Revue de presse : Droits des femmes Algérie, Bourse Alger, Commerce Algérie…

**L’Algérie à l’épreuve de ses propres contradictions**

Ce qui frappe, c’est l’absence de récit unificateur. L’État algérien, tiraillé entre son héritage révolutionnaire et les impératifs du capitalisme tardif, semble incapable de produire une vision cohérente. Les avancées sectorielles (accords douaniers, infrastructures, cinéma) coexistent avec des reculs structurels (droits des femmes, libertés politiques, gestion des espaces publics). Comme si l’Algérie était condamnée à avancer en crabe, un pas en avant, deux pas de côté.

**Femmes algériennes : entre invisibilisation et résistance**

Cette affaire révèle aussi un paradoxe : alors que l’Algérie se présente comme un acteur économique stable (accords commerciaux, bourse en croissance), elle reste un État où les femmes – qu’elles soient algériennes ou étrangères – paient le prix de l’inertie institutionnelle. Le cas de Manon Relandeau n’est pas isolé : il s’inscrit dans une longue lignée de féminicides et de disparitions non élucidées, symptômes d’un patriarcat qui résiste à la modernisation juridique.

Pourtant, des contre-feux existent. Le cinéma algérien, avec des films comme Le Thé au harem d’Archimède (1985) ou plus récemment Papicha (2019), continue de documenter ces luttes. Mais ces œuvres restent marginalisées, comme si la société algérienne refusait de regarder en face ses propres démons.

**Économie : l’Algérie entre dépendance et diversification**

D’un côté, des avancées notables :
La bourse d’Alger gagne en visibilité avec la reconnaissance internationale de Biopharm, symbole d’une industrie pharmaceutique en développement. Pourtant, cette success story reste fragile : le secteur de la santé mauritanien, cité en exemple, montre que sans engagement multisectoriel, les progrès sont éphémères.
Les accords commerciaux se multiplient : zéro droit de douane avec la Chine à partir de 2024, pourparlers avec la Mauritanie pour 20 produits clés. L’Algérie cherche à réduire sa dépendance aux hydrocarbures (qui représentent encore 90 % de ses exportations), mais ces accords sont souvent déséquilibrés. La Chine, par exemple, obtient un accès privilégié au marché algérien sans contrepartie claire en termes de transferts technologiques.

De l’autre, des reculs inquiétants :
Les accords franco-algériens sur les hydrocarbures sont accusés de « décapitaliser » le Sahara. Une critique qui rappelle que l’Algérie reste prisonnière d’un modèle extractiviste, où les ressources naturelles sont exploitées au profit d’une élite, sans retombées locales.
L’agriculture bio, présentée comme une voie d’exportation (avec un label européen en projet), se heurte à la réalité d’un secteur encore largement informel. La Tunisie, première mondiale pour les olives bio, montre que l’Algérie a du retard. Brahim Seddiki, expert du secteur, souligne que la certification bio est un luxe inaccessible pour les petits producteurs.

Fils rouges économiques :
1. La dépendance aux matières premières persiste, malgré les discours sur la diversification.
2. Les partenariats internationaux sont asymétriques : l’Algérie donne plus qu’elle ne reçoit (accès aux ressources, marché intérieur) en échange de promesses floues (investissements, technologie).
3. L’innovation est sélective : la 5G (avec une contribution de 30 milliards $ au PIB) et les tramways (infrastructures urbaines) sont priorisés, mais l’agriculture et l’industrie légère restent à la traîne.

**Technologie et urbanisme : la modernité comme vitrine**

La 5G, présentée comme un levier de croissance, est en réalité un outil de contrôle social. Le classement Speedtest, qui place l’Algérie dans le top 10 africain du haut débit mobile, cache une fracture numérique : les zones rurales et les quartiers populaires restent mal desservis. Pire, la 5G sert aussi à surveiller les opposants, comme en témoignent les coupures d’internet lors des manifestations de 2019-2021.
Les tramways, symboles de modernité urbaine, sont concentrés dans les grandes villes (Alger, Oran, Constantine). Mais leur développement se fait au détriment des transports informels (taxis collectifs, bus privés), qui restent vitaux pour les classes populaires. Le « budget voyage » en Algérie, comparé à celui du Maroc ou de la Tunisie, montre que le pays reste cher pour les touristes, en partie à cause de ces infrastructures coûteuses et mal adaptées.

Contradiction majeure : l’Algérie dépense des milliards pour des projets visibles (5G, tramways), mais néglige les services de base (santé, éducation, logement). Résultat : une modernité de façade, qui profite aux élites urbaines et aux investisseurs étrangers, mais laisse de côté une grande partie de la population.

**Politique : entre nostalgie et impasse**

Deux tendances lourdes :
1. La dépolitisation : les jeunes Algériens se détournent des partis traditionnels, préférant les mouvements informels (comme le Hirak) ou l’exil.
2. La répression mémorielle : le conflit entre le wali de Tlemcen et Khalida Toumi (ex-ministre de la Culture) autour de la gestion des espaces publics montre que l’État algérien refuse toujours de faire face à son histoire. Le « jardin Bennacer Bachir » à Constantine, où se joue une bataille symbolique sur le genre, est un exemple de cette crispation identitaire.

Le cinéma comme exutoire :
Face à cette impasse politique, le cinéma algérien devient un espace de résistance. Omar la Fraise, qui plonge dans les réseaux criminels des années 1980, et Le Thé au harem d’Archimède, qui dépeint la jeunesse des banlieues, sont des œuvres qui contournent la censure officielle pour dire les non-dits de la société. Mais ces films restent marginaux, diffusés dans des cercles restreints, loin des salles grand public.

**Diaspora et mémoire : l’Algérie face à son ombre**

Les nouvelles lignes aériennes entre la France et l’Algérie sont présentées comme un signe de réconciliation. Pourtant, elles masquent mal les tensions persistantes : visas toujours difficiles à obtenir, méfiance envers les binationaux, et surtout, l’échec du « musée de l’Histoire » avorté, symbole d’une mémoire toujours clivée.
Kaylia Nemour, gymnaste franco-algérienne soutenue par les collectivités locales en Indre-et-Loire, incarne cette diaspora qui réussit à l’étranger mais peine à trouver sa place en Algérie. Son cas montre que l’Algérie mise sur ses talents expatriés pour redorer son blason (sport, culture, économie), mais sans leur offrir de véritable espace politique.

La mémoire comme champ de bataille :
L’Algérie refuse toujours de faire le deuil de son passé. Les mémoires de la guerre d’indépendance, de la décennie noire, et même des années Boumediene restent conflictuelles. Le pouvoir instrumentalise cette histoire pour légitimer son autorité, mais sans jamais proposer de récit apaisé. Résultat : la diaspora reste divisée, entre ceux qui idéalisent l’Algérie et ceux qui la rejettent.

**Tourisme : l’Algérie, terre de paradoxes**

Le désert algérien, présenté comme une alternative moins chère au Maroc, attire de plus en plus de visiteurs. Pourtant, l’Algérie reste un pays difficile à visiter : visas compliqués, infrastructures limitées, et surtout, une image internationale toujours associée au terrorisme et à l’instabilité.
Les conflits locaux, comme celui entre le wali de Tlemcen et Khalida Toumi, montrent que la gestion des espaces publics est encore soumise à des luttes de pouvoir arbitraires. Le « square Bennacer Bachir » à Constantine, où se joue une bataille sur la mixité, est un exemple de cette crispation.

Potentiel inexploité :
L’Algérie a tout pour devenir une destination majeure : patrimoine historique (Timgad, Djemila), paysages naturels (Sahara, Kabylie), et une culture vivante (musique, gastronomie). Mais tant que le pays ne réglera pas ses problèmes de gouvernance (corruption, bureaucratie) et de sécurité (mémoire, droits des femmes), ce potentiel restera sous

Laisser un commentaire