L’Algérie mise sur l’hydrogène vert pour diversifier son mix énergétique et réduire sa dépendance aux hydrocarbures. Cette semaine, le ministre de l’Énergie et des Mines, Mohamed Arkab, a annoncé le lancement de plusieurs projets pilotes en collaboration avec SONATRACH et Sonelgaz, marquant une étape clé dans la stratégie nationale des énergies renouvelables.
Selon le Portail algérien des énergies renouvelables, ces initiatives s’inscrivent dans le cadre du plan gouvernemental visant à produire 40 % de l’électricité à partir de sources renouvelables d’ici 2030. L’hydrogène vert, produit par électrolyse de l’eau à partir d’énergies solaire et éolienne, est présenté comme une solution pour décarboner les secteurs industriels et les transports. « L’Algérie dispose d’un potentiel solaire exceptionnel, avec plus de 3 000 heures d’ensoleillement par an, ce qui en fait un candidat idéal pour cette technologie », a déclaré Arkab lors d’une conférence à Alger.
SONATRACH, déjà engagée dans la production d’hydrogène bleu (issu du gaz naturel avec capture de CO₂), explore désormais la filière verte. Le groupe pétrolier a signé un accord avec l’allemand Siemens Energy pour étudier la faisabilité d’une unité de production d’hydrogène vert dans le sud du pays, notamment à Adrar et Tamanrasset. « Nous visons une capacité initiale de 100 MW d’électrolyseurs, avec une extension progressive », a précisé le PDG de SONATRACH, Rachid Hachichi, dans une interview accordée à El Moudjahid.
Sonelgaz, de son côté, travaille sur l’intégration de l’hydrogène dans le réseau gazier existant. Le groupe a lancé une étude pour évaluer la possibilité d’injecter jusqu’à 20 % d’hydrogène dans les canalisations de gaz naturel, une première en Afrique du Nord. « Cette approche permettrait de réduire les émissions de CO₂ tout en utilisant les infrastructures actuelles », explique un responsable de Sonelgaz cité par L’Expression.
Les défis restent cependant nombreux. Le coût de production de l’hydrogène vert, bien que en baisse, reste élevé par rapport aux énergies fossiles. L’Algérie compte sur des partenariats internationaux pour financer ces projets. Un mémorandum d’entente a été signé avec l’Union européenne en 2023 pour mobiliser des fonds dédiés à la transition énergétique. « L’objectif est de positionner l’Algérie comme un hub régional de l’hydrogène vert, avec des exportations vers l’Europe d’ici 2035 », souligne un rapport du ministère de l’Environnement.
Sur le terrain, les premières installations pilotes devraient voir le jour d’ici 2025. À Ghardaïa, un projet de ferme solaire couplée à une unité d’électrolyse est en cours de développement. « Nous testons différentes technologies pour optimiser la production et réduire les coûts », indique un ingénieur du Centre de développement des énergies renouvelables (CDER), interrogé par El Watan.
L’Algérie n’est pas seule dans cette course. Le Maroc et l’Égypte ont déjà lancé des projets similaires, avec des ambitions comparables. Mais le pays mise sur ses réserves de gaz naturel et son savoir-faire industriel pour se différencier. « L’hydrogène vert ne remplacera pas le gaz à court terme, mais il complétera notre offre énergétique », résume un analyste du secteur, cité par Liberté.
Les retombées économiques sont aussi au cœur de la stratégie. Le développement de cette filière pourrait créer des milliers d’emplois, notamment dans les régions du Sud, où les projets sont concentrés. « Nous formons déjà des techniciens spécialisés dans les énergies renouvelables et l’hydrogène », précise le directeur de l’Institut national des énergies renouvelables (INER), dans une déclaration à l’APS.
Reste la question des infrastructures. Les réseaux électriques et gaziers devront être modernisés pour supporter l’intégration de l’hydrogène. Sonelgaz a annoncé un plan d’investissement de 5 milliards de dollars sur cinq ans pour adapter ses installations. « C’est un défi technique, mais aussi une opportunité pour moderniser notre secteur énergétique », estime un expert du ministère de l’Énergie.
L’Algérie mise aussi sur la recherche. Le CDER et l’Université des sciences et de la technologie Houari-Boumediene (USTHB) ont lancé des programmes conjoints pour développer des électrolyseurs plus performants et moins coûteux. « L’innovation est clé pour rendre l’hydrogène vert compétitif », souligne un chercheur de l’USTHB, contacté par TSA.
Enfin, la dimension géopolitique n’est pas négligeable. L’Algérie, déjà fournisseur majeur de gaz pour l’Europe, pourrait devenir un acteur incontournable de l’hydrogène vert sur le marché méditerranéen. « Nous avons les ressources, les infrastructures et la volonté politique », affirme un diplomate algérien cité par Jeune Afrique.
Les prochains mois seront décisifs. Les résultats des projets pilotes détermineront le rythme de déploiement à grande échelle. Si les tests sont concluants, l’Algérie pourrait bien devenir un leader régional de l’hydrogène vert, tout en réduisant son empreinte carbone. Une transition énergétique qui s’annonce aussi comme une révolution industrielle.