Revue de presse : Banque Algérie, Infrastructure Algérie, Technologie Algérie…

**L’Algérie face à son miroir : entre modernisation autoritaire et résistances organiques**

L’Algérie contemporaine se débat dans un paradoxe fondateur : un État qui cherche à se projeter comme puissance régionale tout en restant prisonnier d’une économie rentière, une jeunesse avide d’innovation mais corsetée par des structures administratives sclérosées, une diaspora courtisée mais suspectée, des symboles culturels célébrés à l’international tandis que leur substrat social s’effrite. Les actualités de ces dernières semaines ne sont pas une mosaïque disparate, mais les fragments d’un même tableau — celui d’un pays en tension permanente entre le désir de contrôle et l’impératif de mutation.

Ce qui frappe, c’est la coexistence de deux temporalités. D’un côté, l’Algérie officielle, celle des banques étatiques qui ouvrent des agences avec une identité visuelle « modernisée » (Al Salam Bank), des infrastructures inaugurées en grande pompe pour les fêtes nationales (Béjaïa), et des discours ministériels sur les « start-up » et l’ »économie de la connaissance ». De l’autre, l’Algérie des marges : celle des femmes scientifiques confrontées aux préjugés, des déchets non recyclés faute de filières structurées, des athlètes dont les corps deviennent des enjeux géopolitiques, ou encore des artisans dont le savoir-faire est menacé par l’industrialisation low-cost.

Entre ces deux pôles, un fil rouge : la rente. Qu’elle soit pétrolière, symbolique (le couscous à l’UNESCO), ou même « identitaire » (la diaspora comme réservoir de devises), elle reste le moteur et le frein du pays. Mais une rente qui, aujourd’hui, se fissure sous les coups de boutoir de la mondialisation, des crises climatiques, et d’une jeunesse qui ne veut plus attendre.

**Banques et infrastructures : le théâtre de la souveraineté économique**

Les annonces de la Banque Extérieure d’Algérie (BEA) et d’Al Salam Bank ne sont pas de simples communiqués commerciaux. Elles révèlent une stratégie de reconquête du secteur financier, après des décennies de dépendance aux banques françaises et aux circuits informels (hawala). L’ouverture de nouvelles agences, la promotion du commerce extérieur, et le rôle clé de la BEA dans les transactions internationales s’inscrivent dans une logique de souveraineté monétaire — un enjeu crucial pour un pays dont les réserves de change fondent comme neige au soleil.

Pourtant, cette ambition se heurte à une réalité têtue : l’Algérie reste un pays où l’économie formelle est minoritaire. Selon la Banque mondiale, près de 50% du PIB échappe au circuit bancaire. Les infrastructures, elles, sont un autre terrain de bataille. L’inauguration de la ligne maritime Béjaïa-Sète par GNV (Groupe National des Véhicules) et les 63 millions de tonnes de marchandises transitant par les ports algériens en 2024 montrent une volonté de devenir un hub logistique régional. Mais ces investissements, souvent pharaoniques, se font au détriment d’une maintenance défaillante et d’une bureaucratie paralysante.

Contradiction majeure : l’Algérie dépense des milliards pour des ports et des autoroutes, mais peine à moderniser ses réseaux ferroviaires ou à désenclaver ses régions rurales. Comme si l’État préférait les grands projets visibles (et politiquement rentables) aux infrastructures invisibles mais vitales.

**Technologie et start-up : le mirage de l’économie post-pétrole**

Le discours du ministre Noureddine Ouadah sur les start-up est révélateur. Il affirme que l’Algérie « peut relever le défi » de l’innovation, mais les faits racontent une autre histoire. La formation à l’étranger des étudiants algériens entre 1962 et 1995 — un sujet qui refait surface — a été une politique de drainage des cerveaux, pas de construction d’un écosystème scientifique local. Aujourd’hui, les femmes en sciences se heurtent toujours aux « préjugés », et 30 à 40% des déchets pourraient être valorisés… mais ne le sont pas, faute de volonté politique et de filières organisées.

Les start-up africaines, elles, sont présentées comme un modèle à suivre. Pourtant, l’Algérie brille par son absence dans les classements continentaux (comme le Start-up Challenge 2025 en Côte d’Ivoire). Pourquoi ? Parce que le pays souffre d’un manque de financement privé, d’une fiscalité dissuasive, et d’une méfiance chronique envers l’initiative individuelle. Les rares success stories (comme DZDOC, la healthtech qui connecte patients et médecins) sont des exceptions qui confirment la règle.

Dynamique profonde : l’Algérie a les ressources humaines (une jeunesse ultra-connectée) et les moyens financiers (grâce à la rente pétrolière), mais elle refuse de lâcher prise sur le contrôle étatique. Résultat : les start-up algériennes sont soit étouffées dans l’œuf, soit contraintes de s’exiler (Dubaï, Paris, Montréal).

**Santé et athlètes : quand le corps devient un champ de bataille**

La santé en Algérie est un miroir grossissant des dysfonctionnements systémiques. D’un côté, des industriels français pointent les « faiblesses » de leur propre système, mais de l’autre, l’Algérie peine à assurer l’accès aux médicaments essentiels. La plateforme DZDOC tente de pallier ces carences en digitalisant la relation médecin-patient, mais elle se heurte à un système hospitalier sous-financé et bureaucratisé.

Le cas d’Imane Khelif, la boxeuse algérienne devenue championne olympique, est encore plus symptomatique. Ses révélations sur un traitement hormonal avant les JO de Paris ont déclenché une polémique mondiale, entre accusations de « triche » et défense de son droit à concourir. Mais au-delà du débat sportif, ce qui émerge, c’est la manière dont l’Algérie instrumentalise ses athlètes.

Khelif n’est pas seulement une sportive : c’est une ambassadrice de la nation, un symbole de résistance dans un pays où le sport féminin est encore marginalisé. Son parcours rappelle celui de Hassiba Boulmerka, la première Algérienne championne olympique (1992), qui avait dû s’exiler pour échapper aux menaces des islamistes. Aujourd’hui, les athlètes algériens sont des produits d’exportation : ils rapportent des médailles, des devises (via les sponsors), et une image positive à l’international. Mais dans le même temps, le sport amateur en Algérie est en lambeaux, faute d’investissements et de structures.

Contradiction : l’Algérie célèbre ses champions, mais néglige les millions de jeunes qui rêvent de les imiter.

**Artisanat et gastronomie : la patrimonialisation comme alibi**

Le caftan marocain inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO a provoqué une onde de choc en Algérie. Pourquoi ? Parce que l’Algérie, qui possède une tradition textile tout aussi riche (le karakou algérois, le haïk constantinois), n’a pas su — ou voulu — valoriser son artisanat à l’international. Le Prix national de l’artisanat 2025 est une tentative de rattrapage, mais il arrive tard : le savoir-faire algérien est en voie de disparition, concurrencé par les produits industriels chinois et turcs.

Même constat pour la gastronomie. Le couscous, inscrit à l’UNESCO en 2020, est devenu un symbole de l’unité maghrébine. Pourtant, en Algérie, les 30 recettes traditionnelles proposées pour la fin du Ramadan 2025 masquent une réalité plus sombre : la standardisation des saveurs. Les jeunes Algériens mangent de plus en plus de fast-food, et les plats traditionnels sont souvent réduits à des attractions touristiques.

Dynamique sous-jacente : l’Algérie patrimonialise son artisanat et sa gastronomie pour en faire des produits d’exportation culturelle, mais elle ne protège pas les artisans (manque de formations, de subventions, de circuits de distribution). Résultat : le patrimoine devient un folklore, pas une économie vivante.

**Diaspora et 5G : les deux visages de la mondialisation algérienne**

La réforme constitutionnelle visant les binationaux est un aveu d’échec. Après des décennies de méfiance envers la diaspora (perçue comme une menace ou une vache à lait), l’Algérie tente aujourd’hui de la courtiser. Mais le message est confus : on veut ses devises, ses compétences, mais on lui refuse les droits politiques (les binationaux ne peuvent pas voter depuis l’étranger, par exemple).

Pourtant, la diaspora est un atout majeur. Elle représente 5 millions de personnes, un réseau économique et culturel inestimable. Mais l’État algérien préfère la contrôler plutôt que de l’intégrer. Même chose pour la 5G : alors que le Maroc et la Tunisie misent sur l’Agritech et la Fintech, l’Algérie traîne des pieds. Pourquoi ? Parce que la 5G suppose une ouverture des données, une libéralisation du secteur télécoms, et une confiance dans l’initiative privée — trois choses que le système algérien refuse.

Paradoxe : l’Algérie a besoin de la diaspora et de la technologie pour se moderniser, mais elle craint leur pouvoir subversif.

**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**

L’Algérie de 2025 est un pays schizophrène. D’un côté, elle veut incarner la puissance régionale : elle investit dans les infrastructures, les banques, les symboles culturels, et même dans une diplomatie sportive (via ses athlètes). De l’autre, elle reste prisonnière de ses vieux démons : la rente, la bureaucratie, la méfiance envers l’initiative individuelle, et une peur panique du changement.

Trois scénarios se dessinent pour les dix prochaines années :

1. Le scénario « Singapour maghrébin » (peu probable) : L’Algérie libéralise son économie, ouvre ses frontières aux investissements, et mise sur l’innovation. La diaspora revient, les start-up fleurissent, et le pays devient un hub technologique et logistique. Condition : un changement de régime et une rupture avec le modèle rentier.

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