L’instruction des filles devient priorité des oulémas en Algérie

En avril 2026, les oulémas algériens ont placé l’instruction des filles au cœur de leurs préoccupations. Cette décision, annoncée par le ministère des Affaires religieuses et des Wakfs, marque un tournant dans la promotion de l’éducation féminine en Algérie. Selon Horizons, le quotidien national, cette initiative s’inscrit dans une volonté de renforcer l’accès des jeunes Algériennes à un enseignement de qualité, en phase avec les valeurs islamiques et les besoins du pays.

Le cheikh Abdelkader Amara, membre du Haut Conseil islamique, a souligné lors d’une conférence à Alger que « l’éducation des filles est un pilier du développement social et économique ». Il a rappelé que l’islam encourage l’instruction pour tous, sans distinction de genre, citant des hadiths et des versets coraniques en faveur de l’apprentissage. Cette prise de position intervient dans un contexte où l’Algérie enregistre des progrès significatifs en matière de scolarisation des filles, mais où des disparités persistent, notamment dans les zones rurales.

D’après les données du ministère de l’Éducation nationale, le taux de scolarisation des filles en Algérie a atteint 98 % en 2025, un chiffre en hausse constante depuis une décennie. Cependant, des défis subsistent, comme le décrochage scolaire chez les adolescentes, souvent lié à des mariages précoces ou à des contraintes familiales. Le ministère des Affaires religieuses a annoncé la mise en place de programmes de sensibilisation dans les mosquées et les zaouïas pour encourager les familles à scolariser leurs filles jusqu’à l’université.

Un engagement institutionnel renforcé

Le gouvernement algérien a multiplié les mesures pour soutenir cette dynamique. En 2025, le Premier ministre Aïmene Benabderrahmane a lancé un plan national pour l’éducation des filles, doté d’un budget de 50 milliards de dinars. Ce plan prévoit la construction d’écoles dans les zones enclavées, la formation d’enseignantes et la distribution de bourses pour les étudiantes issues de milieux défavorisés. « L’Algérie ne peut se permettre de laisser une partie de sa jeunesse en marge de l’éducation », a déclaré Benabderrahmane lors d’une visite à Tamanrasset.

Les oulémas jouent un rôle clé dans cette stratégie. Le Haut Conseil islamique a organisé des séminaires dans plusieurs wilayas, dont Constantine, Oran et Béjaïa, pour expliquer aux imams et aux prêcheurs l’importance de l’éducation des filles. « Nous devons combattre les idées reçues qui limitent le rôle de la femme à la sphère domestique », a expliqué le cheikh Mohamed Tahar Aïssa, président de l’Association des oulémas musulmans algériens.

Des résultats concrets sur le terrain

À Adrar, une wilaya du Sud où le taux de scolarisation des filles était historiquement faible, les efforts portent leurs fruits. Selon un rapport de l’UNICEF publié en 2025, le nombre d’inscriptions féminines dans les écoles primaires a augmenté de 20 % en deux ans. Les associations locales, comme l’Association des femmes rurales d’Adrar, ont contribué à ce succès en organisant des campagnes de sensibilisation auprès des familles.

À Alger, l’université Benyoucef Benkhedda a enregistré une hausse de 15 % des inscriptions féminines en sciences et technologies en 2026. « Les étudiantes algériennes sont de plus en plus nombreuses à choisir des filières traditionnellement masculines, comme l’ingénierie ou l’informatique », a indiqué le recteur de l’université, Pr. Abdelhakim Bensaoula.

Des défis persistants

Malgré ces avancées, des obstacles subsistent. Dans certaines régions, comme la wilaya de Tindouf, les familles hésitent encore à envoyer leurs filles à l’école en raison de la distance ou de traditions culturelles. Le ministère des Affaires religieuses a répondu en lançant des caravanes éducatives, composées d’oulémas et d’enseignants, pour aller à la rencontre des populations.

Un autre défi est la qualité de l’enseignement. Selon un rapport de la Banque mondiale publié en 2025, 30 % des filles algériennes quittent l’école avant la fin du cycle secondaire en raison de conditions d’apprentissage précaires. Le gouvernement a promis d’investir dans la rénovation des établissements scolaires et la formation des enseignants.

Une vision pour l’avenir

L’engagement des oulémas en faveur de l’instruction des filles s’inscrit dans une vision plus large de l’Algérie. Le président Abdelmadjid Tebboune a réaffirmé à plusieurs reprises que l’éducation était une priorité nationale. « Une nation qui éduque ses filles est une nation qui se construit un avenir solide », a-t-il déclaré lors d’un discours à l’occasion de la Journée internationale de la femme en mars 2026.

Les initiatives récentes montrent que l’Algérie mise sur l’éducation pour renforcer son développement économique et social. En plaçant les oulémas au cœur de cette dynamique, le pays cherche à concilier tradition et modernité, tout en garantissant aux filles les mêmes opportunités qu’aux garçons. Comme l’a résumé le cheikh Amara : « L’instruction est un droit, pas un privilège. »

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