L’économie bleue boostée par le numérique en Algérie

L’Algérie accélère sa transition vers une économie bleue intégrant la transformation numérique, selon El Moudjahid. Ce virage stratégique, porté par le ministère des Ressources en eau et de l’Environnement en collaboration avec le secteur des hydrocarbures, vise à optimiser l’exploitation durable des ressources maritimes et côtières. Les dernières initiatives révèlent une approche centrée sur l’innovation technologique pour renforcer la compétitivité et la résilience des filières clés, notamment le raffinage et la pétrochimie.

Une feuille de route numérique pour les zones côtières

À Skikda, le complexe pétrochimique, l’un des plus importants du pays, teste actuellement un système de capteurs connectés pour suivre les émissions de CO₂ et les rejets en mer. Ces données, analysées via des algorithmes d’intelligence artificielle, permettent d’ajuster les processus industriels afin de réduire l’impact écologique. Le ministre des Ressources en eau, Taha Derbal, a souligné lors d’une conférence organisée en février 2025 que cette approche « permet de concilier performance économique et préservation des écosystèmes marins ».

Raffinage et pétrochimie : la data au service de l’efficacité

Par ailleurs, la transformation numérique facilite la traçabilité des produits pétroliers, un enjeu crucial pour lutter contre la contrebande et garantir la conformité aux normes internationales. Le directeur général de Sonatrach, Rachid Hachichi, a indiqué que des blockchains sont en cours de déploiement pour sécuriser les transactions et les certifications des cargaisons exportées. Cette mesure s’inscrit dans une stratégie plus large visant à positionner l’Algérie comme un acteur fiable sur les marchés méditerranéens et africains.

Enjeux environnementaux et souveraineté technologique

Sur le plan environnemental, la digitalisation permet de mieux surveiller les zones sensibles, comme le parc national d’El Kala ou les réserves marines de Béni Saf. Des drones équipés de caméras thermiques et des satellites sont utilisés pour détecter les pollutions aux hydrocarbures et les activités de pêche illégale. Ces outils, couplés à des bases de données géospatiales, offrent une vision globale des pressions exercées sur les écosystèmes. Le directeur de l’ANRH, Abdelkrim Souakri, a précisé que ces technologies « permettent une réaction rapide et ciblée, essentielle pour protéger nos 1 200 kilomètres de côtes ».

Défis de mise en œuvre et opportunités économiques

Les opportunités économiques sont néanmoins significatives. L’économie bleue représente déjà 3 % du PIB algérien, selon la Banque mondiale, et pourrait atteindre 10 % d’ici 2030 avec une digitalisation accrue. Les secteurs du tourisme côtier, de l’aquaculture et des énergies renouvelables offshore bénéficieraient directement de cette dynamique. À titre d’exemple, le projet de ferme éolienne flottante au large de Mostaganem, en partenariat avec des entreprises européennes, repose sur des modélisations numériques pour optimiser son rendement.

Vers une intégration régionale

La transformation numérique de l’économie bleue s’impose ainsi comme un levier stratégique pour l’Algérie, à la croisée des enjeux économiques, environnementaux et technologiques. Si les défis restent nombreux, les premières réalisations montrent une volonté claire de moderniser les secteurs clés tout en préservant les ressources naturelles. Les prochains mois seront décisifs pour évaluer l’impact concret de ces initiatives sur le terrain.

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