L’Algérie lance son marché volontaire de carbone

L’Algérie a franchi une étape clé dans sa transition écologique avec le lancement récent de son marché volontaire de carbone. Annoncée par le Portail algérien des énergies renouvelables, cette initiative vise à structurer les échanges de crédits carbone entre entreprises locales et internationales, tout en encourageant les projets réduisant les émissions de gaz à effet de serre. Une première en Afrique du Nord, qui positionne le pays comme un acteur émergent dans la finance verte.

Un cadre réglementaire inédit

Les secteurs prioritaires incluent les énergies renouvelables, la gestion des déchets, l’agriculture durable et l’efficacité énergétique. Des projets comme la centrale solaire de Hassi R’Mel ou les programmes de reboisement dans les wilayas du nord sont déjà éligibles. « Les entreprises algériennes peuvent désormais monétiser leurs efforts environnementaux, ce qui était impossible avant », souligne un expert du PNUD Algérie, partenaire technique du projet.

Des retombées économiques et industrielles

Parmi les premiers bénéficiaires figurent les startups spécialisées dans les énergies propres. La société Eurl Green Energy, basée à Oran, a déjà vendu 5 000 crédits carbone à une entreprise française en 2025, grâce à son projet de biogaz issu des déchets agricoles. « Ce marché nous permet de financer l’expansion de nos unités de production sans dépendre uniquement des subventions publiques », confie son directeur, Karim Benali.

Défis et limites du système

Un autre défi est la concurrence régionale. Le Maroc et la Tunisie ont lancé des initiatives similaires, avec des incitations fiscales plus attractives. « L’Algérie doit simplifier les procédures administratives et offrir des avantages fiscaux pour attirer les investisseurs », estime un économiste de l’Université d’Alger. Le gouvernement a toutefois annoncé en 2026 une exonération partielle de l’impôt sur les sociétés pour les revenus issus des crédits carbone, une mesure saluée par les acteurs du secteur.

Une dynamique alignée sur les objectifs nationaux

Les institutions financières algériennes commencent à s’impliquer. La Banque extérieure d’Algérie (BEA) a récemment lancé un fonds vert doté de 200 millions de dinars pour financer des projets éligibles aux crédits carbone. « Nous ciblons en priorité les PME et les jeunes entrepreneurs, qui manquent souvent de liquidités pour démarrer », explique un cadre de la BEA.

Perspectives internationales

Sur le plan international, l’Algérie pourrait devenir un fournisseur clé de crédits carbone pour les entreprises européennes soumises à des réglementations strictes, comme le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) de l’UE. « Les projets algériens offrent un bon rapport qualité-prix, avec des coûts de certification inférieurs à ceux de l’Europe », note un analyste de BloombergNEF.

Un levier pour l'innovation locale

Les universités algériennes sont également mobilisées. L’Université des sciences et de la technologie Houari-Boumédiène (USTHB) a lancé en 2025 un master en finance climatique, unique en Afrique du Nord. « Nous formons les futurs experts qui accompagneront les entreprises dans la certification et la commercialisation des crédits carbone », explique la doyenne de la faculté d’économie, Leila Hammouda.

Prochaines étapes

Enfin, un partenariat avec l’Organisation internationale de normalisation (ISO) est en négociation pour créer une norme algérienne de certification des crédits carbone. « Cela donnera plus de crédibilité à nos projets et rassurera les acheteurs internationaux », souligne un expert du ministère de l’Environnement.

Avec ce marché, l’Algérie se dote d’un outil concret pour concilier croissance économique et transition écologique. Si les défis restent nombreux, les premières réalisations montrent que le pays est en passe de devenir un acteur incontournable de l’économie verte en Afrique.

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