Revue de presse : Made in Algeria, Football algérien, Solaire Algérie…

**L’Algérie, miroir brisé d’un rêve post-colonial**

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de récit unificateur. L’Algérie parle en plusieurs langues – celle des ingénieurs bâtissant des centrales solaires, celle des influenceurs traqués par la justice, celle des footballeurs rêvant de Coupe du monde, celle des mineurs extrayant du zinc pour financer une diversification économique encore balbutiante. Ces voix ne dialoguent pas ; elles coexistent, parfois en harmonie, souvent en dissonance. Et c’est dans ces interstices que se révèle la véritable nature du pays : une nation en chantier permanent, où chaque avancée semble payer le prix d’un recul ailleurs.

**Le mythe de la diversification : quand l’économie algérienne danse sur un volcan**

D’abord, la dépendance aux matières premières persiste. Le zinc et le plomb, comme le fer de Gara Djebilet, sont des ressources brutes, soumises aux aléas des cours mondiaux. Leur exploitation ne crée pas une industrie, mais une rente de substitution. Pire, elle s’inscrit dans une logique extractiviste qui rappelle étrangement celle des hydrocarbures : l’État algérien reste un rentier, même quand il diversifie ses sources de revenus.

Ensuite, l’absence de transformation locale. Le minerai de fer de Gara Djebilet est acheminé vers Bechar, mais rien n’indique qu’il sera transformé sur place. L’Algérie exporte des matières premières et importe des produits finis – une équation perdante, héritée de la colonisation et jamais vraiment remise en cause. La Chine, hyperpuissance de la transition écologique mentionnée dans les actualités, est précisément le modèle inverse : elle importe des ressources pour les transformer et exporter des technologies. L’Algérie, elle, reste prisonnière d’un schéma postcolonial où elle fournit la matière première sans maîtriser la chaîne de valeur.

Enfin, le paradoxe des infrastructures. La 5G, déployée par Mobilis, Ooredoo et Djezzy, est présentée comme un bond en avant. Pourtant, son déploiement rapide contraste avec les retards accumulés dans d’autres secteurs, comme le logement. Les promoteurs immobiliers privés, critiqués pour leur opacité, profitent d’un marché où l’État peine à répondre à la demande. La modernité numérique coexiste avec l’archaïsme urbain – une schizophrénie qui dit beaucoup sur les priorités réelles du pouvoir.

**Football et politique : le stade comme exutoire et comme cage**

D’un côté, le football comme rêve collectif. Les Fennecs, qualifiés pour le Mondial, incarnent une fierté nationale qui transcende les clivages. Les moments emblématiques de l’histoire du ballon rond – de la « Main de Dieu » de Maradona au coup de tête de Zidane – sont célébrés comme des épopées, des récits où l’Algérie se reconnaît, même indirectement. Le sport, ici, est une religion laïque, un espace où la nation se rassemble malgré ses fractures.

De l’autre, le football comme champ de bataille politique. Le choix d’attribuer un « Pride match » à l’Égypte et à l’Iran – deux pays où l’homosexualité est criminalisée – a provoqué un tollé. L’Algérie, qui condamne elle aussi les relations LGBTQ+, se retrouve dans une position inconfortable : doit-elle boycotter, au risque de s’isoler, ou participer, au risque de trahir ses propres valeurs ? La réponse du pouvoir, pour l’instant, est le silence – une stratégie de l’évitement qui rappelle celle adoptée face aux droits humains.

Car le football algérien est aussi un miroir des dérives autoritaires. Les arrestations d’influenceurs comme Raouf Belkacemi, accusé d’ »atteinte aux mœurs », montrent que le régime utilise le sport comme outil de contrôle social. Le stade est à la fois un exutoire et une cage : il permet d’évacuer les frustrations, mais aussi de les canaliser, voire de les réprimer.

**Droits humains : la chasse aux sorcières numériques**

Le numérique a ouvert une brèche dans le contrôle social, et le pouvoir le sait. Les réseaux sociaux, autrefois perçus comme un espace de liberté, sont désormais surveillés, censurés, voire instrumentalisés. Les arrestations d’influenceurs ne visent pas seulement à punir des comportements jugés immoraux : elles envoient un message clair à la jeunesse algérienne : votre liberté s’arrête là où commence la ligne rouge du régime.

Pourtant, cette répression est à double tranchant. D’abord, parce qu’elle révèle la peur du pouvoir face à une jeunesse de plus en plus connectée, éduquée, et en quête de modèles alternatifs. Ensuite, parce qu’elle alimente un mouvement de résistance culturelle, comme en témoigne la mobilisation pour la libération de l’écrivain Boualem Sansal ou du journaliste Christophe Gleizes. L’Algérie est un pays où la censure ne tue pas la contestation – elle la radicalise.

**Logement et immobilier : le grand Monopoly algérien**

Le Fonds de garantie et de caution mutuelle des promoteurs immobiliers (FGCMPI), qui tient son assemblée générale à Alger, est supposé réguler ce marché. Pourtant, son action reste limitée face à des promoteurs qui jouent sur plusieurs tableaux : ils achètent des terrains à bas prix grâce à des connivences politiques, construisent des logements souvent de mauvaise qualité, et les revendent à des prix exorbitants. Résultat : une bulle immobilière qui exclut les classes moyennes et populaires.

Cette crise du logement est symptomatique d’un État qui a délégué une partie de ses prérogatives au secteur privé sans en maîtriser les excès. Elle révèle aussi une fracture générationnelle : les jeunes Algériens, même diplômés, n’ont plus les moyens d’accéder à la propriété, tandis que les plus âgés, souvent propriétaires de leur logement, voient leur patrimoine se déprécier face à l’inflation immobilière.

**Énergie solaire : la transition écologique comme mirage ?**

D’abord, le paradoxe du vent. Les articles sur l’Harmattan, ce vent sec et poussiéreux qui sévit en Afrique de l’Ouest, rappellent que les énergies renouvelables sont vulnérables aux aléas climatiques. En Algérie, les tempêtes de sable peuvent réduire l’efficacité des panneaux solaires de 30 à 50 %. La transition écologique ne se décrète pas – elle se construit dans un environnement hostile.

Ensuite, la dépendance technologique. La Chine, hyperpuissance du solaire, domine le marché des équipements. L’Algérie, qui importe massivement ses panneaux photovoltaïques, reste un client, pas un acteur de cette révolution. Pire, elle risque de reproduire avec le solaire le même schéma qu’avec les hydrocarbures : elle exporte de l’énergie brute (le soleil) et importe des technologies.

Enfin, l’absence de vision industrielle. Le solaire pourrait être une opportunité pour développer une filière locale, créer des emplois, et réduire la facture énergétique. Pourtant, rien n’indique que l’Algérie ait une stratégie claire en la matière. Le solaire reste un projet politique, pas encore un projet économique.

**Musique et culture : le rap, dernier bastion de la rébellion ?**

D’un côté, la musique comme héritage. Djamel Allam, figure de la chanson chaâbi, incarnait une tradition populaire, un lien avec les racines du pays. Sa disparition rappelle que la culture algérienne est en train de perdre ses derniers grands témoins du XXe siècle, sans que de nouvelles figures ne les remplacent vraiment.

De l’autre, le rap comme contre-culture. Des groupes comme IAM, ou des rappeurs comme Rim-K et Hamza, puisent dans les sonorités orientales pour créer une musique à la fois locale et globale. Le rap algérien, souvent censuré, est devenu le dernier espace de liberté d’expression pour une jeunesse en colère. Il dénonce la corruption, le chômage, l’absence de perspectives – et le pouvoir le sait.

Pourtant, le rap est aussi récupéré. Certains artistes, comme Soolking, ont choisi l’exil et une carrière internationale, loin des contraintes algériennes. D’autres, comme Lacrim, jouent avec les codes de la rébellion tout en collaborant avec des majors françaises. La culture algérienne est en train de se mondialiser, mais au prix d’une perte de son âme.

**Politique étrangère : l’Algérie entre deux feux**

D’un côté

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