L’Algérie réduit sa facture alimentaire de 11 milliards de dollars

L’Algérie a enregistré une baisse significative de sa facture d’importation alimentaire en 2023, passant de 15,5 milliards de dollars en 2022 à 11 milliards de dollars, selon Financial Afrik. Cette réduction, bien que notable, ne masque pas les défis structurels auxquels le pays reste confronté pour assurer sa souveraineté alimentaire.

Une dépendance persistante malgré les efforts

Les importations de céréales, de lait en poudre et d’huiles végétales continuent de peser sur le budget national. En 2023, l’Algérie a importé près de 8 millions de tonnes de blé, principalement de France, du Brésil et de Russie, pour un coût avoisinant les 2,5 milliards de dollars. Le lait en poudre, dont le pays est l’un des plus grands importateurs au monde, a représenté une dépense de 1,2 milliard de dollars, tandis que les huiles végétales ont coûté 1 milliard de dollars.

Cette dépendance s’explique par une production locale insuffisante, malgré les investissements publics dans le secteur agricole. Les aléas climatiques, comme la sécheresse récurrente, et les contraintes structurelles, telles que le manque d’infrastructures de stockage et de transformation, limitent la capacité du pays à répondre à la demande intérieure.

Les mesures gouvernementales pour stimuler la production

Face à cette situation, les autorités algériennes ont mis en place plusieurs initiatives pour booster la production locale. Le Plan national de développement agricole (PNDA), relancé en 2020, vise à moderniser les exploitations et à améliorer les rendements. Des subventions sont accordées aux agriculteurs pour l’achat de semences, d’engrais et de matériel agricole, tandis que des projets d’irrigation sont en cours pour optimiser l’utilisation des ressources hydriques.

Par ailleurs, le gouvernement a encouragé les partenariats public-privé pour développer des filières stratégiques, comme celle des oléagineux et des légumineuses. En 2023, la production nationale de pommes de terre a atteint 5,5 millions de tonnes, couvrant près de 80 % des besoins du pays, un exemple souvent cité pour illustrer les progrès réalisés.

Les limites des politiques actuelles

Malgré ces avancées, des obstacles subsistent. La fragmentation des terres agricoles, avec des exploitations souvent de petite taille, freine les gains de productivité. De plus, la bureaucratie et les lenteurs administratives découragent les investisseurs privés, pourtant essentiels pour dynamiser le secteur.

Les experts soulignent également l’absence d’une stratégie claire pour réduire la dépendance aux intrants importés, comme les engrais et les pesticides, dont les prix fluctuent fortement sur les marchés internationaux. Selon Financial Afrik, cette vulnérabilité expose l’Algérie à des risques économiques en cas de tensions géopolitiques ou de crises sanitaires.

L’enjeu de la sécurité alimentaire à long terme

La question de la souveraineté alimentaire dépasse le cadre économique pour toucher à la stabilité sociale. Les pénuries de produits de base, comme le sucre ou l’huile, ont déjà provoqué des mouvements de protestation dans le passé. Pour éviter une telle situation, les autorités misent sur une diversification des sources d’approvisionnement et sur le développement de cultures résilientes, comme le sorgho ou le mil, moins gourmandes en eau.

Cependant, ces solutions nécessitent du temps et des investissements massifs. Le ministre de l’Agriculture, Youcef Cherfa, a récemment annoncé un plan ambitieux pour atteindre l’autosuffisance en céréales d’ici 2030, mais les défis logistiques et climatiques rendent cet objectif incertain.

Un modèle à repenser

L’Algérie n’est pas le seul pays africain à faire face à ces défis, mais sa situation est particulière en raison de sa forte dépendance aux hydrocarbures. Les recettes pétrolières et gazières financent une grande partie des importations alimentaires, ce qui rend le pays vulnérable aux fluctuations des prix de l’énergie. Une baisse des revenus pétroliers pourrait compromettre la capacité de l’État à subventionner les produits de base, comme le pain ou le lait, essentiels pour la population.

Pour sortir de cette dépendance, certains économistes plaident pour une refonte du modèle agricole, en favorisant les circuits courts et en encourageant l’agroécologie. Des projets pilotes, comme ceux menés dans la wilaya de Tlemcen, montrent que des techniques durables peuvent améliorer les rendements sans épuiser les ressources naturelles.

Vers une coopération régionale renforcée

Face à ces enjeux, l’Algérie explore également des partenariats avec ses voisins africains pour sécuriser ses approvisionnements. Des accords ont été signés avec le Mali et le Niger pour importer du bétail et des céréales, tandis que des discussions sont en cours avec la Tunisie et le Maroc pour créer des chaînes de valeur régionales.

Ces initiatives pourraient atténuer les risques liés aux tensions commerciales mondiales, mais elles restent limitées par les contraintes logistiques et les barrières douanières. Selon Financial Afrik, une intégration plus poussée des marchés agricoles africains serait nécessaire pour réduire la dépendance aux importations extracontinentales.

La baisse de la facture alimentaire en 2023 est un signe encourageant, mais elle ne doit pas occulter les défis structurels qui persistent. Pour l’Algérie, la souveraineté alimentaire reste un objectif lointain, nécessitant des réformes profondes et une vision à long terme.

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