Cette semaine, le port de Djen Djen, dans la wilaya de Jijel, a accueilli 276 nouveaux bus destinés au réseau de transport public algérien. Selon l’Algérie Presse Service (APS), ces véhicules, débarqués récemment, s’ajoutent aux efforts du gouvernement pour moderniser et étendre les capacités du secteur. Cette livraison intervient dans un contexte où les besoins en mobilité urbaine ne cessent de croître, notamment dans les grandes agglomérations comme Alger, Oran et Constantine.
Une flotte renouvelée pour répondre à la demande
Les 276 bus, de fabrication étrangère, seront répartis entre plusieurs opérateurs publics, dont l’Entreprise de transport urbain et suburbain d’Alger (ETUSA) et les sociétés de transport des autres wilayas. D’après des sources proches du ministère des Transports, ces véhicules sont équipés de moteurs conformes aux normes Euro 6, réduisant ainsi les émissions polluantes. Leur déploiement devrait permettre d’augmenter la fréquence des lignes existantes et d’en créer de nouvelles, notamment dans les zones périurbaines mal desservies.
À Alger, l’ETUSA a déjà annoncé en avril dernier le lancement de 13 nouvelles lignes, renforçant ainsi son réseau. Ces bus s’inscrivent dans une logique similaire : désenclaver les quartiers excentrés et offrir une alternative crédible à la voiture individuelle. Cependant, des experts soulignent que l’efficacité de ces investissements dépendra aussi de la maintenance des véhicules et de la formation des conducteurs.
Un secteur en pleine mutation
Le renouvellement du parc automobile public s’accélère depuis 2023, avec plusieurs commandes passées auprès de constructeurs chinois et turcs. En février 2025, une première livraison de 150 bus avait déjà été réceptionnée au port d’Oran, suivie d’une autre de 200 véhicules en juin. Ces acquisitions s’inscrivent dans le cadre du plan quinquennal 2020-2024, qui prévoit un investissement de plus de 500 milliards de dinars pour moderniser les infrastructures de transport.
Pourtant, des défis persistent. Les retards dans la mise en service des bus électriques, promis depuis 2022, restent un sujet de préoccupation. Selon un rapport du Centre national d’études et d’analyses pour la planification (CNEAP), seulement 5 % du parc actuel est composé de véhicules à faible émission. Le ministère des Transports a récemment réaffirmé son engagement à atteindre 20 % d’ici 2027, mais les observateurs attendent des actes concrets.
Des impacts concrets pour les citoyens
À Constantine, où le réseau de transport public souffre d’une saturation chronique, l’arrivée de ces bus pourrait alléger la pression sur les lignes existantes. Un responsable de l’Entreprise de transport urbain de Constantine (ETUC) a confié à El Watan que « ces nouveaux véhicules permettront de réduire les temps d’attente aux arrêts, surtout aux heures de pointe ». À Oran, la Société de transport de la wilaya d’Oran (STWO) prévoit d’étendre son offre nocturne, une première dans le pays.
Cependant, des usagers interrogés par TSA expriment des réserves. « Les bus sont neufs, mais les horaires restent imprévisibles », déplore un habitant de Bab Ezzouar. Un autre, à Blida, souligne que « les conducteurs manquent parfois de formation, ce qui entraîne des retards et des comportements dangereux ». Ces témoignages rappellent que la modernisation du matériel ne suffit pas : elle doit s’accompagner d’une amélioration de la gestion et de la qualité du service.
Vers une intégration des différents modes de transport
Le ministère des Transports travaille également à l’interconnexion des différents réseaux. Un projet de carte unique, permettant d’utiliser les bus, le métro d’Alger et les tramways, est en phase de test depuis 2024. Selon un communiqué officiel, cette carte, baptisée « Alger Pass », devrait être généralisée d’ici la fin de l’année. Elle vise à simplifier les déplacements et à encourager l’usage des transports en commun.
Par ailleurs, le développement du réseau ferroviaire suburbain, comme le RER d’Alger, est en cours. Les travaux de la ligne reliant Zéralda à Thénia, lancés en 2023, devraient s’achever en 2026. Ce projet, financé en partie par la Banque africaine de développement (BAD), permettra de désengorger les axes routiers et de réduire les temps de trajet.
Des défis logistiques et financiers
Malgré ces avancées, des obstacles subsistent. Le coût élevé de l’entretien des bus, estimé à 10 % de leur valeur annuelle, pèse sur les budgets des entreprises publiques. Selon un audit du ministère des Finances, certaines sociétés de transport, comme l’ETUSA, affichent des déficits chroniques, en partie dus à la gratuité accordée à certaines catégories de passagers (étudiants, personnes âgées).
Pour y remédier, le gouvernement envisage une réforme tarifaire, avec une hausse progressive des prix des tickets. Une mesure impopulaire, mais jugée nécessaire par les experts pour assurer la pérennité du système. « Sans une tarification réaliste, les entreprises de transport ne pourront pas couvrir leurs coûts, et la qualité du service se dégradera », explique un économiste interrogé par Liberté.
Un pas vers la mobilité durable
La réception de ces 276 bus marque une étape dans la modernisation du transport public algérien. Si les défis sont nombreux, les progrès récents montrent une volonté de rattraper le retard accumulé. Reste à voir si ces investissements se traduiront par une amélioration tangible du quotidien des Algériens, notamment dans les zones où l’offre reste insuffisante.
Pour l’heure, les usagers attendent des résultats concrets : des bus plus fréquents, des horaires respectés et des infrastructures adaptées. Comme le résume un habitant de Sétif : « On ne demande pas des bus de luxe, mais un service fiable. C’est tout. »