Revue de presse : Changement climatique Algérie, Startups Algérie, Santé Algérie…

**L’Algérie en mouvement : un kaléidoscope de tensions et de promesses**

L’Algérie contemporaine se déploie comme un palimpseste où se superposent les strates d’un passé à la fois glorifié et encombrant, les urgences d’un présent sous pression, et les esquisses d’un futur qui hésite entre repli et audace. Les actualités des dix derniers jours dessinent une cartographie complexe, où chaque domaine – du climat à la santé, en passant par l’armée et les traditions – révèle des dynamiques contradictoires, mais aussi des fils rouges insoupçonnés.

À première vue, ces informations semblent éparses, presque anecdotiques. Pourtant, elles composent une partition où se jouent les grandes tensions de la société algérienne : entre souveraineté et dépendance, entre modernisation et préservation identitaire, entre centralisation étatique et initiatives locales. Derrière les annonces officielles, les succès ponctuels et les drames silencieux, se profile une Algérie en quête d’équilibre, tiraillée entre la nostalgie d’une grandeur passée et l’impératif d’une adaptation forcée à un monde en crise.

**1. Le climat, miroir des fractures algériennes : entre résilience locale et impuissance globale**

Le prix Rabah Aissat décerné à Aït Bouhini, village kabyle, pour sa propreté et sa gestion écologique, contraste violemment avec l’absence de stratégie nationale face au changement climatique. Ce village, niché dans les montagnes de Tizi Ouzou, incarne une forme de résistance par le bas, où les communautés locales pallient les carences de l’État. Mais cette réussite isolée pose une question cruciale : comment un pays dont les hominidés d’Aïn Hanech (datés de 1,8 million d’années) témoignent d’une présence humaine ancienne et résiliente, peut-il aujourd’hui se contenter de victoires symboliques face à la désertification et aux pénuries d’eau ?

L’Algérie, qui a longtemps brandi son indépendance énergétique comme un étendard, se retrouve aujourd’hui prise au piège de sa dépendance aux hydrocarbures. Les salons agricoles (Sipsa-Filaha, salon de Constantine) mettent en avant des accords de partenariat, mais ceux-ci restent souvent superficiels, sans vision à long terme. L’irrigation, domaine crucial pour un pays où l’agriculture représente 12 % du PIB mais seulement 2 % des terres arables, est traitée comme un enjeu technique plutôt que stratégique. Pourtant, les sécheresses récurrentes et la baisse des nappes phréatiques menacent directement la sécurité alimentaire.

Fils rouges :
La décentralisation comme solution ? Aït Bouhini montre que les initiatives locales peuvent réussir là où l’État échoue. Mais cette dynamique reste marginale, faute de soutien institutionnel.
L’agriculture, parent pauvre de la modernisation. Les salons et accords ne suffisent pas : sans réforme foncière, sans investissements massifs dans les technologies d’irrigation (comme le goutte-à-goutte israélien, déjà testé avec succès dans certaines wilayas), l’Algérie restera vulnérable aux chocs climatiques.
Le paradoxe énergétique. Le pays exporte du gaz tout en subissant des coupures d’électricité. La transition écologique est absente des discours officiels, alors que l’Algérie pourrait devenir un leader des énergies renouvelables en Afrique.

**2. Santé : entre avancées chirurgicales et déserts psychiatriques**

L’inauguration d’un centre de radiothérapie privé à Alger et les 13 interventions réussies contre la scoliose à Aïn Témouchent sont des succès indéniables. Ils témoignent d’une expertise médicale algérienne réelle, capable de rivaliser avec les standards internationaux. Pourtant, ces victoires masquent un système de santé à deux vitesses, où l’excellence côtoie l’abandon.

Le drame des malades mentaux, errants et stigmatisés, révèle une faille béante dans la prise en charge psychiatrique. L’Algérie compte moins de 500 psychiatres pour 45 millions d’habitants – un ratio catastrophique. Les troubles post-partum, évoqués dans un reportage sur l’institut Paris Brune, restent un tabou, alors qu’ils touchent une femme sur cinq. Comment expliquer ce décalage ? Plusieurs facteurs se conjuguent :
Un héritage colonial. Les hôpitaux psychiatriques algériens, comme celui de Blida où Frantz Fanon a travaillé, ont été conçus pour contrôler plutôt que soigner. Leur modèle asilaire persiste, malgré les réformes.
Un déni culturel. La santé mentale reste associée à la honte, surtout pour les femmes. Les mères atteintes de dépression post-partum sont souvent accusées de « manque d’amour » pour leur enfant.
Un système hospitalier saturé. Les hôpitaux publics, sous-financés, peinent à assurer les soins de base. Les cliniques privées, inaccessibles pour la majorité, creusent les inégalités.

Fils rouges :
La médecine comme enjeu de souveraineté. L’Algérie forme d’excellents chirurgiens, mais manque cruellement de spécialistes en santé mentale. Pourquoi ? Parce que la psychiatrie n’est pas perçue comme une priorité stratégique.
Le privé vs le public. Les succès médicaux récents (radiothérapie, scoliose) sont souvent le fait du secteur privé ou d’hôpitaux bien dotés. Le reste du pays sombre dans la précarité sanitaire.
Fanon, toujours actuel. Les propos de Frantz Fanon sur l’oppression coloniale résonnent encore aujourd’hui, notamment dans la façon dont la société algérienne traite ses « fous ». La santé mentale reste un champ de bataille idéologique.

**3. Transports et infrastructures : le tramway, symbole d’une modernisation inégale**

L’inauguration du tramway de Mostaganem par le ministre des Transports, Aïssa Beldjoud, est une bonne nouvelle pour une ville de 160 000 habitants. Pourtant, ce projet, comme ceux d’Oran, Constantine ou Sétif, pose une question fondamentale : à qui profitent ces infrastructures ?

Les tramways algériens sont avant tout des projets urbains, conçus pour désengorger les centres-villes et offrir un transport « moderne » aux classes moyennes. Mais ils ignorent les périphéries et les zones rurales, où vivent encore 40 % de la population. Par ailleurs, leur coût exorbitant (plusieurs centaines de millions de dollars par ligne) interroge : ces investissements sont-ils prioritaires dans un pays où les routes secondaires sont souvent impraticables, et où les transports en commun interurbains restent défaillants ?

Fils rouges :
Une modernisation sélective. Les tramways sont des vitrines politiques, destinées à montrer une Algérie « en marche ». Mais ils masquent le sous-investissement dans les infrastructures de base (eau, assainissement, routes).
Le mythe de la ville globale. Mostaganem, comme Alger ou Oran, cherche à se positionner comme une métropole attractive. Mais cette course à la modernité urbaine se fait au détriment des campagnes, où les services publics disparaissent.
L’Italie, partenaire clé. L’offensive stratégique italienne en Algérie (mentionnée dans les actualités sur les startups) inclut des contrats dans les transports. L’Algérie devient un terrain de jeu pour les entreprises européennes, au risque de perdre le contrôle de ses infrastructures.

**4. L’armée : entre expansion régionale et dépendance technologique**

L’incursion de l’armée algérienne en Mauritanie et les débats sur la supériorité des F-16 marocains face aux Su-57 algériens révèlent une réalité géopolitique complexe. L’Algérie, puissance militaire régionale, cherche à affirmer son influence en Afrique de l’Ouest, notamment face à l’instabilité au Sahel. Mais cette stratégie se heurte à deux limites :
Une dépendance technologique. Les Su-57, avions russes de cinquième génération, sont certes performants, mais leur acquisition lie l’Algérie à Moscou. En cas de tensions internationales, le pays pourrait se retrouver coincé entre ses alliances.
Une rivalité coûteuse avec le Maroc. La course aux armements avec Rabat (F-16, drones turcs, etc.) absorbe des milliards de dollars qui pourraient être investis dans le développement. Cette logique de « sécurité par la dissuasion » est-elle durable ?

Pourtant, l’industrie militaire algérienne innove, avec des projets d’intégration nationale (drones, blindés). Mais ces avancées restent marginales face à l’ampleur des besoins civils.

Fils rouges :
L’armée, État dans l’État. En Algérie, l’institution militaire est à la fois un acteur politique, économique et social. Ses choix stratégiques (comme l’incursion en Mauritanie) ont des répercussions bien au-delà du domaine militaire.
Le Sahel, nouveau front. L’Algérie joue un rôle croissant dans la stabilisation du Sahel, mais cette implication risque de l’entraîner dans des conflits qui ne sont pas les siens.
Le piège de la realpolitik. En s’alliant avec la Russie et en rivalisant avec le Maroc, l’Algérie se prive de marges de manœuvre. Une diplomatie plus équilibrée (avec l’Europe, la Chine, l’Afrique) serait-elle possible ?

**5. Les Algériens de l’étranger : entre exil et retour au pays**

Zaho, star de la chanson, déclare « fuir l’Algérie », tandis qu’un entrepreneur algérien de France réussit dans le saumon fumé. Ces deux destins illustrent les paradoxes de la diaspora algérienne :
L’exil des talents. Zaho n’est pas un cas isolé. Des milliers de jeunes Algériens, diplômés et qualifiés, quittent le pays chaque année, faute de perspectives. La fuite des cerveaux est un drame national, mais aussi une opportunité : la diaspora envoie des milliards de dollars en transferts (plus de 2 milliards en 2023).
Le retour des compétences. Certains, comme l’entrepreneur en saumon fumé, reviennent investir. Mais ces cas restent minoritaires, car le climat des affaires en Algérie reste peu attractif (bureaucratie, corruption, instabilité juridique).

Fils rouges :
La diaspora, une ressource inexploitée. L’Algérie pourrait mieux utiliser son vivier de talents à l’étranger, notamment dans les secteurs high-tech et agricole. Mais cela suppose une ouverture politique et économique.
Le mal-être des jeunes. Les déclarations de Zaho reflètent une frustration générationnelle. Le pays forme des ingénieurs, des médecins, des artistes, mais ne leur offre pas de place.
L’agriculture, secteur d’avenir pour la diaspora. Le succès de l’entrepreneur en saumon fumé montre que l’agroalimentaire est un domaine porteur. Mais il faut des réformes pour faciliter l’investissement.

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