Ali Zouzou, fondateur d’Alger Service Center, partage son expérience sur l’émergence de la finance islamique en Algérie dans un témoignage publié récemment par Al-Kanz. Son parcours illustre les défis et les opportunités d’un secteur encore en construction, mais qui gagne du terrain auprès des entrepreneurs et des particuliers.
Un modèle économique aligné sur les principes islamiques
Le modèle repose sur des instruments comme la mourabaha (vente avec marge), l’ijara (location-vente) ou le sukuk (obligations islamiques), qui permettent de financer des projets sans recourir à l’endettement classique. Pour Zouzou, ces outils offrent une alternative viable aux prêts bancaires conventionnels, souvent perçus comme coûteux ou incompatibles avec les convictions de certains acteurs économiques.
Sensibilisation et éducation financière : un enjeu clé
Cette sensibilisation s’adresse aussi aux institutions. Zouzou appelle à une collaboration accrue entre les banques islamiques, les régulateurs et les entrepreneurs pour standardiser les pratiques et faciliter l’accès aux financements. En Algérie, où le secteur bancaire islamique reste marginal comparé à des pays comme le Maroc ou la Malaisie, cette dynamique pourrait accélérer son développement.
Les obstacles à surmonter
Ensuite, la méfiance persiste. Certains entrepreneurs et particuliers associent la finance islamique à des coûts plus élevés ou à une complexité administrative. Zouzou reconnaît ces réticences, mais les attribue à un manque d’information. Il cite le cas de clients ayant initialement hésité avant de constater que les solutions islamiques pouvaient être aussi compétitives que les financements classiques, voire plus adaptées à leurs besoins.
Enfin, la concurrence avec les banques conventionnelles est un frein. Ces dernières bénéficient d’une infrastructure établie et d’une clientèle fidélisée, ce qui rend difficile l’émergence de nouveaux acteurs spécialisés. Pour Zouzou, la solution passe par une différenciation claire, en mettant en avant les avantages éthiques et sociaux de la finance islamique, comme le partage des risques ou l’interdiction des investissements dans des secteurs controversés (alcool, jeux d’argent, etc.).
Un secteur en croissance malgré les défis
Zouzou note aussi que la crise économique post-Covid-19 a renforcé l’attrait pour des modèles plus résilients. Les entrepreneurs algériens, confrontés à des difficultés d’accès au crédit, se tournent vers des solutions comme la finance participative ou les fonds d’investissement islamiques. Alger Service Center a ainsi accompagné plusieurs start-up dans leur levée de fonds, en utilisant des mécanismes comme le crowdfunding halal.
Vers une intégration plus large dans l’économie algérienne
Le témoignage de Zouzou met en lumière un paradoxe algérien : un pays où la demande pour des solutions financières éthiques est forte, mais où l’offre peine à suivre. Pourtant, les initiatives comme Alger Service Center montrent que des entrepreneurs locaux sont prêts à innover pour combler ce vide. Si les autorités et les banques emboîtent le pas, la finance islamique pourrait devenir un pilier du développement économique, en alignant croissance et valeurs sociales.