Cette semaine, Alger a officiellement suspendu toute coopération diplomatique et sécuritaire avec les trois pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) : le Mali, le Burkina Faso et le Niger. La décision, annoncée par le ministère des Affaires étrangères, marque un tournant dans la politique régionale de l’Algérie, jusqu’ici engagée dans une médiation active entre ces États et leurs partenaires occidentaux.
Une crise aux racines multiples
Le Burkina Faso et le Niger ont emboîté le pas, dénonçant une « diplomatie algérienne contradictoire ». Dans un communiqué conjoint diffusé par dw.com, les trois pays de l’AES ont reproché à Alger de soutenir « des groupes armés hostiles à la transition » tout en se présentant comme un médiateur neutre. Une accusation rejetée en bloc par le ministère algérien des Affaires étrangères, qui a qualifié ces allégations de « fabrications grossières ».
L’Algérie isolée dans son pré carré sahélien
La décision de l’AES de se tourner vers la Russie et de rompre avec les partenaires traditionnels, dont la France, a pris Alger de court. Selon Jeune Afrique, les États-Unis tentent actuellement de renouer avec le Niger, mais sans passer par l’Algérie, qui était jusqu’ici un relais privilégié de Washington dans la région. Cette marginalisation intervient alors que l’Algérie cherche à renforcer son influence en Afrique, notamment via son adhésion au groupe des BRICS en 2024.
Conséquences économiques et sécuritaires
Sur le plan sécuritaire, la rupture complique la lutte contre les groupes jihadistes actifs dans la région. L’Algérie partage une frontière de plus de 1 000 km avec le Mali et le Niger, où opèrent des factions liées à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et à l’État islamique au Grand Sahara (EIGS). Selon le Africa Center for Strategic Studies, la coopération transfrontalière, notamment en matière de renseignement, était un pilier de la stratégie algérienne contre le terrorisme. Cette coopération est désormais gelée, au moment où les attaques jihadistes se multiplient dans le Liptako-Gourma, une zone frontalière entre les trois pays de l’AES.
Réactions internationales et position algérienne
Côté algérien, les autorités assument leur position. Dans une déclaration à l’APS, le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a insisté sur le fait que l’Algérie « ne tolérera aucune atteinte à sa souveraineté ou à ses intérêts nationaux ». Il a également rappelé que l’Algérie restait « ouverte au dialogue », mais à condition que les pays de l’AES « cessent leurs accusations infondées ».
Un Maghreb divisé face à la crise
La Tunisie, quant à elle, se retrouve dans une position délicate. Selon Nawaat, des milliers de migrants subsahariens, bloqués à la frontière algéro-tunisienne, attendent une solution humanitaire. Alger a récemment renforcé les contrôles à ses frontières, en partie pour éviter que la Tunisie ne devienne une voie de transit vers l’Europe, mais aussi en réponse aux tensions avec l’AES.
Vers une réorientation de la diplomatie algérienne ?
Pour l’Algérie, le défi est désormais de concilier ses ambitions panafricaines avec la réalité d’un Sahel de plus en plus instable et polarisé. La suspension des relations avec l’AES pourrait durer, d’autant que les juntes militaires de la région semblent déterminées à consolider leur alliance, quitte à s’isoler davantage sur la scène internationale.