fromages à pâte molle et des spécialités comme le jben. « Nous travaillons sur des recettes adaptées aux goûts locaux, tout en visant une qualité comparable à celle des produits européens », explique le directeur de la fromagerie.
Cette diversification s’inscrit dans une logique de substitution aux importations. Le ministère de l’Agriculture a d’ailleurs lancé en 2023 un plan de soutien à la production fromagère locale, avec des subventions pour l’acquisition d’équipements et des formations pour les éleveurs. « L’objectif est de réduire les importations de fromages, qui représentent environ 20 000 tonnes par an, en développant une filière locale compétitive », indique un responsable du ministère.
Des défis à relever
« Nous devons améliorer la productivité des élevages et renforcer les circuits de collecte du lait pour éviter les pertes », souligne un responsable de l’UNOL. Des projets pilotes, comme celui mené dans la wilaya de Médéa, visent à structurer la filière en créant des coopératives d’éleveurs et en modernisant les centres de collecte.
Un autre défi réside dans la concurrence des produits importés, souvent perçus comme de meilleure qualité par les consommateurs. « Les Algériens ont l’habitude des marques étrangères, et il faut du temps pour changer ces perceptions », reconnaît un industriel. Pour y remédier, certaines entreprises misent sur des campagnes de communication mettant en avant la qualité et l’origine locale de leurs produits.
Enfin, l’accès aux financements reste un frein pour les petites et moyennes laiteries. « Les banques sont réticentes à accorder des prêts pour des projets dans l’agroalimentaire, en raison des risques perçus », déplore un entrepreneur. Le gouvernement a pourtant mis en place des mécanismes de financement, comme le Fonds national de développement agricole (FNDA), mais leur accès reste limité pour les petits acteurs.
Une filière en mouvement
Pour les consommateurs algériens, cette évolution pourrait se traduire par une offre plus variée et de meilleure qualité, tout en contribuant à la réduction du déficit commercial du pays. Reste à savoir si les industriels parviendront à surmonter les défis logistiques et financiers pour concrétiser leurs ambitions. Une chose est sûre : le lait algérien est en train de se réinventer.