Lebbou relance la traque du cash en Algérie

La Banque d’Algérie a récemment durci sa politique de lutte contre les transactions en espèces, marquant une nouvelle étape dans la formalisation de l’économie nationale. Sous la direction de Mohammed Lamine Lebbou, nommé gouverneur en février 2026, l’institution financière a adopté des mesures visant à réduire la circulation du cash, perçue comme un frein à la transparence et un vecteur de l’économie informelle. Selon des sources concordantes, ces décisions s’inscrivent dans une stratégie plus large de modernisation du système bancaire et de conformité aux normes internationales.

Fermeture des vannes du cash
En décembre 2025, la Banque d’Algérie a annoncé la limitation drastique des retraits en espèces pour les particuliers et les entreprises. D’après Leconomiste Maghrebin, cette décision s’accompagne d’une réduction des plafonds de retrait, désormais fixés à 500 000 dinars par semaine pour les comptes personnels, contre 1 million auparavant. Les entreprises, quant à elles, voient leur plafond mensuel passer de 5 millions à 2 millions de dinars. Ces mesures, entrées en vigueur début 2026, visent à inciter les citoyens et les opérateurs économiques à recourir aux moyens de paiement électroniques.

La chasse au cash ne se limite pas aux retraits. La Banque d’Algérie a également renforcé les contrôles sur les dépôts en espèces, exigeant désormais des justificatifs pour tout versement supérieur à 1 million de dinars. Selon TSA, cette disposition a provoqué des tensions dans certains secteurs, comme le commerce de détail ou l’artisanat, où les transactions en liquide restent dominantes. Les banques algériennes, chargées de faire appliquer ces règles, ont reçu des instructions strictes pour signaler tout mouvement suspect aux autorités compétentes.

L’informel dans le viseur
L’objectif affiché par Mohammed Lamine Lebbou est clair : réduire la part de l’économie informelle, estimée à près de 40 % du PIB selon les dernières études de la Banque mondiale. Pour y parvenir, la Banque d’Algérie a ciblé ce qu’elle appelle les « brèches bancaires », ces mécanismes permettant aux acteurs informels de blanchir des fonds ou de contourner les règles fiscales. En décembre 2025, une directive a ainsi interdit aux banques de traiter des opérations en espèces pour le compte de tiers, une pratique courante dans les échanges commerciaux non déclarés.

Cette mesure s’ajoute à un arsenal législatif déjà en place, comme l’obligation de justifier l’origine des fonds pour les dépôts supérieurs à 5 millions de dinars. Selon horizons.dz, les prestataires de services financiers, notamment les bureaux de change et les sociétés de transfert d’argent, sont désormais soumis à des contrôles renforcés. La Banque d’Algérie a également imposé aux banques commerciales de mettre en place des cellules de conformité chargées de détecter les flux anormaux.

Réactions et résistances
Les nouvelles règles ont suscité des réactions contrastées. Du côté des banques, les établissements publics comme la CNEP-Banque ou la BADR ont salué ces mesures, soulignant leur rôle dans la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. En revanche, certains opérateurs économiques critiquent une approche jugée trop brutale. « Comment voulez-vous qu’un petit commerçant du marché de la Triplette à Alger respecte ces plafonds alors que ses clients paient en cash ? », s’interroge un grossiste interrogé par Maghreb Émergent.

Les autorités semblent conscientes de ces difficultés. Dans une déclaration récente, le ministre des Finances, Laaziz Faid, a assuré que des mécanismes d’accompagnement seraient mis en place pour faciliter la transition vers une économie moins dépendante du cash. Parmi les solutions envisagées figurent l’extension du réseau de terminaux de paiement électronique et la promotion des portefeuilles mobiles, comme Djezzy Pay ou Mobilis Money.

Un enjeu de souveraineté financière
Au-delà de la lutte contre l’informel, la Banque d’Algérie cherche à aligner le système financier national sur les standards internationaux. En octobre 2025, l’institution a durci les règles applicables aux banques étrangères opérant en Algérie, exigeant une transparence totale sur les flux transfrontaliers. Selon TSA, cette décision fait suite à des pressions de la part du Groupe d’action financière (GAFI), qui avait pointé du doigt les lacunes de l’Algérie en matière de lutte contre le blanchiment.

Mohammed Lamine Lebbou a également insisté sur la nécessité de renforcer la supervision des établissements financiers. Dans une interview accordée à El Watan, il a évoqué la création d’une « task force » dédiée à la surveillance des transactions suspectes, en collaboration avec la Cellule de traitement du renseignement financier (CTRF). « Nous ne pouvons plus tolérer que des milliards de dinars échappent au circuit bancaire formel », a-t-il déclaré.

Quelles perspectives pour les citoyens ?
Pour les Algériens, ces mesures se traduisent par des changements concrets. Les retraits en espèces deviennent plus difficiles, tandis que les paiements par carte ou via mobile gagnent du terrain. Les banques ont d’ailleurs accéléré le déploiement de solutions digitales. La CNEP-Banque, par exemple, a annoncé le déménagement de son agence Ben M’Hidi 2 à Alger vers un espace moderne, équipé de bornes de libre-service et de guichets automatisés.

Cependant, le succès de cette politique dépendra en grande partie de l’adhésion des citoyens. Dans un pays où la culture du cash reste ancrée, le défi est de taille. Les autorités misent sur une campagne de sensibilisation pour expliquer les avantages de la bancarisation, comme la sécurité des transactions ou l’accès au crédit. « Il ne s’agit pas d’imposer, mais de convaincre », résume un cadre de la Banque d’Algérie.

Reste à voir si ces mesures suffiront à réduire significativement l’informel. Les experts soulignent que sans réformes structurelles, comme une simplification fiscale ou une amélioration de l’accès au financement, les résultats pourraient être limités. Pour l’heure, la Banque d’Algérie semble déterminée à aller jusqu’au bout de sa logique, quitte à bousculer les habitudes.

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