Selon Le Monde.fr, la sous-représentation des femmes dans les filières scientifiques algériennes prend racine dès l’école primaire. Une étude récente révèle que les stéréotypes de genre et les pratiques pédagogiques influencent précocement les choix d’orientation des élèves, limitant leur accès aux disciplines comme les mathématiques, la physique ou l’informatique.
Des inégalités visibles dès le primaire
Les manuels scolaires renforcent ces biais. Une analyse de 15 manuels de sciences utilisés en Algérie révèle que seulement 28 % des personnages illustrant des métiers scientifiques sont des femmes. Les exemples de femmes scientifiques algériennes, comme la physicienne Yamina Méchakra ou l’astrophysicienne Nabila Aghanim, y sont absents.
L’orientation scolaire, un tournant décisif
Les familles jouent aussi un rôle clé. Une étude de l’Office national des statistiques (ONS) montre que 70 % des parents algériens interrogés considèrent les études scientifiques comme « trop exigeantes » pour leurs filles, privilégiant des filières perçues comme plus « féminines », comme la médecine ou les sciences humaines.
Des initiatives pour inverser la tendance
Des associations comme « Femmes en Sciences Algérie » multiplient les interventions dans les écoles primaires. Leur objectif : montrer des modèles féminins concrets. « Nous organisons des rencontres avec des ingénieures, des chercheuses, pour que les filles voient que ces métiers leur sont accessibles », explique Samia Zennadi, présidente de l’association.
Un enjeu économique et social
Les universités algériennes commencent à adapter leurs politiques. L’Université des sciences et de la technologie Houari-Boumédiène (USTHB) a mis en place des quotas pour les femmes dans certains masters en ingénierie, avec un taux de réussite supérieur à 85 %. « Les filles qui intègrent ces filières sont souvent plus motivées et performantes que leurs homologues masculins », note le doyen de la faculté, Pr. Abdelkader Khellaf.
Un changement culturel nécessaire
Les médias ont aussi un rôle à jouer. Les chaînes publiques comme l’ENTV diffusent rarement des émissions mettant en avant des femmes dans les sciences. « Il faut des documentaires, des débats, pour changer les mentalités », insiste la sociologue Fatima-Zohra Sebti.
La sous-représentation des femmes dans les sciences n’est pas une fatalité. En agissant dès l’école primaire, l’Algérie pourrait combler ce retard et tirer parti de tout son potentiel humain. Les initiatives existent, mais leur généralisation et leur financement restent des défis majeurs pour les années à venir.