Le président Abdelmadjid Tebboune a mis fin aux fonctions du ministre de l’Irrigation, selon un communiqué publié par le quotidien El Khabar le 8 avril 2026. Cette décision intervient dans un contexte de tensions croissantes autour de la gestion de l’eau, alors que l’Algérie fait face à une sécheresse persistante et à des pénuries récurrentes dans plusieurs wilayas.
Le limogeage du ministre, dont le nom n’a pas été officiellement confirmé par la présidence, survient après plusieurs mois de critiques sur la lenteur des réformes dans le secteur hydraulique. Les retards dans la mise en œuvre des projets de dessalement d’eau de mer et les dysfonctionnements dans la distribution d’eau potable ont été pointés du doigt par des experts et des élus locaux. En février 2026, le Conseil national économique, social et environnemental (CNESE) avait publié un rapport alarmant sur la surexploitation des nappes phréatiques, notamment dans les régions du Sud, où l’agriculture saharienne dépend presque exclusivement de ces ressources.
Un secteur stratégique sous pression
La wilaya de Ouargla illustre ces défis. Une étude du CAREP Paris en 2021 avait révélé que la palmeraie locale, l’une des plus vastes du pays, souffrait d’une gestion inefficace de l’eau. Les agriculteurs, confrontés à des coupures fréquentes, creusaient des puits illégaux pour compenser les déficits, aggravant ainsi la baisse du niveau des nappes. En 2025, les autorités avaient annoncé un plan de modernisation des infrastructures, mais sa mise en œuvre a été retardée par des problèmes de financement et des conflits entre les différents acteurs du secteur.
Des solutions technologiques en débat
Cependant, ces solutions technologiques ne suffiront pas à elles seules. Les experts soulignent la nécessité d’une réforme structurelle, incluant une meilleure coordination entre les ministères de l’Agriculture, des Ressources en Eau et de l’Environnement. Lors d’une journée d’étude organisée en janvier 2026 par l’Agence presse service (APS), des chercheurs de l’Institut national de la recherche agronomique d’Algérie (INRAA) ont insisté sur l’importance de la recherche scientifique pour développer des variétés de céréales et légumineuses résistantes à la sécheresse. « Les résultats de nos travaux sur le blé dur et les lentilles pourraient permettre de réduire de 15 % les besoins en eau de ces cultures », avait déclaré le directeur de l’INRAA, Mohamed Amine Boudjerda.
L’agriculture saharienne en première ligne
Pourtant, les agriculteurs sahariens restent sceptiques. « Nous avons besoin de garanties sur l’accès à l’eau avant d’investir dans de nouvelles cultures », explique Ahmed, un producteur de dattes à Ouargla. « Les promesses de modernisation se heurtent souvent à la réalité du terrain : les projets prennent des années à se concrétiser, et entre-temps, nous devons faire face aux pénuries. » En 2025, plusieurs manifestations avaient éclaté dans le Sud pour dénoncer les coupures d’eau et le manque de soutien aux petits exploitants.
Un nouveau ministre pour relancer les réformes ?
La crise hydrique en Algérie n’est pas seulement une question technique ou économique : elle touche à la sécurité alimentaire et à la stabilité sociale. Avec une population en croissance et des ressources en eau de plus en plus limitées, les choix politiques des prochains mois seront déterminants. Comme le soulignait un rapport du Transnational Institute en 2021, la transition agricole en Afrique du Nord doit concilier productivité et durabilité. En Algérie, cette équation reste à résoudre.