Benhamouche critique la lenteur des politiques climatiques

Des engagements climatiques restés lettre morte

L’Algérie peine à traduire ses ambitions climatiques en actions concrètes. Zoubir Benhamouche, économiste et expert en la matière, dénonce un décalage flagrant entre les déclarations officielles et les résultats sur le terrain. Ses critiques, relayées par horizons.dz, mettent en lumière un système où les réglementations existent, mais leur application reste défaillante. Le pays accumule ainsi des retards qui fragilisent sa crédibilité internationale, alors que les enjeux environnementaux s’aggravent.

Les objectifs fixés par Alger dans le cadre de ses engagements climatiques – qu’ils relèvent de la réduction des émissions ou de l’adaptation aux changements – butent sur des obstacles structurels. Les textes légaux sont souvent élaborés sans être suivis d’effets. Les plans nationaux, aussi ambitieux soient-ils sur le papier, se heurtent à un manque de moyens, à une coordination insuffisante entre acteurs, et à une volonté politique inégale. Résultat : des promesses non tenues, des projets bloqués, et une transition énergétique et écologique qui avance à pas de tortue.

Pour Benhamouche, ce constat reflète une gouvernance climatique fragmentée. Plusieurs ministères – ceux de l’Énergie, de l’Environnement, de l’Industrie – interviennent dans le domaine, mais sans vision commune. Leurs stratégies se recoupent rarement, leurs budgets sont dispersés, et leurs actions manquent de cohérence. Le résultat est une perte de temps et d’opportunités, alors que le pays pourrait tirer parti de sa position géographique et de ses ressources pour devenir un leader régional en matière de transition verte.

Une gouvernance climatique en lambeaux

Le cœur du problème réside dans l’absence d’une instance centrale capable de piloter la transition écologique. Benhamouche propose la création d’une agence nationale dédiée, inspirée du modèle de l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie (AMEE), mais dotée de pouvoirs élargis. Une telle structure aurait pour mission de fédérer les acteurs, d’allouer les ressources de manière efficace, et de veiller à la mise en œuvre des politiques climatiques.

Aujourd’hui, la gouvernance climatique algérienne souffre d’un manque de coordination. Les ministères concernés agissent souvent en silos, sans synchroniser leurs actions. Par exemple, le secteur de l’énergie peut promouvoir des énergies renouvelables, tandis que celui de l’industrie continue de subventionner des procédés polluants. Cette incohérence affaiblit l’impact global des mesures prises. Pire encore, les retards administratifs et les lenteurs bureaucratiques étouffent les initiatives locales, privant le pays de gains immédiats en termes d’emplois verts ou d’innovations.

L’expert souligne aussi un déficit criant en matière de moyens humains et financiers. Les structures existantes manquent de ressources pour mener à bien leurs missions. Sans budget autonome et sans effectifs qualifiés, elles dépendent trop des arbitrages politiques, ce qui rend leurs actions imprévisibles. Une agence nationale forte, avec des prérogatives claires et des financements stables, pourrait briser cette logique de dépendance et accélérer la transition.

L’agriculture et l’eau, des secteurs sous pression

Deux domaines clés – l’agriculture et la gestion de l’eau – illustrent les faiblesses du système. Ces secteurs, particulièrement vulnérables aux effets du changement climatique, devraient être des priorités. Pourtant, leurs enjeux ne sont pas toujours intégrés dans les stratégies nationales. L’agriculture, par exemple, consomme une part importante des ressources en eau, une ressource déjà menacée par la sécheresse et la surexploitation.

Benhamouche rappelle que ces secteurs représentent aussi une opportunité économique. Une transition verte dans l’agriculture pourrait créer des emplois, stimuler l’innovation et améliorer la résilience des filières. De même, une gestion plus durable de l’eau permettrait de sécuriser les approvisionnements et de réduire les conflits d’usage. Mais sans coordination renforcée entre les acteurs publics et privés, ces potentiels restent inexploités.

Le manque de culture environnementale en Algérie aggrave encore la situation. Les citoyens, les entreprises et même une partie des décideurs sous-estiment souvent les risques climatiques. Pourtant, les signaux sont clairs : pénuries d’eau, stress hydrique, perte de biodiversité. Sans une prise de conscience collective, les efforts politiques resteront vains. Benhamouche insiste sur la nécessité d’une mobilisation large, impliquant tous les acteurs de la société.

La COP29 comme test décisif

La prochaine COP29, prévue en novembre 2025 à Bakou, sera un moment crucial pour l’Algérie. Le pays devra y présenter des engagements concrets pour rassurer ses partenaires internationaux. Jusqu’à présent, ses contributions au niveau mondial ont été perçues comme insuffisantes, faute de preuves tangibles sur le terrain. Benhamouche estime que cette édition de la COP sera un test : soit l’Algérie prouve sa capacité à agir, soit elle risque de voir sa crédibilité s’effriter davantage.

Pour convaincre, le pays doit montrer des résultats mesurables. Cela passe par des investissements accrus dans les énergies renouvelables, une révision des subventions néfastes pour l’environnement, et une meilleure intégration des enjeux climatiques dans les politiques sectorielles. La COP29 sera aussi l’occasion de mobiliser des financements internationaux, essentiels pour accélérer la transition.

Mais l’expert ne mise pas uniquement sur l’État. Il appelle à une implication renforcée de la société civile et du secteur privé. Les entreprises, souvent perçues comme des freins en raison de leurs émissions, pourraient devenir des moteurs de changement. Les universités, quant à elles, ont un rôle à jouer dans la formation et la recherche. Enfin, les citoyens doivent être sensibilisés aux enjeux climatiques, car leur comportement influence directement les résultats.

Un défi culturel et politique majeur

Le principal obstacle reste la faible culture environnementale en Algérie. Contrairement à d’autres pays où la protection de la nature est ancrée dans les mentalités, cette question est encore marginale dans le débat public. Les citoyens manquent d’informations, les entreprises privilégient souvent le court terme, et les pouvoirs publics peinent à faire passer le message.

Pour Benhamouche, cette prise de conscience doit être progressive. Elle passe par l’éducation, la médiatisation des enjeux, et des politiques incitatives. Par exemple, des mécanismes de financement vert pourraient encourager les PME à adopter des pratiques durables. De même, des campagnes de sensibilisation ciblées pourraient changer les comportements.

Enfin, le défi est aussi politique. Les gouvernements successifs ont multiplié les déclarations d’intention, mais peu ont traduit ces paroles en actes. La COP29 sera un révélateur : si l’Algérie veut éviter d’être reléguée au rang des pays en retard, elle doit agir maintenant. Sans cela, les retards accumulés risquent de devenir irréversibles.

À retenir pour les entrepreneurs
Les opportunités liées à la transition écologique sont réelles, mais leur saisie dépendra de la capacité des acteurs privés à s’adapter aux nouvelles réglementations. Les entreprises qui investissent dès aujourd’hui dans des pratiques durables – énergies renouvelables, économie circulaire, gestion responsable de l’eau – seront les mieux placées pour tirer profit des futurs marchés verts. La clé réside dans l’anticipation : se former, innover et collaborer avec les pouvoirs publics pour ne pas être pris au dépourvu par les évolutions climatiques.

Sources

  • horizons.dz

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