Le gouvernement algérien a adopté récemment une loi visant à structurer le commerce électronique, un secteur en pleine expansion mais encore marqué par des pratiques informelles. Selon L’Algérie Aujourd’hui, ce texte législatif, présenté en décembre 2025, entend mettre fin à l’anarchie qui règne sur les plateformes de vente en ligne, où les transactions échappent souvent aux régulations fiscales et douanières.
La loi impose désormais aux vendeurs en ligne d’obtenir un numéro d’immatriculation au registre du commerce, une mesure qui vise à professionnaliser le secteur. Les plateformes de e-commerce devront également déclarer leurs revenus et s’acquitter des taxes applicables, sous peine de sanctions. D’après les autorités, cette régulation permettra de protéger les consommateurs contre les fraudes et les produits contrefaits, tout en garantissant une concurrence loyale entre les acteurs du marché.
Le texte prévoit aussi des dispositions pour sécuriser les paiements en ligne, un enjeu crucial dans un pays où les transactions électroniques restent limitées. Les banques algériennes, comme la Banque Extérieure d’Algérie (BEA) et la Banque Nationale d’Algérie (BNA), devront renforcer leurs systèmes de paiement pour offrir des solutions fiables aux utilisateurs. Cette mesure s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation des services financiers, comme l’a souligné le ministre des Finances, Laaziz Faid, lors d’une intervention récente.
Les professionnels du secteur accueillent cette loi avec prudence. Certains, comme les petits vendeurs sur les réseaux sociaux, craignent que les nouvelles obligations administratives ne compliquent leur activité. D’autres, en revanche, y voient une opportunité de légitimer leur commerce et d’accéder à de nouveaux marchés. « Cette loi est une étape nécessaire pour faire du e-commerce un levier de croissance économique », a déclaré un responsable de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI).
Les défis restent nombreux. Le taux de pénétration d’Internet en Algérie, bien qu’en progression, reste inférieur à la moyenne régionale. Selon l’Autorité de régulation de la poste et des communications électroniques (ARPCE), seulement 60 % de la population avait accès à Internet en 2025, avec des disparités importantes entre les zones urbaines et rurales. Par ailleurs, la méfiance des consommateurs envers les achats en ligne persiste, en raison des risques de fraude et des délais de livraison souvent longs.
Pour accompagner cette transition, le gouvernement prévoit des campagnes de sensibilisation et des formations pour les entrepreneurs. Des partenariats avec des plateformes internationales, comme Jumia ou Amazon, pourraient également être envisagés pour dynamiser le secteur. « L’objectif est de créer un écosystème favorable à l’innovation et à l’entrepreneuriat numérique », a indiqué un responsable du ministère du Numérique.
Cette loi s’inscrit dans une série de réformes visant à moderniser l’économie algérienne. En 2025, le gouvernement avait déjà adopté des mesures pour faciliter l’importation de biens via le e-commerce, en simplifiant les procédures douanières. Ces efforts s’ajoutent à ceux déployés pour développer les infrastructures numériques, comme le déploiement de la fibre optique et l’amélioration de la couverture 4G.
Les experts estiment que le succès de cette loi dépendra de son application sur le terrain. « Il ne suffit pas d’adopter des textes, il faut aussi mettre en place des mécanismes de contrôle efficaces », a expliqué un économiste algérien. Les autorités devront veiller à ce que les nouvelles règles ne deviennent pas un frein pour les petits entrepreneurs, tout en luttant contre les pratiques illégales.
Le commerce électronique représente un potentiel énorme pour l’Algérie, avec une population jeune et connectée. Selon une étude récente, le marché du e-commerce pourrait atteindre 2 milliards de dollars d’ici 2027, à condition que les obstacles réglementaires et logistiques soient levés. Cette loi marque donc une étape importante, mais son impact réel dépendra des mesures d’accompagnement qui seront mises en œuvre dans les mois à venir.