Le Premier ministre Sifi Ghrieb a présidé récemment une réunion gouvernementale dédiée à la relance de l’investissement en Algérie, avec un accent particulier sur les mécanismes conformes à la finance islamique. Selon Algerie Patriotique, cette séance a permis d’examiner des mesures visant à dynamiser les projets d’investissement tout en respectant les principes de la Charia, une approche qui s’inscrit dans la stratégie économique du pays depuis plusieurs années.
Un cadre légal déjà en place
Le gouvernement algérien mise sur ces instruments pour contourner les réticences de certains acteurs économiques, notamment les entrepreneurs et les particuliers, qui évitent les prêts à intérêt en raison de convictions religieuses ou de méfiance envers le système bancaire traditionnel. Selon des données de la Banque d’Algérie, les dépôts dans les banques islamiques ont progressé de 15 % en 2024, un signe de l’engouement croissant pour ces produits.
Des secteurs prioritaires ciblés
L’agriculture et les énergies renouvelables sont également des domaines où la finance islamique pourrait apporter une valeur ajoutée. Des projets de fermes solaires ou d’unités de dessalement d’eau, souvent soutenus par des fonds souverains ou des investisseurs du Golfe, pourraient être financés via des contrats de moudaraba (partage des profits) ou de moucharaka (partenariat). Ces mécanismes permettent de répartir les risques entre les parties prenantes, une approche attractive pour les investisseurs étrangers, notamment ceux des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), habitués à ces outils.
Des défis persistants
Un autre défi réside dans la concurrence avec les banques traditionnelles, qui dominent largement le marché. Ces dernières proposent des taux d’intérêt attractifs et une gamme de services plus large, ce qui peut dissuader les clients de se tourner vers les alternatives islamiques. Pour y remédier, le gouvernement envisage d’accorder des avantages fiscaux aux banques halal, comme des exonérations sur les bénéfices générés par les produits conformes à la Charia.
Enfin, la réglementation reste perfectible. Si la loi de 2020 a posé un cadre, certains aspects, comme la supervision des contrats ou la résolution des litiges, nécessitent des précisions. La Commission bancaire algérienne travaille actuellement à l’élaboration de directives plus détaillées pour encadrer les opérations de finance islamique, un processus qui devrait aboutir d’ici la fin de l’année.
Une opportunité pour les investisseurs étrangers
Pour faciliter ces partenariats, le gouvernement algérien envisage de créer une agence dédiée à la promotion des investissements conformes à la Charia. Cette structure aurait pour mission de faciliter les démarches administratives, d’identifier des projets éligibles et de mettre en relation les investisseurs étrangers avec les acteurs locaux. Une telle initiative pourrait accélérer l’arrivée de capitaux, tout en renforçant la crédibilité de l’Algérie sur le marché de la finance islamique.
Un levier pour l’économie nationale
Les produits islamiques offrent une alternative intéressante pour les entrepreneurs algériens, souvent confrontés à des difficultés d’accès au crédit. En évitant les intérêts, ces mécanismes permettent de financer des projets sans alourdir la dette des entreprises, un avantage non négligeable dans un contexte économique marqué par l’inflation et la hausse des coûts de production. Selon une étude de la Banque mondiale, les pays qui ont développé la finance islamique ont enregistré une croissance plus rapide des PME, un secteur clé pour la création d’emplois en Algérie.
La réunion présidée par Sifi Ghrieb marque une étape supplémentaire dans la volonté du gouvernement de faire de la finance islamique un pilier de la relance économique. Si les défis restent nombreux, les opportunités sont réelles, tant pour les investisseurs locaux qu’étrangers. Reste à voir si les mesures annoncées seront suffisantes pour concrétiser cette ambition.