Maroc arrête des militants kabyles indépendants

Cette semaine, une information relayée par le site marocain Yabiladi.com a suscité une vive réaction en Algérie. Selon la source, les autorités marocaines ont arrêté un groupe de militants prônant l’indépendance de la Kabylie. L’affaire, qui remonte à juillet 2024, refait surface dans le débat politique algérien, ravivant les tensions entre Alger et Rabat sur la question des mouvements séparatistes.

Yabiladi.com affirme que les arrestations ont eu lieu dans le cadre d’une opération de sécurité menée par les services marocains. Le média précise que les militants arrêtés seraient liés au Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), une organisation considérée comme terroriste par les autorités algériennes depuis mai 2021. Le Maroc n’a pas encore réagi officiellement à ces allégations, mais l’information a été reprise par plusieurs médias algériens, dont Ennahar et El Khabar, qui y voient une provocation.

Le MAK, fondé par Ferhat Mehenni, un militant kabyle exilé en France, milite pour l’indépendance de la Kabylie, une région berbérophone du nord de l’Algérie. Le mouvement a été classé comme organisation terroriste par Alger après une série d’attentats et d’incidents violents attribués à ses membres. Les autorités algériennes accusent régulièrement le Maroc de soutenir des groupes séparatistes, une accusation que Rabat dément systématiquement.

Cette affaire intervient dans un contexte de relations tendues entre l’Algérie et le Maroc. Les deux pays, en conflit depuis des décennies sur la question du Sahara occidental, ont rompu leurs relations diplomatiques en août 2021. Alger accuse Rabat de mener une campagne de déstabilisation, notamment en soutenant des mouvements séparatistes comme le MAK. Le Maroc, de son côté, dénonce une instrumentalisation de la question kabyle par l’Algérie pour justifier son isolement diplomatique.

Les réactions en Algérie n’ont pas tardé. Le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a déclaré lors d’une conférence de presse que cette affaire confirmait les « manœuvres hostiles » du Maroc contre l’Algérie. « Ces arrestations montrent que le Maroc continue de jouer avec le feu en soutenant des groupes qui menacent l’unité nationale algérienne », a-t-il affirmé. Attaf a également appelé la communauté internationale à condamner ces agissements, qualifiant le Maroc de « régime qui finance et arme des groupes terroristes ».

Du côté des partis politiques algériens, les réactions sont unanimes. Le Front de libération nationale (FLN), parti historique au pouvoir, a publié un communiqué dans lequel il dénonce « une ingérence flagrante dans les affaires intérieures de l’Algérie ». Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), un parti kabyle modéré, a également réagi, appelant à la prudence. « Nous condamnons toute forme de violence ou de séparatisme, mais nous demandons aussi que les autorités algériennes évitent de tomber dans le piège de l’escalade avec le Maroc », a déclaré son secrétaire général, Mohcine Belabbas.

Les associations de défense des droits de l’homme en Algérie ont également réagi. Le Collectif des familles de disparus en Algérie (CFDA) a exprimé sa préoccupation quant à une possible instrumentalisation de cette affaire pour justifier des mesures répressives contre les militants kabyles en Algérie. « Nous craignons que cette affaire ne serve de prétexte pour durcir la répression contre les voix dissidentes en Kabylie », a déclaré un porte-parole du collectif.

Sur le plan international, cette affaire pourrait compliquer les relations entre l’Algérie et ses partenaires. L’Union africaine, déjà divisée sur la question du Sahara occidental, pourrait se retrouver une nouvelle fois au cœur des tensions. En avril 2024, le Maroc avait tenté de faire reconnaître la légitimité de ses revendications sur le Sahara occidental en échange d’un soutien à l’Algérie sur la question kabyle, une manœuvre qui avait provoqué l’ire d’Alger.

Les observateurs s’interrogent sur les motivations du Maroc dans cette affaire. Certains analystes estiment que Rabat cherche à affaiblir l’Algérie en soutenant des mouvements séparatistes, tandis que d’autres y voient une tentative de détourner l’attention de ses propres problèmes internes, notamment la crise économique et sociale qui secoue le pays. « Le Maroc joue un jeu dangereux en s’attaquant à la question kabyle, car cela pourrait déclencher une escalade avec l’Algérie », explique un expert en relations internationales basé à Alger.

Pour l’Algérie, cette affaire est une nouvelle occasion de rappeler sa position ferme contre toute forme de séparatisme. Le président Abdelmadjid Tebboune a réaffirmé à plusieurs reprises que l’unité nationale était une « ligne rouge » et que l’Algérie ne tolérerait aucune ingérence étrangère dans ses affaires intérieures. Cependant, cette affaire pourrait aussi servir de prétexte pour renforcer les mesures de sécurité en Kabylie, une région déjà sous haute surveillance depuis les manifestations du Hirak en 2019.

Les prochains jours seront cruciaux pour observer les réactions des deux pays. Si le Maroc confirme les arrestations, cela pourrait entraîner une nouvelle crise diplomatique entre Alger et Rabat. Dans le cas contraire, l’Algérie pourrait utiliser cette affaire pour justifier un durcissement de sa politique sécuritaire à l’égard des mouvements séparatistes. Une chose est sûre : la question kabyle reste un sujet sensible, et cette affaire risque de raviver les tensions entre les deux voisins maghrébins.

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