Un ingénieur algérien a mis au point un appareil médical capable de surveiller en temps réel les signes vitaux des patients, une innovation qui pourrait transformer les soins de santé en Algérie et au-delà. Chikhi Abderrazik, fondateur de la startup MedTech Algeria, a présenté son invention lors d’une conférence organisée récemment à Alger, en présence de représentants du ministère de l’Industrie et des Startups.
L’appareil, baptisé VitalGuard, combine des capteurs intelligents et une intelligence artificielle pour analyser les données physiologiques des patients. Selon Abderrazik, cité par El Moudjahid, le dispositif permet de détecter précocement les anomalies cardiaques, respiratoires et même les risques d’infection, réduisant ainsi les délais de diagnostic. « Notre objectif est de démocratiser l’accès à une médecine préventive de qualité, surtout dans les zones éloignées des grands centres hospitaliers », a-t-il déclaré.
Le projet a bénéficié d’un soutien financier et logistique de l’État algérien, via l’Agence nationale de valorisation des résultats de la recherche et du développement technologique (ANVRDT). Le ministre de l’Industrie, Ahmed Zeghdar, a salué cette initiative comme « un exemple concret de l’innovation locale qui répond aux besoins réels de la population ». Une première série de prototypes a déjà été testée dans plusieurs hôpitaux publics, dont l’Établissement hospitalo-universitaire (EHU) d’Oran et le CHU Mustapha Pacha d’Alger.
Les résultats préliminaires, partagés avec El Watan, montrent une réduction de 30 % des erreurs de diagnostic pour les maladies cardiovasculaires. VitalGuard pourrait également alléger la charge des services d’urgence, souvent saturés. « Avec ce système, les médecins peuvent suivre à distance l’évolution de leurs patients, ce qui est crucial pour les maladies chroniques comme le diabète ou l’hypertension », explique le Dr. Samia Khelifi, cardiologue à l’EHU d’Oran.
La startup MedTech Algeria, basée à Sidi Abdallah, prévoit de produire 5 000 unités d’ici la fin de l’année prochaine, avec l’ambition d’exporter vers l’Afrique subsaharienne. Abderrazik a souligné que le coût de production, estimé à 20 000 dinars par appareil, reste bien inférieur à celui des solutions importées, souvent inaccessibles pour les structures publiques. « L’Algérie a les compétences et les ressources pour devenir un hub technologique en Afrique. Il suffit de structurer les filières et d’encourager l’entrepreneuriat scientifique », a-t-il ajouté.
Le projet s’inscrit dans une dynamique plus large de développement de l’écosystème des startups en Algérie. Le gouvernement a lancé en 2023 un fonds de 10 milliards de dinars pour soutenir les jeunes pousses innovantes, avec un accent particulier sur les technologies médicales. Selon les données de l’ANVRDT, plus de 120 startups algériennes opèrent dans le secteur de la santé, mais seules une dizaine ont atteint un stade de commercialisation.
VitalGuard a également attiré l’attention d’investisseurs étrangers. Une délégation de la Banque africaine de développement (BAD) a visité les locaux de MedTech Algeria en septembre dernier, évoquant un possible financement pour étendre la production. « L’Algérie a un potentiel énorme en matière de recherche appliquée. Ce type d’innovation peut créer des emplois qualifiés et réduire la dépendance aux importations », a déclaré un représentant de la BAD, cité par L’Expression.
Malgré ces avancées, des défis persistent. Les startups algériennes peinent encore à accéder aux marchés publics, en raison de procédures administratives complexes. Abderrazik a appelé à une simplification des appels d’offres pour les PME locales : « Aujourd’hui, une startup algérienne doit souvent passer par des intermédiaires pour vendre à l’État, ce qui augmente les coûts et retarde les projets. »
Le dispositif a déjà suscité l’intérêt de plusieurs pays africains, dont le Sénégal et la Côte d’Ivoire, où les systèmes de santé souffrent de pénuries d’équipements. Une première commande de 500 unités a été passée par le ministère de la Santé ivoirien, selon des sources proches du dossier. « C’est une fierté de voir que notre technologie peut servir au-delà de nos frontières. Cela prouve que l’Algérie n’est pas seulement un consommateur de solutions étrangères, mais aussi un producteur », a commenté Abderrazik.
En parallèle, MedTech Algeria collabore avec l’Université des sciences et de la technologie Houari-Boumediene (USTHB) pour former des ingénieurs spécialisés en dispositifs médicaux. Un master en bio-ingénierie sera lancé l’année prochaine, avec un volet dédié à l’entrepreneuriat. « Nous voulons créer une filière complète, de la recherche à la commercialisation, en passant par la formation », explique le Pr. Mohamed Larbi, doyen de la faculté de génie biomédical à l’USTHB.
L’innovation de Chikhi Abderrazik s’ajoute à une série de projets algériens qui misent sur la technologie pour moderniser le secteur de la santé. En 2023, une équipe de l’École nationale polytechnique d’Alger avait développé un respirateur artificiel low-cost, tandis que des chercheurs de l’Université de Constantine travaillaient sur un système de télémédecine pour les zones rurales. Ces initiatives, bien que prometteuses, restent fragiles en l’absence d’un cadre juridique clair pour la propriété intellectuelle et le transfert de technologie.
Pour Abderrazik, l’enjeu est désormais de passer à l’échelle industrielle. « Nous avons prouvé que le concept fonctionne. Maintenant, il faut produire en masse et convaincre les hôpitaux d’adopter notre solution. » Le ministère de la Santé a annoncé la création d’une commission pour évaluer l’intégration de VitalGuard dans le système de santé public, une étape cruciale pour son déploiement à grande échelle.
Si le projet aboutit, il pourrait positionner l’Algérie comme un acteur clé de l’innovation médicale en Afrique. Une perspective qui dépasse le simple cadre technologique, pour toucher à la souveraineté sanitaire du pays. Comme le résume Abderrazik : « Notre ambition n’est pas seulement de vendre un produit, mais de construire une industrie. »