L’anglais remplace le français dans les facultés de médecine algérienn

En septembre 2025, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique algérien a annoncé le passage à l’anglais comme langue d’enseignement dans les facultés de médecine et de pharmacie. Cette décision, rapportée par CNews et confirmée par plusieurs sources locales, marque une rupture avec des décennies de tradition francophone dans le secteur médical.

Les universités d’Alger, Oran et Constantine ont déjà commencé à adapter leurs programmes. À la faculté de médecine d’Alger, les cours de première année sont désormais dispensés en anglais, avec une période de transition prévue pour les étudiants déjà inscrits. « Nous avons formé 120 enseignants en anglais médical depuis 2023 », déclare le doyen de la faculté, le Pr Mohamed Benbouzid, dans une interview accordée à El Watan. Les manuels et supports pédagogiques sont progressivement traduits, avec un budget de 1,2 milliard de dinars alloué à cette transition sur trois ans.

Cette réforme s’inscrit dans une stratégie plus large de l’État algérien visant à réduire la dépendance au français. En juillet 2026, Points Chauds Online rapportait qu’Alger avait officiellement tourné le dos à la langue française dans plusieurs domaines administratifs et éducatifs. Le secteur de la santé, qui emploie plus de 500 000 professionnels en Algérie, devient ainsi un terrain d’expérimentation pour cette politique linguistique.

Pour les entrepreneurs du secteur médical et pharmaceutique, cette transition pose plusieurs défis. Les laboratoires locaux, qui réalisent un chiffre d’affaires annuel de 120 milliards de dinars, devront adapter leurs notices, formations et communications. « Nous travaillons déjà avec des traducteurs spécialisés pour nos produits », explique Amine Larbi, PDG du laboratoire Saidal, dans une déclaration à L’Expression. Les startups algériennes en santé numérique, comme DabaDoc ou Yassir Santé, devront également revoir leurs interfaces et contenus.

La diaspora algérienne, particulièrement active dans le secteur médical en France et au Canada, observe ces changements avec attention. « Cela peut faciliter les échanges avec les pays anglophones, mais compliquer les partenariats avec les hôpitaux français », note le Dr Karim Meziane, cardiologue à Montréal et membre de l’Association des médecins algériens de l’étranger. Les étudiants algériens en médecine, qui représentent 15% des effectifs des facultés françaises, pourraient voir leurs débouchés modifiés.

Les universités algériennes anticipent déjà les conséquences sur la recherche médicale. Selon le classement Times Higher Education Impact Rankings 2024, l’Algérie se classe première en Afrique et dans le monde arabe pour l’impact de ses universités. « L’anglais ouvre des portes pour les publications internationales », souligne le Pr Fatima Zohra Benbrahim, vice-rectrice de l’université de Tlemcen. En 2023, seulement 30% des articles scientifiques algériens étaient publiés en anglais, contre 65% en français.

Cette réforme intervient dans un contexte économique particulier. Le secteur pharmaceutique algérien, en pleine expansion, vise 70% d’autosuffisance d’ici 2027, selon le ministère de l’Industrie. Les investissements étrangers dans le domaine médical ont atteint 2,3 milliards de dollars entre 2020 et 2024, avec des partenariats notamment avec des entreprises indiennes et turques. « L’anglais devient un atout pour attirer ces investisseurs », analyse l’économiste Nacer Eddine Hammouda dans une tribune publiée par Liberté.

Les entrepreneurs du secteur de la formation professionnelle sont également concernés. Les centres de langue privés voient leur demande exploser. « Nos cours d’anglais médical sont complets depuis six mois », indique Samia Belkacem, directrice du centre Wall Street English à Alger. Les plateformes de formation en ligne, comme DzLearn ou SkillUp Algérie, développent des modules spécifiques pour les professionnels de santé.

À retenir pour les entrepreneurs
Le passage à l’anglais dans les facultés de médecine impose une adaptation rapide des acteurs du secteur. Les entreprises devront investir dans la traduction et la formation linguistique pour maintenir leurs partenariats. Cette réforme pourrait aussi créer des opportunités avec les pays anglophones, notamment pour l’export de produits pharmaceutiques et les collaborations internationales.

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