Dans un entretien accordé récemment à El Watan, Rachid Rouane, professeur en entrepreneuriat et figure reconnue du monde académique algérien, alerte sur l’absence de vision stratégique durable en matière de soutien à l’entrepreneuriat en Algérie. Selon lui, cette lacune menace la pérennité des dispositifs existants et freine l’émergence d’un écosystème entrepreneurial solide. Ses propos, qui interviennent dans un contexte de relance économique post-pandémie et de diversification des sources de croissance, résonnent particulièrement auprès des créateurs d’entreprise et de la diaspora algérienne, souvent en quête de stabilité pour investir.
Des politiques publiques à la merci des changements institutionnels
Le professeur cite en exemple les programmes d’accompagnement comme Ansej ou Angem, qui, bien qu’utiles, souffrent d’un manque de coordination et d’une évaluation insuffisante de leur impact. « Les entrepreneurs ont besoin de visibilité sur le long terme, pas de mesures ponctuelles qui disparaissent au gré des priorités politiques », souligne-t-il. Cette critique rejoint les observations de nombreux acteurs du secteur, qui déplorent des délais administratifs excessifs et des critères d’éligibilité souvent opaques.
L’éducation entrepreneuriale, un maillon faible
Pour Rouane, cette faille éducative explique en partie le faible taux de survie des startups algériennes. « Un entrepreneur mal préparé a peu de chances de résister aux premiers obstacles : manque de trésorerie, concurrence, ou complexité réglementaire », analyse-t-il. Il plaide pour une refonte des cursus, avec davantage de cas pratiques, de mentorat et de partenariats avec le secteur privé. Une approche qui pourrait aussi séduire la diaspora, dont les compétences et les réseaux pourraient être mieux exploités.
La diaspora, un potentiel sous-exploité
Rouane propose la création d’un guichet unique pour les investisseurs de la diaspora, avec des avantages fiscaux et un accompagnement personnalisé. « Il faut leur donner des garanties : stabilité juridique, accès au foncier, et simplification des procédures », insiste-t-il. Des mesures qui pourraient aussi encourager les entrepreneurs algériens installés à l’étranger à rapatrier leurs projets, comme l’a fait récemment la startup Yassir, qui a choisi de recentrer ses activités en Algérie après des débuts prometteurs à l’international.
Quels leviers pour une stratégie durable ?
Ces propositions s’inscrivent dans une dynamique plus large, où des pays comme le Maroc ou la Tunisie ont déjà adopté des stratégies nationales pour l’entrepreneuriat, avec des résultats tangibles. En Algérie, l’enjeu est double : non seulement attirer des investissements, mais aussi retenir les talents locaux, souvent tentés par l’expatriation.
Un appel à l’action pour les entrepreneurs
La diaspora, quant à elle, pourrait jouer un rôle clé en exigeant des garanties avant d’investir. « Ils ont les moyens et l’expérience pour pousser à des changements concrets », estime Rouane. Une opportunité à saisir, alors que le gouvernement algérien multiplie les appels à la mobilisation des compétences nationales, comme en témoigne le récent forum Algeria 2025, dédié à l’innovation.
À retenir pour les entrepreneurs
L’Algérie manque d’une stratégie claire pour soutenir l’entrepreneuriat, ce qui fragilise les dispositifs existants et décourage les investisseurs. Les créateurs d’entreprise doivent s’appuyer sur des réseaux privés et associatifs pour compenser ces lacunes, tandis que la diaspora peut exiger des garanties avant de s’engager. La formation et la digitalisation des services restent des leviers prioritaires pour améliorer l’écosystème.
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