L’Algérie a récemment reçu une distinction internationale pour ses efforts en matière d’alphabétisation, particulièrement en faveur des femmes. Le prix d’alphabétisation de l’UNESCO, décerné en 2022, met en lumière des initiatives locales qui ont permis de réduire significativement le taux d’analphabétisme parmi les Algériennes, notamment dans les zones rurales et défavorisées.
Selon l’UNESCO, ce prix récompense des programmes innovants qui combinent éducation de base et formation professionnelle. En Algérie, ces initiatives ont été menées par le ministère de l’Éducation nationale en collaboration avec des associations locales comme l’Association nationale des femmes algériennes (ANFA) et des centres de formation répartis à travers le pays. Les résultats sont tangibles : près de 60 % des bénéficiaires de ces programmes sont des femmes, dont une majorité âgée de 25 à 50 ans.
Des méthodes adaptées aux réalités locales
Les programmes primés par l’UNESCO se distinguent par leur approche pragmatique. Plutôt que de se limiter à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, ils intègrent des modules sur la gestion domestique, la santé reproductive et l’entrepreneuriat. Par exemple, dans la wilaya de Tlemcen, des ateliers ont été organisés pour former les femmes à la couture, à la transformation agroalimentaire ou encore à la gestion de petits commerces. Ces formations leur permettent non seulement d’acquérir des compétences utiles, mais aussi de générer des revenus pour leurs familles.
D’après les responsables du ministère de l’Éducation nationale, ces programmes s’appuient sur un réseau de formateurs bénévoles, souvent des enseignants retraités ou des étudiants en sciences de l’éducation. Leur connaissance des dialectes locaux et des spécificités culturelles des régions où ils interviennent facilite l’adhésion des participantes. À Sétif, par exemple, un centre d’alphabétisation a réussi à toucher plus de 2 000 femmes en deux ans grâce à cette approche décentralisée.
Un impact mesurable sur le terrain
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon une étude menée par l’Office national des statistiques (ONS) en 2023, le taux d’analphabétisme chez les femmes algériennes a chuté de 12 points en dix ans, passant de 28 % en 2013 à 16 % en 2023. Cette baisse est encore plus marquée dans les wilayas du Sud, comme Adrar ou Tamanrasset, où les programmes ont été intensifiés ces dernières années. À Ghardaïa, par exemple, le taux d’analphabétisme féminin est passé de 35 % à 22 % entre 2018 et 2023.
Ces progrès s’expliquent aussi par la mobilisation des autorités locales. Dans la wilaya de Béjaïa, le wali a lancé en 2021 un plan quinquennal pour éradiquer l’analphabétisme féminin d’ici 2026. Ce plan inclut la création de classes mobiles dans les zones montagneuses, où les femmes ont difficilement accès aux centres de formation fixes. Des bus équipés de matériel pédagogique sillonnent désormais les villages reculés pour dispenser des cours aux habitantes.
Des défis persistants
Malgré ces avancées, des obstacles subsistent. Dans certaines régions, comme la wilaya de M’Sila ou celle de Djelfa, les traditions sociales et les contraintes économiques freinent encore la scolarisation des filles et la participation des femmes aux programmes d’alphabétisation. Selon une enquête menée par l’ANFA en 2024, près de 30 % des femmes interrogées dans ces wilayas ont déclaré ne pas pouvoir suivre les cours en raison de leurs responsabilités familiales ou du manque de soutien de leur entourage.
Par ailleurs, les financements restent un enjeu majeur. Bien que l’État algérien ait augmenté son budget dédié à l’éducation des adultes, les associations locales peinent parfois à obtenir des subventions pour pérenniser leurs actions. La directrice de l’ANFA, Fatima Zohra Karadja, a récemment déclaré à El Watan que « les fonds alloués sont insuffisants pour couvrir les besoins de toutes les wilayas, notamment celles du Sud où les coûts logistiques sont élevés ».
Une reconnaissance qui appelle à plus d'efforts
La distinction de l’UNESCO est une reconnaissance des efforts déployés par l’Algérie, mais elle doit aussi servir de catalyseur pour accélérer les réformes. Le ministre de l’Éducation nationale, Abdelhakim Belabed, a souligné lors d’une conférence de presse en avril 2024 que « ce prix est une fierté nationale, mais il nous engage à faire plus, notamment en ciblant les femmes les plus vulnérables et en renforçant les partenariats avec les acteurs locaux ».
Parmi les pistes envisagées, le ministère travaille sur un projet de digitalisation des programmes d’alphabétisation. L’idée est de proposer des cours en ligne via des plateformes accessibles depuis les smartphones, un outil de plus en plus répandu même dans les zones rurales. Une expérience pilote a été lancée en 2023 dans la wilaya d’Oran, avec des résultats encourageants : plus de 500 femmes ont suivi des modules d’alphabétisation à distance en six mois.
Un modèle pour la région
L’Algérie n’est pas le seul pays du Maghreb à lutter contre l’analphabétisme féminin, mais ses méthodes innovantes pourraient inspirer ses voisins. Au Maroc, par exemple, où la pauvreté entrave encore l’éducation des filles dans les zones rurales, des associations comme l’UNESCO et l’UNICEF ont salué l’approche algérienne, qui combine éducation formelle et formation professionnelle. En Tunisie, des responsables du ministère de l’Éducation ont récemment visité des centres d’alphabétisation à Alger et à Constantine pour s’inspirer des bonnes pratiques locales.
Pour l’Algérie, cette reconnaissance internationale est aussi une opportunité de renforcer sa coopération avec les organisations internationales. La Banque mondiale a déjà annoncé en 2024 un financement de 50 millions de dollars pour soutenir les programmes d’éducation des adultes en Afrique du Nord, avec une attention particulière portée à l’inclusion des femmes. Une partie de ces fonds pourrait être allouée à l’Algérie pour étendre ses initiatives à d’autres wilayas.
Vers une génération de femmes autonomes
Au-delà des chiffres, l’impact de ces programmes se mesure aussi à l’échelle individuelle. À Tiaret, une femme de 42 ans, mère de quatre enfants, a témoigné auprès de la chaîne Ennahar TV : « Avant, je ne savais ni lire ni écrire. Aujourd’hui, je gère un petit commerce de produits laitiers et je peux aider mes enfants dans leurs devoirs. Ces cours ont changé ma vie. » Des histoires comme la sienne se multiplient à travers le pays, illustrant comment l’alphabétisation peut transformer des vies et des communautés entières.
Pour les années à venir, l’enjeu sera de maintenir cette dynamique. Les autorités algériennes ont annoncé la création d’un observatoire national de l’alphabétisation, chargé de suivre les progrès et d’identifier les zones où les efforts doivent être renforcés. Cet outil permettra aussi de mieux évaluer l’impact des programmes sur l’autonomie économique des femmes, un objectif clé pour le développement du pays.
En récompensant l’Algérie, l’UNESCO a mis en lumière un modèle qui prouve qu’avec des méthodes adaptées et une volonté politique forte, il est possible de réduire les inégalités d’accès à l’éducation. Reste maintenant à amplifier ces efforts pour que chaque femme algérienne, où qu’elle vive, puisse bénéficier de cette opportunité.