L’Algérie signe 1,6 milliard de dollars de contrats sidérurgiques en Afrique

La 4e édition de la Foire commerciale intra-africaine, tenue récemment au Caire, a marqué un tournant pour l’industrie sidérurgique algérienne. L’entreprise publique Algerian Qatari Steel (AQS), filiale du groupe Sider, a conclu des contrats d’exportation d’une valeur totale de 1,6 milliard de dollars avec plusieurs pays africains. Ces accords, révélés par le quotidien El Moudjahid, concernent principalement la fourniture de produits longs et plats, utilisés dans les secteurs du bâtiment et des infrastructures.

AQS, basée à Bellara dans la wilaya de Jijel, a ciblé des marchés porteurs comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Cameroun et le Nigeria. Selon les détails rapportés par El Moudjahid, ces contrats s’étalent sur une période de trois ans et incluent des livraisons échelonnées de bobines, de tôles et de profilés. Le directeur général d’AQS, Mohamed Lakhdari, a souligné lors d’une conférence de presse que ces exportations s’inscrivaient dans la stratégie du groupe Sider visant à renforcer la présence algérienne sur le continent. « L’Afrique représente un marché stratégique pour nos produits, avec une demande croissante en acier liée aux projets d’infrastructures et d’urbanisation », a-t-il déclaré.

Cette performance intervient dans un contexte où l’Algérie cherche à diversifier ses débouchés économiques, traditionnellement dépendants des hydrocarbures. Le secteur sidérurgique, l’un des piliers de l’industrie lourde algérienne, bénéficie d’investissements massifs depuis 2020. Le complexe de Bellara, inauguré en 2017, affiche une capacité de production annuelle de 2,5 millions de tonnes d’acier, dont une partie est désormais destinée à l’export. D’après les données du ministère de l’Industrie, les exportations algériennes de produits sidérurgiques ont atteint 800 millions de dollars en 2024, un chiffre en hausse de 15 % par rapport à l’année précédente.

Une réponse aux défis logistiques et concurrentiels

Les contrats signés au Caire ne sont pas sans défis. Les acteurs du secteur pointent les contraintes logistiques, notamment les coûts élevés du transport maritime depuis les ports algériens. « Le fret reste un obstacle majeur pour nos exportations vers l’Afrique de l’Ouest », explique un responsable de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI). Pour y remédier, AQS a noué des partenariats avec des armateurs locaux et étrangers afin d’optimiser les coûts. Par ailleurs, la concurrence des producteurs turcs et chinois, souvent subventionnés, pousse les entreprises algériennes à innover en termes de qualité et de délais de livraison.

Le gouvernement algérien mise sur des incitations fiscales pour soutenir les exportateurs. En 2025, une prime à l’exportation de 5 % a été introduite pour les produits sidérurgiques, dans le cadre de la loi de finances complémentaire. Cette mesure vise à compenser partiellement les surcoûts liés à la logistique et à renforcer la compétitivité des entreprises algériennes. « Ces aides sont cruciales pour maintenir notre position sur des marchés où les marges sont serrées », confie un cadre d’AQS.

L’Afrique, nouveau relais de croissance

L’Algérie n’est pas le seul pays à viser le marché africain. Le Maroc et l’Égypte, avec leurs complexes sidérurgiques intégrés, sont des concurrents directs. Cependant, les analystes estiment que l’Algérie dispose d’un avantage en termes de capacité de production et de coûts énergétiques, grâce à ses ressources gazières. Selon un rapport de la Banque africaine de développement (BAD), la demande africaine en acier devrait croître de 4 % par an d’ici 2030, portée par les projets d’infrastructures et les programmes de logement social.

Les contrats d’AQS s’inscrivent également dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), entrée en vigueur en 2021. Cette zone, qui vise à supprimer les barrières douanières entre les pays membres, offre une opportunité pour les exportateurs algériens. « La ZLECAf facilite l’accès aux marchés africains, mais il faut encore lever les obstacles non tarifaires, comme les normes techniques divergentes », précise un expert du Centre africain pour le commerce et l’intégration (CACI).

Des retombées attendues pour l’économie nationale

Les 1,6 milliard de dollars de contrats signés par AQS devraient avoir un impact significatif sur l’économie algérienne. D’abord, ils généreront des devises étrangères, un enjeu crucial dans un contexte de baisse des recettes pétrolières. Ensuite, ils contribueront à réduire le chômage dans les régions industrielles, comme Jijel et Annaba, où le secteur sidérurgique emploie plus de 20 000 personnes. Enfin, ces exportations pourraient stimuler d’autres filières, comme la métallurgie et la construction mécanique.

Pour consolider cette dynamique, les autorités algériennes prévoient d’accélérer la modernisation des infrastructures portuaires. Le port de Djen Djen, situé à proximité du complexe de Bellara, est en cours d’extension pour accueillir des navires de plus grande capacité. « L’objectif est de faire de Djen Djen un hub régional pour les exportations algériennes vers l’Afrique », indique un communiqué du ministère des Transports.

Un modèle à dupliquer ?

Le succès d’AQS pourrait servir de modèle pour d’autres secteurs industriels algériens. Le ministre de l’Industrie, Ahmed Zeghdar, a récemment appelé les entreprises publiques à s’inspirer de cette expérience pour conquérir de nouveaux marchés. « L’exportation doit devenir une priorité pour toutes nos filières, qu’il s’agisse de l’agroalimentaire, de la pharmacie ou des énergies renouvelables », a-t-il déclaré lors d’un forum économique à Alger.

Cependant, des défis persistent. La bureaucratie, les lenteurs administratives et le manque de coordination entre les différents acteurs publics et privés freinent encore les ambitions exportatrices du pays. « Il faut simplifier les procédures et offrir un accompagnement sur mesure aux entreprises, comme le font le Maroc ou la Tunisie », estime un consultant en commerce international basé à Alger.

Les contrats signés par AQS en Afrique montrent que l’Algérie peut jouer un rôle de premier plan dans l’industrialisation du continent. Mais pour pérenniser cette dynamique, le pays devra relever les défis logistiques, administratifs et concurrentiels qui se dressent sur son chemin.

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