Revue de presse : Changement climatique Algérie, Football algérien, Made in Algeria…

**L’Algérie à l’épreuve de ses propres contradictions : un pays en tension entre modernité et inertie**

L’Algérie danse sur un fil. D’un côté, des annonces grandioses – méga-projets solaires, reboisement ambitieux, transition énergétique accélérée – qui dessinent le portrait d’une nation en marche vers l’avenir. De l’autre, une réalité sociale et économique qui résiste, où le football reste un exutoire politique, où les PME étouffent sous les lourdeurs administratives, et où les médias oscillent entre contrôle étatique et velléités d’émancipation. Ces actualités, en apparence disparates, révèlent une Algérie schizophrène : un pays qui rêve de devenir le grenier énergétique de l’Europe tout en peinant à électrifier ses propres villages, qui exporte des talents (artisans, footballeurs, entrepreneurs) mais peine à les retenir, et qui brandit la souveraineté comme un étendard tout en dépendant des hydrocarbures pour 90 % de ses recettes.

Le fil rouge ? Une quête désespérée de légitimité – économique, géopolitique, culturelle – dans un monde où l’Algérie n’est plus le phare du tiers-mondisme, mais un acteur régional parmi d’autres, tiraillé entre ses ambitions et ses blocages.

**1. L’énergie : le mirage solaire et la malédiction des hydrocarbures**

L’Algérie a tout pour devenir la Norvège du désert : un ensoleillement parmi les plus intenses au monde, des réserves de gaz encore substantielles, et une position géographique idéale pour alimenter l’Europe en électricité verte. Pourtant, entre les discours et les actes, le fossé est abyssal.

Le projet de Kébili, annoncé comme un « méga-projet » d’exportation d’électricité solaire vers l’Europe, rappelle étrangement les promesses des années 2010, quand Sonelgaz jurait que le pays serait autosuffisant en énergies renouvelables d’ici 2030. Aujourd’hui, moins de 1 % de l’électricité algérienne provient du solaire. Pourquoi ? Parce que la transition énergétique algérienne est une transition schizophrène : le gouvernement parle de « sortie progressive des hydrocarbures », mais le budget de l’État dépend toujours à 60 % des revenus pétroliers. Pire, les subventions aux énergies fossiles (électricité et carburant à prix cassés) encouragent le gaspillage et découragent les investissements dans les renouvelables.

Le paradoxe est cruel : l’Algérie pourrait être le leader africain de l’énergie solaire, mais elle reste prisonnière de son modèle rentier. Comme le disait Frédéric Lordon, « le capitalisme est une machine à produire des dépendances », et l’Algérie en est l’illustration parfaite. Sonatrach, mastodonte étatique, freine des quatre fers contre une transition qui menacerait ses rentes, tandis que les projets solaires peinent à trouver des financements locaux. Résultat : l’Europe, qui cherche désespérément à se passer du gaz russe, regarde vers le Maroc (avec son plan « Noor ») et la Tunisie (avec sa « Ceinture verte »), tandis que l’Algérie, malgré ses atouts, reste à la traîne.

La question qui fâche : et si l’Algérie ratait le coche de la transition énergétique, comme elle a raté celui des industries légères dans les années 1980 ?

**2. Le football : miroir des fractures politiques et identitaires**

Le football algérien est un théâtre où se jouent bien plus que des matchs. Les déclarations sur la « fraternité » entre l’Algérie et le Maroc (« on parle le même dialecte, on a la même culture ») sonnent faux quand on sait que les deux pays n’ont plus de relations diplomatiques depuis 2021. Le football, ici, est une métaphore de la nation : un espace où l’on célèbre une identité maghrébine fantasmée, tout en alimentant les rivalités politiques.

Mais le plus révélateur, c’est le rôle du football comme exutoire. Dans un pays où la contestation est réprimée (le Hirak a été étouffé, les médias indépendants muselés), les stades restent l’un des rares lieux où le peuple peut exprimer sa colère. Les chants des supporters contre le pouvoir, les banderoles hostiles au gouvernement, les émeutes post-matchs – tout cela rappelle que le football est bien plus qu’un sport en Algérie. C’est une soupape de sécurité, un espace de liberté relative dans un système verrouillé.

Et puis, il y a la question franco-algérienne, revenue sur le devant de la scène avec les déclarations de Sébastien Lecornu sur la « renégociation » de l’accord de 1968. Le RN, en instrumentalisant la question migratoire, a réveillé les vieux démons. Le football, là encore, est un révélateur : les joueurs algériens de Ligue 1 (comme Riyad Mahrez) sont à la fois des héros nationaux et des cibles de critiques quand ils « choisissent » la France. Comme si l’Algérie leur reprochait de ne pas assez incarner la hogra (l’humiliation) subie par le peuple.

Le football algérien, c’est donc cela : un mélange de fierté nationale, de frustration politique et de nostalgie postcoloniale. Un sport qui, comme le disait Camus, « est la seule chose qui donne encore un sens à la vie » – mais aussi un miroir grossissant des tensions qui traversent la société.

**3. Made in Algeria : l’artisanat entre tradition et précarité**

L’Algérie regorge de talents artisanaux – céramique, textile, cuir – mais peine à les transformer en leviers économiques. Les finalistes de Maison Mode Méditerranée ou l’exemple tunisien de TRIIIZA (qui réinvente l’artisanat durable) montrent ce que pourrait être un « Made in Algeria » conquérant. Pourtant, la réalité est moins reluisante.

D’abord, il y a le problème de la filière informelle. Une grande partie de l’artisanat algérien échappe aux circuits légaux, ce qui prive les créateurs de financements et de visibilité. Ensuite, il y a la concurrence des produits importés (notamment chinois), vendus à bas prix et qui étouffent les artisans locaux. Enfin, il y a l’absence de stratégie industrielle : l’Algérie a longtemps misé sur les hydrocarbures au détriment des industries légères, et aujourd’hui, elle paie le prix de cette négligence.

Pourtant, des initiatives existent. Le projet ñai’ũpo, qui valorise la céramique ancestrale, montre que l’Algérie a un patrimoine culturel riche, mais sous-exploité. Le problème ? Ces projets restent marginaux, portés par des passionnés plutôt que par une politique publique cohérente.

La grande question : l’Algérie peut-elle passer d’une économie de rente à une économie de la création ? Rien n’est moins sûr. Car pour cela, il faudrait une révolution culturelle – et politique.

**4. La 5G et l’Internet : entre modernité numérique et arnaques 2.0**

L’Algérie veut sa 5G, mais son Internet reste lent, cher et peu fiable. Pire, le pays est devenu un paradis pour les arnaqueurs en ligne. Les associations de consommateurs tirent la sonnette d’alarme : faux livreurs, escroqueries aux locations de vacances, phishing bancaire… Le numérique, censé être un levier de développement, est devenu un Far West.

Pourquoi ? Parce que l’État algérien, tout en vantant les mérites de la « révolution digitale », n’a pas mis en place les garde-fous nécessaires. Les lois contre la cybercriminalité existent, mais elles sont rarement appliquées. Résultat : les Algériens, de plus en plus connectés, sont aussi de plus en plus vulnérables.

Et puis, il y a la censure. L’Algérie bloque régulièrement des sites d’information indépendants et surveille les réseaux sociaux. Le numérique, ici, est à la fois un outil de modernisation et un instrument de contrôle.

Le paradoxe algérien : un pays qui veut attirer les investisseurs étrangers dans le digital, mais qui ne protège pas ses citoyens contre les arnaques. Un pays qui parle de « smart cities », mais où l’administration en ligne reste un parcours du combattant.

**5. Les PME : le maillon faible de l’économie algérienne**

Les PME algériennes sont dans un étau. D’un côté, elles manquent cruellement de financements (contrairement à la Côte d’Ivoire, où NSIA Banque et la BII viennent de signer un accord de 34 millions de dollars pour les PME). De l’autre, elles subissent une bureaucratie kafkaïenne et une fiscalité écrasante.

Pourtant, les PME sont le seul espoir pour diversifier une économie trop dépendante des hydrocarbures. Le One Business Forum, qui promeut les partenariats maghrébins, est une bonne initiative, mais il reste marginal. Car en Algérie, les grands contrats publics vont toujours aux mêmes conglomérats proches du pouvoir, tandis que les petits entrepreneurs peinent à obtenir des prêts.

Le drame des PME algériennes, c’est qu’elles sont trop petites pour être aidées, trop grandes pour être ignorées. Résultat : beaucoup d’entre elles meurent avant d’avoir pu grandir.

**6. Les médias : entre contrôle et résistance**

La presse algérienne est un champ de bataille. D’un côté, des médias officiels qui relaient la propagande gouvernementale. De l’autre, des journalistes indépendants (comme Abderrahmane Mansouri) qui tentent de faire leur travail malgré les pressions.

Le problème ? L’Algérie n’a pas de loi sur l’accès à l’information, ce qui permet à l’État de contrôler l’agenda médiatique. Les sujets sensibles (corruption, Hirak, droits de l’homme) sont systématiquement censurés.

Pourtant, une contre-culture médiatique émerge, notamment sur les réseaux sociaux. Les Algériens, de plus en plus méfiants envers les médias traditionnels, se tournent vers YouTube, Facebook et TikTok pour s’informer. Mais là encore, le pouvoir tente de verrouiller l’espace numérique.

La presse algérienne est donc un miroir de la société : un mélange de résignation, de résistance et de créativité.

**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**

L’Algérie de 2024 est un pays en tension permanente. D’un côté, des atouts immenses : un potentiel énergétique colossal, une jeunesse éduquée et connectée, une diaspora dynamique. De l’autre, des blocages structurels : une économie rentière, une bureaucratie étouffante, un

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