Algérie accélère son déploiement de la fibre optique

Le gouvernement algérien a récemment lancé une série d’initiatives pour moderniser les infrastructures numériques du pays, avec un accent particulier sur le déploiement de la fibre optique. Selon El Moudjahid, cette dynamique s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer l’accès à Internet haut débit, développer les services d’e-paiement et créer des centres de données locaux. Ces mesures, présentées comme un « grand bond numérique », marquent une étape clé dans la transformation digitale de l’Algérie.

Un réseau fibre en expansion
Le ministère des Postes et des Télécommunications a annoncé l’extension du réseau de fibre optique à plusieurs wilayas, dont Alger, Oran et Constantine. L’objectif est de couvrir 80 % du territoire d’ici 2027, contre environ 50 % actuellement. Algérie Télécom, opérateur historique, pilote ce projet avec des investissements estimés à plus de 100 milliards de dinars. « La fibre optique est la colonne vertébrale de l’économie numérique », a déclaré le ministre des Finances, Laaziz Faid, lors d’une réunion gouvernementale en décembre 2025.

Les bénéfices attendus sont multiples : amélioration de la vitesse de connexion, réduction des coupures et soutien aux entreprises locales. Dans les zones urbaines, les abonnés résidentiels et professionnels devraient bénéficier de débits dépassant les 100 Mbps, contre une moyenne actuelle de 20 à 30 Mbps. Pour les régions rurales, le déploiement vise à réduire la fracture numérique, avec des projets pilotes déjà en cours dans les wilayas de Tamanrasset et de Béchar.

E-paiement et data centers : les nouveaux piliers
Parallèlement à la fibre, l’Algérie mise sur le développement des services financiers digitaux. La Banque d’Algérie a récemment autorisé de nouvelles licences pour des opérateurs de paiement électronique, dont Algerie Poste et Satim, filiale de la Banque Extérieure d’Algérie. Ces acteurs proposent désormais des solutions comme le paiement par QR code ou les portefeuilles mobiles, avec une adoption croissante chez les commerçants et les particuliers.

Un autre volet clé est la création de data centers locaux. Le premier skills center national, inauguré à Sidi Abdellah en 2025, héberge déjà des serveurs pour des administrations et des entreprises privées. « Stocker les données en Algérie réduit les coûts et renforce la souveraineté numérique », explique un responsable d’Algérie Télécom, cité par L’Expression. Des discussions sont en cours avec des partenaires internationaux, dont Huawei et Orange, pour construire deux autres centres à Oran et Annaba.

Alcomsat-1 et les défis persistants
Malgré ces avancées, des obstacles subsistent. Le satellite Alcomsat-1, lancé en 2017 pour améliorer la couverture Internet dans les zones reculées, reste sous-exploité. Le ministre des Télécommunications, Karim Bibi Triki, a récemment appelé à une « optimisation » de son utilisation, soulignant que seulement 30 % de sa capacité est actuellement utilisée. « Nous devons former davantage d’ingénieurs et simplifier les procédures pour les opérateurs », a-t-il déclaré lors d’un séminaire en mai 2025.

Autre défi : la lenteur des réformes réglementaires. Selon un rapport d’Investir au Cameroun publié en octobre 2025, l’Algérie a progressé « à petits pas » entre 2018 et 2025, avec des retards dans la libéralisation du secteur des télécoms. La concurrence entre Algérie Télécom, Mobilis et Djezzy reste limitée, ce qui freine l’innovation et maintient des tarifs élevés pour les consommateurs.

E-commerce : une stratégie en construction
Le gouvernement a également dévoilé en décembre 2025 un plan pour dynamiser l’e-commerce, un secteur encore embryonnaire en Algérie. La réunion interministérielle, rapportée par horizons.dz, a acté la création d’une plateforme nationale de vente en ligne, ainsi que des incitations fiscales pour les startups du numérique. « Nous voulons passer de 2 % à 10 % du commerce de détail en ligne d’ici 2030 », a indiqué le Premier ministre, Nadir Larbaoui.

Pour y parvenir, les autorités misent sur l’amélioration des infrastructures logistiques, avec des partenariats entre Algérie Poste et des transporteurs privés. Un projet pilote de livraison express est testé à Alger et Blida depuis début 2026, avec des délais réduits à 24 heures pour les commandes locales.

Formation et emploi : les centres d’excellence
La modernisation numérique s’accompagne d’un effort de formation. En décembre 2025, le ministre du Travail, Youcef Chorfa, a annoncé la création de 18 centres d’excellence pour la formation professionnelle, spécialisés dans les métiers du digital. Ces structures, situées dans des wilayas comme Tizi Ouzou, Sétif et Ouargla, formeront des développeurs, des experts en cybersécurité et des techniciens en maintenance réseau.

« Nous avons besoin de 50 000 compétences numériques d’ici 2028 », a précisé Chorfa, citant une étude du ministère. Les premiers diplômés de ces centres devraient intégrer le marché du travail dès 2027, avec des partenariats signés avec des entreprises comme Condor Electronics et NCA Rouiba.

Un bilan contrasté
Si les progrès sont réels, les experts soulignent que l’Algérie part de loin. Selon l’Union internationale des télécommunications (UIT), le pays se classe au 102e rang mondial pour l’indice de développement des TIC en 2025, derrière des voisins comme le Maroc (72e) et la Tunisie (85e). « Le retard est surtout visible dans les zones rurales, où l’accès à Internet reste limité », note un analyste du cabinet BMI Research, interrogé par TSA.

Pour rattraper ce retard, le gouvernement mise sur des partenariats public-privé et des investissements étrangers. Une délégation algérienne s’est rendue en Chine en janvier 2026 pour négocier des accords avec ZTE et China Telecom, tandis qu’un mémorandum d’entente a été signé avec la France pour la formation de 1 000 ingénieurs en intelligence artificielle.

Prochaines étapes
Les prochains mois seront décisifs. Le déploiement de la fibre optique doit s’accélérer, avec un objectif de 2 millions de foyers connectés d’ici fin 2026. Par ailleurs, le ministère des Télécommunications prépare un nouveau cadre juridique pour encadrer les fintech et les data centers, avec une loi attendue avant l’été 2026.

Pour les Algériens, ces transformations pourraient se traduire par des services plus rapides, des opportunités économiques et une meilleure inclusion numérique. Reste à savoir si les promesses se concrétiseront à la hauteur des attentes.

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