L’Algérie modernise son agriculture par la recherche

Alger a accueilli fin octobre 2025 la conférence nationale sur la modernisation de l’agriculture, un événement qui marque une étape dans la stratégie algérienne de transformation du secteur. Organisée par le ministère de l’Agriculture et du Développement rural, cette rencontre a réuni plus de 500 participants, dont des chercheurs, des agriculteurs et des responsables d’institutions publiques comme l’Institut national de la recherche agronomique d’Algérie (INRAA) et le Centre national de contrôle et de certification des semences et plants (CNCC).

Les recommandations adoptées à l’issue des travaux ciblent trois axes principaux. D’abord, l’intégration des technologies numériques dans la gestion des exploitations. Selon L’Algérie Aujourd’hui, qui a couvert l’événement, les participants ont insisté sur la nécessité de généraliser l’utilisation des drones et des capteurs connectés pour optimiser l’irrigation et la lutte contre les parasites. Le ministre de l’Agriculture, Youcef Cherfa, a annoncé la création d’un fonds dédié au financement de ces outils, doté d’un budget initial de 2 milliards de dinars.

Ensuite, la conférence a mis l’accent sur la recherche appliquée. L’INRAA a présenté ses derniers travaux sur des variétés de blé résistantes à la sécheresse, développées en collaboration avec des universités algériennes comme celle de Constantine. Ces variétés, testées dans les wilayas de Sétif et de Tiaret, ont montré des rendements supérieurs de 20 % par rapport aux semences traditionnelles. Le directeur de l’INRAA, Mohamed Benabdelkader, a souligné que ces résultats s’inscrivaient dans le cadre du plan national de souveraineté alimentaire, lancé en 2023 par le président Abdelmadjid Tebboune.

Enfin, les participants ont plaidé pour un renforcement des partenariats public-privé. Le groupe Cevital, représenté par son PDG Issad Rebrab, a proposé de créer des plateformes logistiques pour faciliter l’accès des petits agriculteurs aux marchés. Une initiative similaire a été évoquée par la Chambre nationale d’agriculture, qui envisage de mettre en place des coopératives équipées de machines modernes dans les zones rurales.

La conférence a également servi de cadre à la signature de plusieurs accords. Parmi eux, un partenariat entre l’INRAA et l’Institut national de la recherche agronomique de France (INRAE) pour échanger des expertises sur les techniques d’irrigation économes en eau. Un autre accord a été conclu avec l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) pour former 5 000 agriculteurs aux méthodes de culture durable d’ici 2026.

Les défis restent nombreux. D’après une étude citée par horizons.dz, seulement 15 % des exploitations agricoles algériennes utilisent actuellement des techniques modernes. Le manque de main-d’œuvre qualifiée et les difficultés d’accès au crédit freinent encore l’adoption de ces innovations. Pourtant, les participants ont salué les progrès réalisés depuis 2020, notamment la hausse de 30 % des investissements publics dans le secteur.

Cette conférence s’inscrit dans une dynamique plus large. Du 3 au 7 novembre 2025, Alger accueillera le 14e Congrès arabe de la protection des végétaux, un événement qui réunira des experts de 22 pays. Selon l’APS, ce congrès abordera des thèmes comme la lutte biologique contre les ravageurs et l’utilisation des biotechnologies pour améliorer les rendements. La présence de chercheurs algériens dans ces débats internationaux confirme la volonté du pays de s’imposer comme un acteur clé de la recherche agronomique en Afrique du Nord.

Les prochains mois seront décisifs. Le ministère de l’Agriculture prévoit de lancer un appel à projets pour financer des start-up spécialisées dans les technologies agricoles. Une enveloppe de 1,5 milliard de dinars sera allouée à ces initiatives, avec un accent particulier sur les solutions adaptées aux zones arides. Comme l’a rappelé Youcef Cherfa lors de la clôture, « la modernisation de l’agriculture n’est pas une option, mais une nécessité pour garantir la sécurité alimentaire de l’Algérie ».

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