Massinissa Askeur honoré par l’Italie pour la mode algérienne

Le styliste algérien Massinissa Askeur a été décoré Chevalier de l’Ordre du mérite de la République italienne, une distinction qui met en lumière l’influence croissante de la création algérienne sur la scène internationale. Cette reconnaissance, annoncée début juin 2026, marque un tournant pour la mode algérienne, souvent éclipsée par les géants européens et moyen-orientaux.

Askeur, connu pour ses collections mêlant tradition berbère et modernité, a reçu cette distinction des mains de l’ambassadeur d’Italie en Algérie, Giovanni Pugliese. Selon L’Algérie Aujourd’hui, la cérémonie s’est tenue à Alger en présence de représentants du ministère de la Culture et d’acteurs du secteur textile. Le styliste a déclaré à TSA que cette récompense « honore l’Algérie et ses artisans », soulignant le rôle des tisserands de Tlemcen et des brodeurs de Constantine dans son travail.

La carrière d’Askeur, lancée il y a une décennie, s’est construite autour d’une identité visuelle forte, inspirée des motifs amazighs et des couleurs du Sud algérien. Ses défilés, présentés à Alger, Paris et Milan, ont attiré l’attention des médias spécialisés, dont Vogue Italia, qui a salué son approche « audacieuse et respectueuse du patrimoine ». En 2025, il a collaboré avec la marque italienne Max Mara pour une collection capsule, renforçant les liens entre les deux pays.

Cette distinction intervient dans un contexte où l’Algérie cherche à valoriser ses industries créatives. Le ministère du Commerce a récemment lancé un programme de soutien aux designers locaux, avec des subventions pour participer aux salons internationaux. Selon El Watan, une vingtaine de créateurs algériens ont bénéficié de ce dispositif en 2025, dont la moitié dans le secteur de la mode.

Askeur n’est pas le premier Algérien à être reconnu à l’étranger. En 2024, la designer Yasmine Yelles avait remporté le prix Emerging Talent lors de la Fashion Week de Dubaï pour sa marque Yelli, qui réinterprète le haïk traditionnel. Cependant, la distinction italienne revêt une symbolique particulière, l’Italie étant un partenaire économique clé de l’Algérie, notamment dans le textile et l’agroalimentaire.

Les retombées de cette reconnaissance pourraient dépasser le cadre artistique. Le secteur de la mode en Algérie emploie plus de 200 000 personnes, selon les données du ministère de l’Industrie. Les ateliers de confection, concentrés à Alger, Oran et Sétif, peinent cependant à répondre à la demande internationale en raison de contraintes logistiques et de la concurrence des pays asiatiques. Askeur a d’ailleurs appelé les autorités à investir dans des formations professionnelles pour les jeunes couturiers, citant l’exemple de l’école Istituto Marangoni en Italie.

Sur le plan diplomatique, cette distinction s’inscrit dans une dynamique de rapprochement entre Alger et Rome. Les deux pays ont signé en 2025 un accord de coopération culturelle, incluant des échanges d’artistes et des résidences croisées. L’ambassadeur Pugliese a souligné que cette initiative visait à « créer des ponts entre les jeunesses algérienne et italienne », dans un contexte marqué par les tensions migratoires en Méditerranée.

Les réactions en Algérie ont été unanimes. Le ministre de la Culture, Soraya Mouloudji, a salué « une fierté nationale » sur son compte Facebook, tandis que des figures du secteur, comme le styliste Noureddine Amir, ont salué « une reconnaissance méritée pour un travail acharné ». Sur les réseaux sociaux, les hashtags #MassinissaAskeur et #ModeAlgérienne ont été partagés des milliers de fois, avec des internautes partageant des photos de ses créations emblématiques, comme la robe « Tassili » inspirée des peintures rupestres du Sahara.

Cette distinction pose aussi la question de la visibilité des créateurs algériens. Malgré un vivier de talents, beaucoup peinent à percer à l’international en raison d’un manque de structures de promotion. L’association Alger Fashion Week, créée en 2023, tente de combler ce vide en organisant des défilés et des ateliers de networking, mais son impact reste limité par des budgets réduits. Askeur, interrogé par TSA, a appelé à la création d’un fonds public dédié à l’exportation des produits culturels algériens.

En Italie, la presse a également relayé l’événement. Le quotidien La Repubblica a consacré un article à Askeur, le présentant comme « un ambassadeur du style méditerranéen ». Le journal a souligné son engagement pour une mode durable, un enjeu clé pour l’industrie textile européenne, qui cherche à réduire son empreinte carbone.

Cette reconnaissance pourrait ouvrir des portes pour d’autres créateurs algériens. Des marques comme Nayla (accessoires) ou Zine (prêt-à-porter masculin) commencent à se faire connaître en Europe, mais leur développement reste freiné par des obstacles administratifs. Le ministère du Commerce a annoncé en 2025 une simplification des procédures d’exportation pour les produits culturels, mais les délais restent longs, selon les professionnels du secteur.

Pour Askeur, cette distinction est aussi un message aux jeunes Algériens. « La mode n’est pas un luxe, c’est un métier qui peut créer des emplois et faire rayonner notre pays », a-t-il déclaré lors d’une conférence à l’université d’Alger. Son atelier, situé à Hydra, emploie une dizaine d’artisans et forme des apprentis, une initiative qu’il souhaite étendre avec le soutien des pouvoirs publics.

L’Algérie, riche de son patrimoine textile – des soieries de Constantine aux tapis de Ghardaïa –, a les atouts pour devenir un acteur majeur de la mode éthique et durable. La distinction de Massinissa Askeur rappelle que cette ambition passe par une reconnaissance internationale, mais aussi par des investissements concrets dans la formation, la logistique et la promotion. À l’heure où le pays mise sur la diversification économique, le secteur culturel pourrait bien être l’un de ses meilleurs ambassadeurs.

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