L’Algérie a franchi une étape décisive dans son autonomie pharmaceutique avec la production locale d’insuline par le groupe Biocare. Annoncée récemment par plusieurs médias nationaux, dont Algerie360, cette avancée marque un tournant pour le secteur de la santé en Algérie, particulièrement dans la prise en charge du diabète, une maladie qui touche près de 14 % de la population selon les dernières estimations du ministère de la Santé.
Une première algérienne dans la production d’insuline
Le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Lotfi Benbahmed, a salué cette réalisation lors d’une visite récente à l’unité de production de Biocare à Sidi Abdallah (Alger). Il a souligné que ce projet s’inscrit dans la stratégie du gouvernement visant à sécuriser l’approvisionnement en médicaments critiques et à renforcer la souveraineté sanitaire du pays. « L’Algérie ne peut plus se permettre de dépendre à 100 % des importations pour des traitements aussi vitaux que l’insuline », a-t-il déclaré.
Un impact direct sur les patients et le système de santé
Le Dr. Mohamed Belhocine, endocrinologue à l’hôpital Mustapha Pacha d’Alger, explique que cette initiative répond à un besoin urgent. « Les patients diabétiques de type 1, qui dépendent de l’insuline pour survivre, étaient souvent confrontés à des pénuries. Aujourd’hui, avec une production locale stable, nous pouvons garantir un approvisionnement continu », affirme-t-il. Il ajoute que la qualité de l’insuline produite par Biocare a été validée par des tests cliniques menés en collaboration avec des hôpitaux universitaires algériens.
Une filière biotechnologique en plein essor
Cette montée en puissance s’appuie sur des investissements publics et des partenariats avec des institutions de recherche, comme l’Agence nationale de développement de la recherche en santé (ANDRS) et le Centre de recherche en biotechnologie (CRBT) de Constantine. Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), l’Algérie a enregistré une hausse de 15 % des brevets dans le domaine des biotechnologies entre 2020 et 2024, un signe de l’émergence d’un écosystème innovant.
Défis et perspectives pour l’industrie pharmaceutique algérienne
Pour y faire face, le gouvernement a lancé en 2024 un plan de relance de l’industrie pharmaceutique, doté d’un budget de 100 milliards de dinars. Ce plan prévoit des incitations fiscales pour les entreprises locales, des subventions à la recherche et développement, et des partenariats public-privé pour moderniser les infrastructures. « L’objectif est de porter la part de la production locale dans la consommation nationale de médicaments à 70 % d’ici 2030 », a indiqué Benbahmed.
Un modèle pour l’Afrique
Le Pr. Amine Sekfali, expert en économie de la santé à l’Université d’Alger, estime que cette dynamique pourrait positionner l’Algérie comme un hub pharmaceutique régional. « En combinant production locale, recherche et formation, l’Algérie a les moyens de devenir un acteur clé dans la lutte contre les maladies chroniques en Afrique », explique-t-il. Il souligne toutefois la nécessité de renforcer les collaborations avec les pays voisins pour mutualiser les coûts et les expertises.
Un signal fort pour l’innovation en Algérie
Pour les patients algériens, cette innovation représente bien plus qu’une simple réduction des coûts : c’est la garantie d’un accès continu à un traitement vital. Pour l’économie nationale, c’est une étape vers une souveraineté sanitaire et industrielle, essentielle dans un contexte géopolitique marqué par les tensions sur les chaînes d’approvisionnement. Comme le résume un responsable de Biocare : « Produire localement, ce n’est pas seulement une question d’économie, c’est une question de dignité. »