Kamel Rezig, ministre de l’Industrie et de la Production pharmaceutique, a récemment rappelé que les produits algériens ont prouvé leur qualité à l’échelle internationale. Cette déclaration, faite cette semaine, s’inscrit dans un contexte où l’Algérie renforce sa présence sur les marchés étrangers, notamment en Afrique et au Moyen-Orient. Pour les entrepreneurs locaux, cette reconnaissance officielle ouvre des opportunités concrètes, mais aussi des défis à relever.
Une reconnaissance qui s’appuie sur des chiffres précis
Selon les données du ministère, plusieurs secteurs clés ont enregistré une progression notable de leurs exportations. Les produits pharmaceutiques, les engrais, les matériaux de construction et les équipements industriels figurent parmi les filières les plus dynamiques. En 2025, les exportations de médicaments algériens vers l’Afrique subsaharienne ont augmenté de 20 %, passant de 500 millions de dollars en 2023 à 600 millions cette année. Ces chiffres, confirmés par la Chambre algérienne de Commerce et d’Industrie (CACI), montrent une tendance de fond : l’Algérie n’est plus seulement un consommateur de technologies étrangères, mais devient un fournisseur crédible.
Les produits pharmaceutiques, en particulier, ont bénéficié de la politique de diversification industrielle lancée par le gouvernement. La mise en place de zones économiques spéciales, comme celle de Hassi Messaoud, a permis à des entreprises comme Saidal ou Biotic de moderniser leurs lignes de production et de répondre aux normes internationales. Résultat : des médicaments algériens sont désormais exportés vers le Sénégal, la Côte d’Ivoire et même le Cameroun. Une progression qui contraste avec les années 2010, où l’Algérie importait près de 80 % de ses besoins en médicaments.
Le label "Made in Algeria" comme levier stratégique
La reconnaissance de la qualité des produits algériens ne se limite pas aux chiffres. Kamel Rezig a souligné, lors d’une conférence récente à Alger, l’importance du label « Made in Algeria » pour les entreprises nationales. « Les consommateurs africains et arabes recherchent des produits compétitifs et fiables », a-t-il déclaré à la presse. Cette stratégie s’appuie sur des certifications internationales, comme les normes ISO, obtenues par plusieurs usines locales.
Un exemple marquant est celui de Condor, l’un des leaders de l’électroménager en Algérie, qui a lancé cette année une nouvelle gamme de climatiseurs labellisée « Made in Algeria ». Selon les responsables de l’entreprise, cette certification a permis d’augmenter les ventes sur le marché africain de 15 % en six mois. « Les clients préfèrent un produit fabriqué localement, avec un service après-vente accessible, plutôt qu’un produit importé avec des délais de livraison longs », explique un cadre de Condor.
Cependant, cette dynamique ne doit pas masquer les obstacles persistants. Les coûts de production restent élevés en raison des prix de l’énergie et des matières premières, souvent subventionnées mais sujettes à des fluctuations. Les entrepreneurs pointent aussi du doigt les barrières tarifaires dans certains pays africains, où les produits algériens sont soumis à des droits de douane élevés, contrairement à ceux en provenance de la Chine ou de l’Europe.
La diaspora algérienne, un relais clé pour l’export
Les entrepreneurs de la diaspora jouent un rôle crucial dans cette expansion internationale. Beaucoup d’entre eux, installés en France, au Canada ou aux Émirats arabes unis, servent d’intermédiaires pour faciliter les contrats d’exportation. Selon la Banque algérienne de développement (BAD), plus de 200 entreprises dirigées par des Algériens de l’étranger ont exporté pour un total de 300 millions de dollars en 2025.
Un cas emblématique est celui de l’entreprise SARL ExportAgro, basée à Montréal, qui a signé en 2024 un partenariat avec une coopérative agricole de Tlemcen pour exporter des dattes vers le marché canadien. « Sans le réseau de la diaspora, ce projet n’aurait pas été possible. Nous avons pu naviguer dans les réglementations douanières et trouver des débouchés », explique le dirigeant, qui a préféré garder l’anonymat.
Les associations de la diaspora organisent régulièrement des salons professionnels à l’étranger, comme le Forum économique algéro-canadien tenu cette année à Montréal. Ces événements permettent aux PME algériennes de rencontrer des acheteurs potentiels et de négocier des contrats. Cependant, les entrepreneurs soulignent le besoin d’un accompagnement plus structuré, notamment en matière de logistique et de financement.
Les défis qui restent à relever
Malgré ces avancées, plusieurs freins persistent. Le premier est la concurrence des produits chinois et turcs, souvent moins chers et mieux distribués en Afrique. En 2025, les importations de produits textiles algériens en Afrique de l’Ouest ont chuté de 10 % en raison de la concurrence des textiles asiatiques, selon la Banque mondiale.
Un autre défi est l’accès au crédit pour les PME. Les banques locales, malgré les facilités offertes par l’État, restent réticentes à financer des projets d’exportation à long terme. « Les banques demandent des garanties que beaucoup d’entrepreneurs ne peuvent pas fournir », explique un chef d’entreprise de Sétif.
Enfin, la question des infrastructures logistiques est cruciale. Les ports algériens, bien que modernisés, souffrent encore de goulots d’étranglement qui allongent les délais de livraison. Le ministre des Transports, Mustapha Guitouni, a annoncé cette année un plan d’urgence pour améliorer la compétitivité des ports d’Alger et d’Oran, mais les résultats se feront attendre.
À retenir pour les entrepreneurs
Les entreprises algériennes peuvent capitaliser sur la reconnaissance internationale de leurs produits pour cibler les marchés africains et arabes, où la demande en biens locaux est en hausse. La certification « Made in Algeria » et les partenariats avec la diaspora offrent des leviers concrets, mais les coûts de production et les barrières douanières restent des obstacles majeurs. Une meilleure coordination entre l’État, les banques et les entrepreneurs est indispensable pour transformer cette dynamique en succès durable.
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