L’Agence nationale de gestion du microcrédit (ANGEM) a récemment dévoilé son programme « Défi ANGEM », une initiative visant à renforcer la participation des femmes dans l’économie algérienne. Selon Algerie Patriotique, ce dispositif s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification économique et de promotion de l’emploi indépendant, en ciblant spécifiquement les porteuses de projets.
Le « Défi ANGEM » propose un accompagnement financier et technique aux entrepreneures, avec des prêts à taux préférentiels et des formations en gestion d’entreprise. L’objectif affiché est de doubler le nombre de femmes bénéficiaires des microcrédits d’ici 2027, en s’appuyant sur les succès des programmes précédents. En 2023, l’ANGEM avait déjà soutenu plus de 120 000 projets, dont 40 % portés par des femmes, selon les chiffres officiels de l’agence.
Yasmina Benali, directrice de la communication à l’ANGEM, a précisé que le programme inclurait des ateliers de mentorat et des partenariats avec des incubateurs locaux. « Nous voulons briser les barrières culturelles et financières qui freinent encore l’accès des femmes à l’entrepreneuriat », a-t-elle déclaré. Parmi les secteurs prioritaires figurent l’artisanat, les services numériques et l’agroalimentaire, des filières où les femmes algériennes sont déjà bien représentées mais peinent à passer à l’échelle industrielle.
Le lancement du « Défi ANGEM » intervient dans un contexte où l’Algérie cherche à réduire sa dépendance aux hydrocarbures. Le gouvernement, via le ministère de la Solidarité nationale, a récemment alloué un budget supplémentaire de 5 milliards de dinars pour les microcrédits, dont une partie sera réservée aux projets féminins. Cette mesure s’ajoute aux dispositifs existants comme le Fonds national de soutien à l’emploi des jeunes (FNSEJ), qui a financé plus de 30 000 projets en 2024.
Sur le terrain, les premières réactions sont mitigées. À Oran, Samia Khelifi, fondatrice d’une entreprise de cosmétiques naturels, salue l’initiative mais pointe des lourdeurs administratives. « Les délais pour obtenir un prêt restent longs, et les garanties demandées sont parfois disproportionnées pour des petites structures », explique-t-elle. À Alger, l’incubateur « Start-Up Algeria » a déjà intégré le « Défi ANGEM » dans son programme d’accompagnement, offrant un guichet unique pour les candidates.
L’ANGEM n’est pas la seule institution à miser sur l’entrepreneuriat féminin. La Caisse nationale d’assurance chômage (CNAC) a lancé en 2023 un programme similaire, avec des résultats encourageants : 60 % des bénéficiaires ont créé des emplois pérennes dans les 18 mois suivant leur installation. « Les femmes algériennes ont un taux de remboursement des prêts supérieur à la moyenne nationale, ce qui prouve leur sérieux et leur résilience », souligne un rapport de la Banque mondiale publié en 2024.
Le « Défi ANGEM » s’inspire aussi de modèles étrangers, comme le programme « Women Entrepreneurs Finance Initiative » de la Banque mondiale, qui a soutenu plus de 100 000 femmes dans 60 pays. En Algérie, l’enjeu est double : non seulement créer de la richesse, mais aussi rééquilibrer une économie où les femmes représentent 52 % de la population active mais seulement 15 % des chefs d’entreprise, selon l’Office national des statistiques (ONS).
Pour les candidates, l’accès au financement n’est qu’une première étape. Le véritable défi réside dans la pérennisation des projets. À Constantine, l’association « Femmes et Leadership » organise des sessions de coaching pour aider les entrepreneures à structurer leurs business plans. « Beaucoup de femmes ont des idées brillantes, mais manquent d’expérience en gestion ou en marketing », explique sa présidente, Fatima Zohra Boukhalfa.
Le programme « Défi ANGEM » prévoit également un volet numérique, avec la création d’une plateforme en ligne pour simplifier les démarches. Les candidates pourront y déposer leurs dossiers, suivre l’avancement de leur demande et accéder à des ressources pédagogiques. Une avancée significative dans un pays où les procédures administratives sont souvent critiquées pour leur complexité.
À l’échelle nationale, l’entrepreneuriat féminin pourrait jouer un rôle clé dans la réduction du chômage, qui touche 12,5 % de la population active selon les dernières données de l’ONS. Dans les wilayas du Sud, où les opportunités économiques sont limitées, des projets comme celui de l’ANGEM offrent une lueur d’espoir. À Adrar, des coopératives féminines se sont déjà constituées autour de la transformation de dattes, avec l’appui de l’Agence de développement du Sud (ADS).
Reste à voir si le « Défi ANGEM » parviendra à surmonter les obstacles structurels. Les experts pointent notamment le manque d’accès aux marchés pour les petites entreprises, ainsi que la persistance de stéréotypes de genre dans certains secteurs. « Il ne suffit pas de financer des projets, il faut aussi créer un écosystème favorable », estime l’économiste Nacer Eddine Hammouda, interrogé par El Watan.
Pour l’instant, l’ANGEM mise sur une approche progressive, avec des objectifs chiffrés et un suivi régulier des bénéficiaires. Le premier bilan est attendu d’ici six mois, avec une évaluation des impacts économiques et sociaux. Si le programme tient ses promesses, il pourrait servir de modèle pour d’autres pays de la région, où l’entrepreneuriat féminin reste un levier sous-exploité de développement.