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**L’Algérie entre deux feux : modernisation autoritaire et résistances culturelles**
L’Algérie contemporaine se débat dans une tension permanente entre deux forces antagonistes : d’un côté, un État stratège qui tente de redessiner son économie par des projets pharaoniques et des partenariats ciblés, de l’autre, une société civile et une diaspora qui réclament une place dans ce récit national, souvent au prix de luttes symboliques ou juridiques. Les actualités des dix derniers jours dessinent une carte où se superposent les ambitions technocratiques, les héritages postcoloniaux et les dynamiques de résistance culturelle. Mais cette juxtaposition révèle moins une harmonie qu’une série de contradictions systémiques, où chaque avancée dans un domaine semble creuser un déficit dans un autre.
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**L’énergie renouvelable : le mirage d’une transition contrôlée**
L’Algérie, pays du gaz et du pétrole, regarde avec une méfiance calculée les modèles de transition énergétique africains. Si le Maroc, le Kenya ou la Tanzanie attirent les investissements indiens d’Adani, l’Algérie, elle, mise sur des « projets structurants » dont on peine à voir la cohérence globale. Le silence algérien sur les énergies renouvelables contraste avec l’activisme de ses voisins : alors que le Togo obtient 26,5 millions d’euros de la BAD pour une centrale solaire, Alger se contente de partenariats pharmaceutiques avec l’Espagne, comme si l’innovation devait être cantonnée à des secteurs moins stratégiques.
Cette frilosité n’est pas anodine. Elle révèle une peur panique de perdre le contrôle sur les infrastructures critiques, héritage d’une méfiance historique envers les ingérences étrangères. Pourtant, en refusant de s’engager pleinement dans les renouvelables, l’Algérie prend le risque d’être dépassée par des pays comme l’Égypte ou le Maroc, qui transforment leur dépendance aux hydrocarbures en levier géopolitique. Le paradoxe est cruel : l’Algérie, qui possède l’un des plus grands potentiels solaires au monde, reste prisonnière d’un modèle rentier qu’elle ne parvient pas à dépasser.
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**PME et capitalisme "solidaire" : la quadrature du cercle algérien**
Mohamed Skander, figure montante du patronat algérien, défend un « capitalisme fondé sur la solidarité et la redistribution ». Une formule qui sonne comme un aveu : l’Algérie ne croit plus au libéralisme pur, mais n’ose pas non plus embrasser un socialisme d’État. Entre les deux, elle bricole un modèle hybride, où les PME sont à la fois courtisées et étouffées par la bureaucratie.
Les exemples étrangers cités (microfinance haïtienne, tourisme sénégalais) servent de miroir déformant. En Algérie, les PME sont moins des acteurs économiques que des variables d’ajustement dans un système où l’État reste le premier employeur et le dernier recours. La « redistribution » évoquée par Skander ressemble davantage à une aumône qu’à une véritable politique industrielle. Comment, en effet, bâtir un écosystème entrepreneurial quand les banques publiques refusent de financer les start-ups, quand les procédures administratives tuent dans l’œuf toute initiative, et quand la diaspora, pourtant riche en compétences, est cantonnée à des rôles de figurants dans des « 72 heures d’entrepreneuriat » ?
La contradiction est flagrante : l’Algérie a besoin de ses PME pour diversifier son économie, mais elle les craint comme une menace pour son contrôle social. Résultat, le pays oscille entre des discours modernisateurs et des pratiques malthusiennes, où l’innovation est tolérée tant qu’elle ne remet pas en cause les équilibres du pouvoir.
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**Recherche médicale et dépendance pharmaceutique : l’Espagne comme bouée de sauvetage**
Le partenariat renforcé avec l’Espagne dans l’industrie pharmaceutique est un aveu d’échec. L’Algérie, qui a longtemps rêvé d’autosuffisance médicale, reste dépendante des importations pour ses médicaments essentiels. Pire, sa recherche clinique est balbutiante, faute d’investissements et de liberté académique. Nommer Sifi Ghrieb Premier ministre – un technocrate sans charisme – confirme cette tendance : l’Algérie mise sur des gestionnaires plutôt que sur des visionnaires.
Pourtant, le pays regorge de talents. La diaspora médicale, réunie lors d’une rencontre récente, pourrait être un atout majeur. Mais là encore, le système algérien préfère les symboles aux actes concrets. Ces « compétences » sont invitées à participer à des colloques, pas à diriger des laboratoires ou à réformer le système de santé. La recherche médicale algérienne est ainsi condamnée à un rôle subalterne : produire des données pour des essais cliniques étrangers, sans jamais accéder à l’autonomie.
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**Sécurité alimentaire : l’addiction aux ultra-transformés**
Les études sur les additifs alimentaires et leurs risques pour la santé (cancer, diabète) devraient alerter l’Algérie, où la consommation de produits transformés explose. Pourtant, le pays reste prisonnier d’un modèle agricole archaïque, où les subventions aux céréales écrasent toute velléité de diversification. La Russie, qui ambitionne d’exporter massivement ses produits laitiers vers l’Algérie, trouve un terrain fertile : un marché captif, une population jeune et urbanisée, et un État incapable de réguler la qualité des aliments.
Cette dépendance alimentaire est une bombe à retardement. L’Algérie importe près de 70 % de ses besoins en blé, et les laiteries locales, faute d’investissements, peinent à rivaliser avec les géants russes ou européens. Le paradoxe est saisissant : alors que le pays dispose de terres fertiles et d’un climat favorable à l’agriculture, il préfère importer des produits bon marché – mais nocifs – plutôt que de moderniser son secteur primaire.
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**Musique et cinéma : la culture comme champ de bataille**
La scène culturelle algérienne est un théâtre où se jouent les luttes de mémoire et d’identité. Le concert d’Aït Menguellet à l’Opéra d’Alger, la pièce autobiographique de Yasmine Yahiatène sur son père kabyle, ou la fusion kabyle d’AZ illustrent cette vitalité. Mais cette effervescence se heurte à un État qui oscille entre récupération et répression.
Le cas de Christophe Gleizes, journaliste condamné à sept ans de prison pour avoir « fait son travail », est emblématique. L’Algérie tolère une certaine liberté artistique tant qu’elle ne menace pas le récit officiel. Aït Menguellet peut chanter à l’Opéra, mais un journaliste indépendant qui enquête sur la corruption est emprisonné. Rachid Hami, réalisateur de Pour la France, dénonce cette hypocrisie : « Dans ces rituels d’intégration, je ne comprends pas la volonté de soumettre. » La culture algérienne est ainsi tiraillée entre une avant-garde qui cherche à briser les tabous et un pouvoir qui tente de la domestiquer.
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**Diaspora : le grand rendez-vous manqué**
La diaspora algérienne est à la fois une ressource et une menace pour le régime. Les rencontres avec Sofiane Chaib (ministre du Tourisme) ou les « 72 heures d’entrepreneuriat » sont des opérations de communication destinées à donner l’illusion d’une ouverture. En réalité, la diaspora est cantonnée à un rôle de bailleur de fonds ou de faire-valoir.
Pourtant, ces compétences pourraient être un levier de développement. Mais l’Algérie préfère les garder à distance, de peur qu’elles ne deviennent une force politique autonome. La diaspora médicale, par exemple, est invitée à des séminaires, mais pas à réformer le système de santé. Cette méfiance est un gâchis : alors que le Maroc ou la Tunisie attirent leurs diasporas avec des incitations fiscales et des postes clés, l’Algérie se contente de les instrumentaliser.
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**Littérature : la mémoire comme résistance**
La littérature algérienne reste un espace de résistance. Les hommages à Kateb Yacine ou à Ahmed Aït Bachir rappellent que l’écriture est un acte politique en Algérie. Arezki Ighemat, dans L’Algérie racontée par ses écrivains, montre comment la fiction devient un contre-pouvoir face à l’histoire officielle.
Mais cette vitalité littéraire contraste avec le silence des médias et des universités. Les écrivains algériens sont célébrés à l’étranger, mais censurés ou ignorés chez eux. La littérature est ainsi le dernier refuge d’une parole libre, mais aussi le symptôme d’un pays où les autres formes d’expression sont verrouillées.
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**Partis politiques : le théâtre des ombres**
La campagne présidentielle algérienne est un spectacle sinistre. La Grande Mosquée de Paris, accusée de faire campagne pour le régime, illustre cette collusion entre pouvoir religieux et pouvoir politique. François Asselineau, candidat nostalgique de la Françafrique, est un épiphénomène qui rappelle que l’Algérie reste un enjeu pour les vieilles puissances coloniales.
Mais le vrai problème n’est pas l’ingérence étrangère : c’est l’absence de débat démocratique. Les partis d’opposition sont soit cooptés, soit réprimés. Le FLN et le RND, piliers du système, n’ont plus d’idéologie, seulement des réseaux clientélistes. Dans ce contexte, la présidentielle de 2024 s’annonce comme un plébiscite pour le statu quo, pas comme un choix de société.
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**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**
L’Algérie est un pays en sursis. Elle dispose d’atouts majeurs : une jeunesse éduquée, une diaspora dynamique, des ressources naturelles abondantes, et une culture vibrante. Mais elle est paralysée par un système qui refuse de lâcher prise.
Trois scénarios se dessinent :
1. Le scénario autoritaire modernisateur : L’État accélère les réformes économiques (énergies renouvelables, PME) sans toucher au verrou politique. C’est le scénario le plus probable, mais aussi le plus risqué : il pourrait conduire à une explosion sociale, comme en 2019.
2. Le scénario de la rupture : La jeunesse et la diaspora imposent un changement de régime. Mais ce scénario suppose une unité de la société civile, aujourd’hui fragmentée, et une pression internationale forte, ce qui est peu probable.
3. Le scénario de l’effritement : L’Algérie s’enfonce dans une crise lente, marquée par une fuite des cerveaux, une dépendance accrue aux importations, et une radicalisation des oppositions. Ce scénario est le plus dangereux, car il pourrait mener à une balkanisation du pays.
L’Algérie a les moyens d’éviter ces écueils. Mais pour cela, elle doit accepter une vérité simple : un pays ne peut pas se moderniser sans libérer sa société. Tant que l’État algérien considérera sa jeunesse, sa diaspora et sa culture comme des menaces plutôt que comme des ressources, il