L’Algérie engage une transformation profonde de son système bancaire pour élargir l’accès aux services financiers. Selon El Moudjahid, cette mutation vise à intégrer davantage de citoyens et d’entreprises dans l’économie formelle, notamment via des outils numériques et des réformes structurelles.
Le ministre des Finances, Laaziz Faid, a souligné récemment les progrès réalisés en matière de transition numérique. Lors d’une intervention relayée par la Radio algérienne, il a cité l’adoption croissante des paiements mobiles et la modernisation des infrastructures bancaires comme des leviers clés. « L’Algérie a accompli des avancées significatives pour faciliter les transactions et réduire la dépendance au cash », a-t-il déclaré.
Les banques publiques, comme la Banque Extérieure d’Algérie (BEA) et la Banque Nationale d’Algérie (BNA), jouent un rôle central dans cette dynamique. Elles multiplient les initiatives pour toucher les populations éloignées des agences traditionnelles. Par exemple, la BNA a lancé en 2024 un programme de microcrédits destiné aux petits commerçants et artisans, avec des taux préférentiels et des procédures simplifiées. Selon des données internes, plus de 15 000 dossiers ont été approuvés en moins d’un an.
Le secteur privé n’est pas en reste. Des établissements comme la Banque de Développement Local (BDL) ou la Société Générale Algérie ont développé des applications mobiles permettant d’effectuer des virements, de payer des factures ou même de souscrire à des produits d’épargne. Le360 rapporte que ces solutions ont enregistré une hausse de 40 % des utilisateurs actifs entre 2023 et 2024. « Les Algériens adoptent progressivement ces outils, surtout les jeunes et les entrepreneurs », explique un responsable de la BDL.
Cette évolution s’accompagne de défis. La cybersécurité reste une préoccupation majeure, comme en témoignent les récentes alertes sur les arnaques en ligne. Ouest-France a révélé en 2023 une vague de faux e-mails incitant les victimes à divulguer leurs coordonnées bancaires sous prétexte d’achats de billets d’avion. Les autorités algériennes ont renforcé les campagnes de sensibilisation, mais les experts estiment que des efforts supplémentaires sont nécessaires pour protéger les utilisateurs.
Un autre enjeu concerne l’inclusion des femmes et des zones rurales. Bien que les banques aient ouvert des points de service dans des wilayas comme Tamanrasset ou Illizi, l’accès aux crédits reste limité pour ces populations. « Les garanties demandées sont souvent inaccessibles pour les petits agriculteurs ou les entrepreneuses », souligne une étude du Centre de Recherche en Économie Appliquée pour le Développement (CREAD).
Pour accélérer le processus, la Banque d’Algérie a annoncé en 2025 un plan visant à généraliser l’ouverture de comptes bancaires simplifiés. Ces comptes, sans frais de tenue, ciblent les travailleurs informels et les étudiants. Selon des sources proches du dossier, plus de 500 000 comptes de ce type pourraient être créés d’ici fin 2026.
Les entreprises bénéficient également de cette dynamique. Le Projet de Loi de Finances (PLF) 2026, publié par KPMG, prévoit des incitations fiscales pour les PME qui digitalisent leurs transactions. « Cela devrait réduire les coûts et améliorer la traçabilité des flux financiers », analyse un expert-comptable algérois.
Malgré ces avancées, des obstacles persistent. La lenteur des procédures administratives et la méfiance envers les institutions financières freinent encore l’adhésion. « Beaucoup de citoyens préfèrent garder leur argent chez eux par habitude ou par manque de confiance », confie un employé de la BEA à Alger.
Pour y remédier, les banques misent sur des partenariats avec des acteurs locaux. À Oran, la CPA (Crédit Populaire d’Algérie) collabore avec des associations de commerçants pour former les artisans aux outils numériques. « Nous organisons des ateliers dans les souks pour expliquer les avantages des paiements électroniques », précise un responsable de la CPA.
La diaspora algérienne est aussi un levier. TSA rapporte que des dispositifs spécifiques sont en cours d’élaboration pour faciliter les transferts d’argent et les investissements immobiliers. « Les Algériens de l’étranger veulent contribuer au développement du pays, mais ils ont besoin de garanties contre les arnaques », explique un conseiller du ministère des Affaires étrangères.
En parallèle, la Banque d’Algérie travaille sur un cadre réglementaire pour encadrer les fintechs. Ces startups, encore peu nombreuses, pourraient dynamiser le secteur en proposant des solutions innovantes, comme le crédit instantané ou les assurances en ligne. « Nous étudions des modèles étrangers, comme ceux du Maroc ou de la Tunisie, pour adapter les bonnes pratiques », indique un haut fonctionnaire de la banque centrale.
Les résultats commencent à se voir. Selon les dernières statistiques de la Banque d’Algérie, le taux de bancarisation a progressé de 5 points entre 2022 et 2024, passant de 45 % à 50 %. « C’est encourageant, mais nous visons 70 % d’ici 2030 », affirme un membre du gouvernement.
Cette mutation bancaire s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification économique. En réduisant l’économie informelle, l’État espère augmenter les recettes fiscales et améliorer la transparence. « Chaque dinar circulant dans le système bancaire est un dinar qui peut être réinvesti dans les infrastructures ou les services publics », résume un économiste algérien.
Les prochains mois seront décisifs. Les banques préparent le lancement de nouveaux produits, comme les comptes pour mineurs ou les prêts verts pour les projets écologiques. « L’objectif est de rendre le système plus inclusif, plus sûr et plus adapté aux besoins des Algériens », conclut un cadre de la BNA.
Cette transformation, si elle se poursuit, pourrait positionner l’Algérie comme un modèle en Afrique du Nord en matière d’inclusion financière. Reste à convaincre les derniers réticents et à lever les barrières structurelles qui freinent encore l’accès aux services bancaires.