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**L’Algérie à l’épreuve du temps : un pays en tension entre héritage et devenir**
L’Algérie contemporaine se débat dans une dialectique schizophrène : d’un côté, une volonté farouche de souveraineté, forgée dans le feu de la guerre d’indépendance et incarnée par des figures comme Liamine Zéroual ; de l’autre, une dépendance structurelle aux aléas climatiques, aux marchés mondiaux et aux puissances étrangères, qui en fait un pays à la fois résilient et vulnérable. Les actualités récentes dessinent une carte où se croisent les urgences – sécurité alimentaire, transition énergétique, santé publique – et les promesses – innovation médicale, soft power culturel, attractivité économique. Mais cette juxtaposition révèle moins une stratégie cohérente qu’un pays en quête d’équilibre, tiraillé entre ses mythes fondateurs et les impératifs d’un XXIe siècle impitoyable.
Derrière les annonces triomphales – production pharmaceutique locale, récoltes de blé record, partenariats énergétiques avec l’Italie – percent les fractures d’un système qui peine à articuler ses ambitions. L’Algérie est-elle en train de construire une souveraineté réelle, ou se contente-t-elle de gérer des dépendances en les habillant de discours autonomistes ? La réponse se niche dans les interstices de ces dix domaines, où chaque avancée semble contredite par une fragilité persistante.
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**1. Le blé et l’épée : souveraineté alimentaire, ou l’illusion du contrôle**
La bonne récolte de blé attendue en 2025 est un soulagement conjoncturel, mais elle ne doit pas masquer l’ampleur des défis. La Cour des comptes algérienne elle-même le reconnaît : l’adaptation au dérèglement climatique exige des transformations en profondeur, pas des rustines. Or, l’Algérie reste prisonnière d’un modèle agricole hérité de l’ère coloniale, où les céréales – culture énergivore et peu adaptée au climat méditerranéen – occupent une place démesurée dans les terres arables. Le paradoxe est cruel : alors que le pays dépense des milliards pour importer des semences et des engrais, ses ingénieurs agronomes, célébrés lors de séminaires, peinent à faire entendre leur voix face aux lobbies des importateurs.
Cette dépendance céréalière est le miroir d’une souveraineté alimentaire en trompe-l’œil. L’Algérie, comme ses voisins maghrébins, est prise dans un étau : d’un côté, les scénarios climatiques alarmants (la Tunisie voisine anticipe déjà des pénuries d’eau d’ici 2050) ; de l’autre, une classe politique qui préfère importer du blé russe ou ukrainien plutôt que de repenser un modèle agricole obsolète. La sécurité alimentaire n’est pas qu’une question de tonnes de blé stockées dans les silos de l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) – c’est une question de choix politiques. Et ces choix, aujourd’hui, penchent pour le court terme.
Pourtant, des signaux faibles émergent. Le séminaire sur le rôle stratégique des ingénieurs agronomes pourrait annoncer une prise de conscience : et si l’Algérie misait enfin sur des cultures résilientes (légumineuses, oléagineux) et des techniques agroécologiques ? Mais pour cela, il faudrait briser le tabou de la réforme agraire et affronter les intérêts des grands propriétaires terriens, souvent proches du pouvoir. La souveraineté alimentaire, en Algérie, se heurte à un mur : celui d’une élite qui préfère gérer les crises plutôt que de les prévenir.
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**2. La santé entre fierté nationale et dépendance pharmaceutique**
L’Algérie a fait de la santé un terrain de bataille pour sa souveraineté. La production locale de médicaments, présentée comme une victoire, est en réalité une nécessité imposée par la crise des chaînes d’approvisionnement mondiales. Mais cette « autonomie » est-elle durable ? Le pays produit désormais 70 % de ses besoins en médicaments, mais reste dépendant des principes actifs importés d’Inde et de Chine. Pire : le système de santé algérien, malgré ses prouesses ponctuelles (comme la chercheuse Yasmine Belkaid, lauréate du prix des Nobels Arabes), souffre d’un sous-investissement chronique dans la recherche fondamentale.
La pandémie de Covid-19 a révélé cette fragilité. Alors que l’Algérie a été l’un des premiers pays africains à lancer une campagne de vaccination massive, elle a aussi été frappée par les pénuries de tests et de traitements. Aujourd’hui, la crainte d’un rebond épidémique à l’automne 2025 rappelle que la santé publique reste un domaine où l’improvisation le dispute à la résilience. Le lancement de la campagne de vaccination contre la grippe, dans un contexte de méfiance persistante envers les vaccins, montre aussi les limites d’un système qui peine à communiquer avec sa population.
Pourtant, l’Algérie dispose d’atouts majeurs : une diaspora scientifique brillante (comme Yasmine Belkaid, directrice de l’Institut Pasteur de Tunis), des infrastructures hospitalières en expansion, et une jeunesse avide de formation (les cinq nouveaux lycées régionaux axés sur les mathématiques en sont la preuve). Mais ces ressources sont sous-exploitées, faute d’une vision à long terme. La santé, en Algérie, est un miroir grossissant des contradictions du pays : un secteur où l’excellence côtoie l’impréparation, où l’innovation se heurte aux pesanteurs bureaucratiques.
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**3. Culture et cinéma : la mémoire comme arme de résistance**
La mort de Biyouna, icône du cinéma algérien, est bien plus qu’un fait divers culturel. C’est la disparition d’une insoumise, comme le soulignent les hommages unanimes. Biyouna incarnait cette Algérie populaire, drôle et subversive, qui refuse de se laisser enfermer dans les récits officiels. Son parcours – de la Casbah d’Alger aux plateaux de « Neuilly sa mère, sa mère » – raconte l’histoire d’un pays qui a exporté ses talents tout en les niant parfois.
Le cinéma algérien, aujourd’hui, est un champ de bataille. D’un côté, des réalisateurs comme Mounia Meddour (« Papicha ») ou Karim Moussaoui (« En attendant les hirondelles ») portent une vision moderne et critique de la société algérienne. De l’autre, l’industrie cinématographique locale reste asphyxiée par le manque de financements et la censure larvée. Le paradoxe est saisissant : alors que l’Algérie célèbre Yennayer (le Nouvel An berbère) avec faste, reconnaissant enfin la richesse de sa culture amazighe, elle peine à soutenir les artistes qui en sont les porte-voix.
La culture, en Algérie, est un enjeu géopolitique. La célébration de Yennayer à Paris ou à Béjaïa n’est pas anodine : elle répond à une stratégie de soft power, où l’Algérie affirme son identité face à un Maroc voisin qui mise sur le tourisme et les séries télévisées. Mais cette diplomatie culturelle se heurte à une réalité crue : l’État algérien, malgré ses discours, investit peu dans les infrastructures culturelles. Les festivals sont souvent financés par des sponsors privés, et les salles de cinéma ferment les unes après les autres.
Pourtant, la culture algérienne résiste. Elle résiste dans les rues d’Alger, où les jeunes rappeurs comme Soolking ou Lacrim mélangent darija et français pour raconter leur quotidien. Elle résiste dans les librairies indépendantes, où les essais sur l’histoire coloniale se vendent comme des petits pains. Elle résiste, enfin, dans cette diaspora qui, de Paris à Montréal, porte haut les couleurs d’une Algérie plurielle. Biyouna, en cela, était une figure de cette résistance : une femme libre, qui a refusé de se laisser dicter sa place.
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**4. L’armée et l’énergie : les deux piliers d’une souveraineté sous tension**
L’Algérie se présente comme un pays souverain, et deux domaines en sont les symboles : son armée et ses ressources énergétiques. La mort de Liamine Zéroual, ancien président et vétéran de la guerre d’indépendance, a rappelé le rôle central de l’institution militaire dans la construction de l’État algérien. Mais cette centralité est aussi un frein : l’armée, qui contrôle une partie de l’économie (via des entreprises comme l’Entreprise nationale de travaux publics ou la Sonatrach), est à la fois un rempart et un obstacle aux réformes.
La transition énergétique illustre cette ambiguïté. L’Algérie, riche en gaz et en soleil, pourrait être un leader des énergies renouvelables en Afrique. Pourtant, elle reste dépendante des hydrocarbures, qui représentent 90 % de ses exportations. Les partenariats avec l’Italie (qui cherche à diversifier ses approvisionnements face à la crise ukrainienne) sont présentés comme une victoire diplomatique, mais ils révèlent aussi une réalité moins glorieuse : l’Algérie a besoin de l’Europe pour écouler son gaz, tout comme l’Europe a besoin de l’Algérie pour réduire sa dépendance à la Russie.
Cette interdépendance est un piège. L’Algérie mise sur le gaz comme levier de puissance (en menaçant, par exemple, de couper les livraisons à l’Espagne en cas de soutien à Rabat sur le Sahara occidental), mais elle sait que le monde se détourne progressivement des énergies fossiles. Son retard dans les énergies renouvelables – malgré un potentiel solaire exceptionnel – est un aveu d’échec. Les projets de centrales solaires annoncés depuis des années peinent à voir le jour, freinés par la corruption et le manque de volonté politique.
L’armée, elle, reste le dernier rempart d’une souveraineté de façade. Elle est à la fois le garant de la stabilité du régime et un frein à la démocratisation. Les hommages à Liamine Zéroual, « homme d’État qui a marqué une étape charnière », sont aussi un rappel : en Algérie, le pouvoir civil reste subordonné au pouvoir militaire. Cette équation, héritée de la guerre d’indépendance, est aujourd’hui un obstacle à la modernisation du pays.
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**5. Le commerce et les IDE : l’Algérie face au monde, ou l’art de la dépendance choisie**
L’Algérie se rêve en hub économique régional, mais ses réalités commerciales racontent une autre histoire. Les feuilles de brick vendues à Brest pendant le ramadan (+300 % !) sont un symbole savoureux de cette Algérie qui exporte sa culture culinaire… tout en important massivement des produits de première nécessité. Le pays, qui a longtemps méprisé le secteur privé, commence à comprendre l’importance des petites et moyennes entreprises. Mais ouvrir une supérette en Algérie reste un parcours du combattant, entre bureaucratie kafkaïenne et concurrence des réseaux informels.
Les investissements directs étrangers (IDE) sont un autre révélateur. Alors que le Maroc attire les capitaux chinois (+150 % en 2024), l’Al