Le président Abdelmadjid Tebboune entame son second mandat dans un climat politique marqué par une stratégie de légitimation originale : le « dahdouhisme ». Ce concept, popularisé par le sociologue algérien Nacer Djabi et repris par les analystes, désigne une approche populiste mêlant discours nationaliste, valorisation des symboles révolutionnaires et gestion autoritaire des contestations. Selon des sources proches du Palais d’El Mouradia, cette doctrine serait au cœur de la communication présidentielle depuis l’été 2024, visant à consolider le pouvoir face à une opposition fragmentée et une jeunesse désillusionnée.
Une doctrine taillée sur mesure
« Tebboune a compris que le Hirak avait épuisé son élan, mais que le mécontentement social persistait », explique un universitaire algérois sous couvert d’anonymat. « Le dahdouhisme permet de désamorcer les critiques en les associant systématiquement à des ‘complots étrangers’ ou à des ‘divisions internes’. » Cette approche s’accompagne d’une personnalisation accrue du pouvoir, avec une omniprésence de Tebboune dans les médias d’État et une rhétorique mettant en avant son expérience de « serviteur de l’État ».
Répression sélective et cooptation
Parallèlement, le pouvoir a lancé une campagne de cooptation des élites. Des figures historiques de l’opposition, comme l’ancien ministre Ahmed Ouyahia ou le chef du parti TAJ Amar Ghoul, ont été approchées pour des postes honorifiques. « Le message est clair : soit vous êtes avec nous, soit vous êtes contre l’Algérie », résume un diplomate occidental en poste à Alger. Cette stratégie s’étend aux milieux économiques, où des hommes d’affaires proches du pouvoir, comme Issad Rebrab (Cevital) ou Ali Haddad (ex-ETRHB), bénéficient de contrats publics malgré leurs démêlés judiciaires passés.
L'armée en arbitre discret
Cette présence militaire se double d’un rapprochement avec les États-Unis. En avril 2026, une délégation américaine de haut niveau, incluant des représentants du Pentagone et du Département d’État, s’est rendue à Alger pour discuter de coopération sécuritaire. Le Jeune Indépendant a révélé que ces discussions portaient sur la modernisation des équipements militaires algériens et la lutte contre le terrorisme au Sahel. « L’Algérie cherche à diversifier ses partenariats, notamment après les tensions avec la France et la Russie », analyse un expert en relations internationales.
Un bilan économique contrasté
Cependant, ces mesures peinent à masquer les déséquilibres structurels. Le chômage des jeunes reste élevé (28% selon l’ONS), et l’inflation a atteint 9,5% en 2025. Les subventions sociales, qui représentent 20% du budget de l’État, sont de plus en plus difficiles à financer. « Le dahdouhisme économique consiste à distribuer des aides ponctuelles pour calmer les tensions, sans s’attaquer aux problèmes de fond », estime un économiste algérien.
La jeunesse, cible et défi
Cette défiance se traduit par une abstention record lors des dernières élections. Aux législatives de juin 2026, le taux de participation n’a pas dépassé 23%, selon les chiffres officiels. « Le dahdouhisme fonctionne tant que les gens ont peur ou sont résignés. Mais si le mécontentement économique s’aggrave, même cette stratégie pourrait atteindre ses limites », prévient un politologue algérien.
Vers une normalisation autoritaire ?
Pour l’Algérie, le défi est double : trouver un équilibre entre ouverture contrôlée et maintien de l’ordre, tout en diversifiant une économie encore trop dépendante des ressources naturelles. Dans ce contexte, le dahdouhisme apparaît comme une solution temporaire, mais pas comme une réponse durable aux attentes de la population.