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**L’Algérie, ou l’art de danser sur les failles d’un système**
L’Algérie contemporaine se révèle comme un palimpseste où s’entremêlent les strates d’un État rentier en mutation, d’une société civile en ébullition et d’un capitalisme d’État qui oscille entre protectionnisme et ouverture forcée. Les actualités des dix derniers jours dessinent moins une trajectoire linéaire qu’un champ de forces contradictoires, où chaque avancée semble grevée d’une contrepartie invisible, chaque promesse lestée d’un doute structurel.
Derrière la hausse des récoltes céréalières (3,2 millions de tonnes, selon l’USDA) se cache une dépendance persistante aux importations – la France, toujours, prête à exporter 14,3 millions de tonnes de blé tendre en 2025-2026. Derrière l’annonce de la fin du cash d’ici 2028 se profile l’ombre d’une finance islamique encore balbutiante, tandis que la Bourse d’Alger, censée symboliser la modernisation économique, peine à masquer son rôle de soupape pour les capitaux en quête de légitimité. L’Algérie avance, mais comme un funambule : chaque pas en avant exige un rééquilibrage hasardeux.
Ces contradictions ne sont pas des accidents de parcours. Elles révèlent une économie politique où la souveraineté se négocie à la marge, où l’innovation est à la fois célébrée (Samsung, Saïdal) et entravée (droits de douane sur les smartphones, taxation des géants du Net), et où le passé – archéologique, culturel, agricole – sert autant de rempart que de frein. Examinons ces dynamiques à travers trois prismes : la souveraineté en lambeaux, l’économie des symboles, et les germes d’une renaissance souterraine.
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**1. La souveraineté en lambeaux : entre autarcie et dépendance**
**Le blé, miroir des illusions agricoles**
Pourtant, l’État algérien persiste à jouer la carte de l’autosuffisance, comme en témoigne la réduction des droits de douane sur les smartphones (de 17,5 % à 2,5 %), présentée comme une mesure de « souveraineté numérique ». Mais cette ouverture sélective révèle une logique schizophrène : on libéralise là où l’État est faible (le marché des télécoms), tout en maintenant un contrôle étouffant sur les secteurs stratégiques (énergie, pharmacie). Résultat ? Une souveraineté à géométrie variable, où l’Algérie importe ce qu’elle ne peut produire (blé, médicaments) et exporte ce qu’elle ne peut consommer (gaz, pétrole).
**La santé, ou l’importation déguisée en production locale**
Cette dépendance pharmaceutique est le reflet d’un modèle économique plus large, où l’État algérien, malgré ses discours sur la substitution aux importations, continue de fonctionner comme un hub de redistribution de la rente pétrolière. Les 28,7 milliards de dinars récupérés par l’introduction du CPA en Bourse ? Une goutte d’eau dans l’océan des capitaux informels, estimés à plus de 40 milliards de dollars. La Bourse d’Alger, loin d’être un levier de financement de l’économie réelle, ressemble davantage à un lavoir pour argent sale – une machine à légitimer les fortunes accumulées dans l’ombre.
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**2. L’économie des symboles : quand l’État algérien joue aux échecs avec lui-même**
**La finance islamique, ou l’art de rater une révolution**
Pourquoi ce silence ? Parce que la finance islamique, en Algérie, est un serpent de mer. Les banques publiques, jalouses de leur monopole, bloquent toute réforme qui menacerait leur contrôle sur les flux financiers. Le Maroc, lui, vient de donner son feu vert législatif – un camouflet pour Alger, qui se targue d’être le leader du Maghreb. Cette inertie illustre une vérité cruelle : l’Algérie n’a pas peur de l’innovation, mais de la perte de contrôle qu’elle implique.
**Yennayer et l’archéologie : le patrimoine comme arme politique**
– Yennayer, officiellement reconnu comme fête nationale en 2018, est devenu un outil de soft power amazigh. En le célébrant avec faste, l’État cherche à désamorcer les revendications identitaires tout en se posant en garant de la diversité culturelle. Mais cette récupération est fragile : les Berbères, historiquement marginalisés, voient dans Yennayer un symbole de résistance, pas une concession du pouvoir.
– L’archéologie, elle, est un champ de bataille géopolitique. La campagne de volontariat pour le patrimoine mondial 2024 et les fouilles d’Ain Hanech (un site vieux de 2 millions d’années) servent à affirmer l’ancienneté de la présence humaine en Algérie – une réponse aux récits coloniaux qui ont nié l’histoire pré-islamique du pays. Mais ces efforts butent sur un paradoxe : l’Algérie, riche d’un patrimoine exceptionnel, manque cruellement de moyens pour le préserver. Les sites sont pillés, les musées sous-financés, et la formation des archéologues reste embryonnaire.
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**3. Les germes d’une renaissance souterraine**
**L’entrepreneuriat, ou la revanche des invisibles**
– Orion LAB et les start-ups pharmaceutiques montrent que la production locale n’est plus un vœu pieux, mais une réalité portée par une jeunesse éduquée et connectée. Ces acteurs ne comptent pas sur l’État : ils s’appuient sur des réseaux informels, des financements participatifs, et une connaissance fine des failles du marché.
– La réduction des droits de douane sur les smartphones est une victoire de ces entrepreneurs, qui ont fait pression pour que l’Algérie ne rate pas la révolution numérique. Mais cette mesure est aussi un aveu d’échec : pendant des années, les taxes exorbitantes ont protégé des opérateurs télécoms inefficaces (Djezzy, Mobilis, Ooredoo), au détriment des consommateurs.
**La transition énergétique, entre discours et réalité**
Le discours de Zerrouki sur un « espace africain intégré » est révélateur. L’Algérie, longtemps tournée vers la Méditerranée, cherche désormais à s’imposer comme un hub énergétique pour l’Afrique. Mais cette ambition se heurte à deux obstacles :
1. L’instabilité régionale : comment construire des infrastructures transsahariennes quand le Sahel est en proie aux coups d’État et au terrorisme ?
2. La concurrence : le Maroc et l’Égypte ont une longueur d’avance en matière d’énergies renouvelables.
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**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**
L’Algérie de 2026 sera-t-elle un pays en transition ou un État rentier en sursis ? Tout dépendra de sa capacité à surmonter trois défis systémiques :