Revue de presse : Femmes Algérie, Commerce Algérie, Archéologie Algérie…

**L’Algérie, miroir brisé d’un projet national inachevé**

**Femmes et éducation : le maillon faible d’un modèle en crise**

Le paradoxe est saisissant : alors que l’Algérie se présente comme une « puissance régionale émergente » (selon le Center for Strategic and International Studies), son capital humain – et particulièrement féminin – est sous-exploité, voire saboté. Comment prétendre jouer un rôle moteur dans le Maghreb (comme le suggère l’axe Tunisie-Algérie) quand près de 30 % des filles des zones rurales abandonnent l’école avant le baccalauréat ? La réponse réside peut-être dans l’irrigation, ce domaine où l’Algérie investit massivement… mais pour des cultures à haute valeur ajoutée (dattes, primeurs) plutôt que pour des projets sociaux. Comme si l’eau, ressource vitale, était détournée de ses usages humains au profit d’une économie de rente.

**L’eau et la terre : le retour du refoulé colonial**

Cette logique extractiviste rappelle étrangement celle des hydrocarbures, où l’Algérie a longtemps vécu sur la rente pétrolière sans construire une économie diversifiée. Aujourd’hui, le pays tente de se repositionner comme un acteur clé du commerce maghrébin, mais ses partenariats (avec la Tunisie, ou même avec la France via le projet contesté de Dakhla) restent fragiles, car fondés sur des équilibres précaires. Le blocage du Polisario sur le projet français à Dakhla n’est pas seulement une question de souveraineté sahraouie ; il révèle aussi la méfiance des Algériens envers toute ingérence étrangère, fût-elle économique. Comme si, après des décennies de lutte anticoloniale, l’Algérie craignait de voir ses ressources – eau, terre, patrimoine – une nouvelle fois spoliées.

**Santé mentale : le tabou qui ronge la société**

Pourtant, l’Algérie dispose d’atouts majeurs : une tradition médicale solide (héritée de l’époque coloniale, puis développée sous Boumediene), une jeunesse éduquée et connectée, et même des institutions dédiées à la protection du patrimoine manuscrit (comme le souligne la ministre de la Culture). Mais ces ressources restent sous-exploitées, car la santé mentale est encore perçue comme un luxe, voire une faiblesse. Comment expliquer ce déni ? Peut-être par la peur de voir resurgir les fantômes de la guerre civile (années 1990), où la folie collective avait servi de terreau au terrorisme. Aujourd’hui, la dépression est souvent interprétée comme un « manque de foi » ou un « caprice de riche », plutôt que comme une maladie à part entière.

**Archéologie et mémoire : la quête impossible d’une identité unifiée**

Le cas de la visite du « Pape Léon XIV » (en réalité, une confusion avec le pape François, qui a visité le Maroc en 2019) est révélateur. La ministre de la Culture, Malika Bendouda, a présenté cette visite comme une reconnaissance de l’héritage chrétien de l’Algérie, alors que le pays est officiellement musulman. Cette ambiguïté n’est pas anodine : elle reflète la tension entre une identité arabo-musulmane dominante et une histoire plurielle (berbère, romaine, ottomane, française). Comment concilier ces strates ? En les muséifiant, comme le font les nouvelles structures patrimoniales ? Ou en les vivant, comme le font les musiciens traditionnels (Hakim Hamadouche, Takfarinas) qui réinterprètent les chants targuis ou chaouis ?

**Internet et société civile : entre surveillance et émancipation**

La musique, en particulier, joue un rôle clé dans cette dynamique. Les chants touaregs de l’Ahaggar, utilisés pour soigner les maladies et les possessions, ne sont pas de simples traditions folkloriques : ils sont une forme de résistance contre l’uniformisation culturelle. De même, la disparition d’Othmane Bali, chantre de la musique targuie, rappelle que la transmission des savoirs est menacée par la globalisation. Pourtant, des initiatives comme celle de Takfarinas, qui mêle patrimoine et création contemporaine, montrent que l’Algérie peut inventer de nouvelles formes d’expression sans renier son passé.

**Géopolitique : l’Algérie, entre non-alignement et isolement**

Le geste du Maroc à l’ONU envers la Russie est un signal clair : Rabat joue la carte de la multipolarité, tandis que l’Algérie, malgré ses discours souverainistes, reste dépendante de ses exportations d’hydrocarbures vers l’Europe. Cette dépendance économique limite sa marge de manœuvre diplomatique. Pourtant, l’Algérie a des atouts : son armée, l’une des plus puissantes d’Afrique, son rôle de médiateur dans les crises régionales (Libye, Sahel), et surtout, sa capacité à fédérer autour de symboles forts (comme la lutte contre le colonialisme). Mais ces atouts ne suffiront pas si le pays ne résout pas ses contradictions internes : comment prétendre incarner la résistance anti-impérialiste quand on réprime sa propre société civile ? Comment défendre la cause sahraouie quand on néglige les droits des femmes et des minorités ?

**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**

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