Le secteur agricole marocain connaît une dynamique sans précédent, marquée par une montée en gamme qualitative et une expansion sur les marchés internationaux. Selon Le360, le royaume chérifien a franchi de nouveaux sommets en 2025, consolidant sa position de leader régional tout en misant sur des standards élevés pour ses productions. Cette évolution, portée par des investissements ciblés et des politiques publiques ambitieuses, interroge directement la compétitivité de l’Algérie, dont le secteur agricole peine à suivre le rythme.
Une stratégie axée sur la qualité et l’export
Cette performance s’appuie sur des infrastructures modernes, comme les zones agricoles irriguées du Souss-Massa et du Gharb, où les techniques d’irrigation goutte-à-goutte et les serres high-tech ont permis de doubler les rendements. Le royaume a également renforcé ses partenariats avec des distributeurs européens, obtenant des contrats d’approvisionnement exclusifs pour des enseignes comme Carrefour ou Aldi. En parallèle, le label Maroc Vert, lancé en 2022, garantit une traçabilité stricte et des normes sanitaires alignées sur celles de l’Union européenne, un atout décisif pour conquérir des marchés exigeants.
L’Algérie face au défi de la compétitivité
D’abord, les contraintes logistiques. Les ports algériens, comme celui d’Alger ou d’Oran, souffrent de retards dans la manutention et de coûts élevés, ce qui pénalise les délais de livraison. À l’inverse, le Maroc a modernisé ses infrastructures portuaires, avec le port Tanger Med, devenu un hub régional pour les exportations agricoles. Ensuite, la fragmentation des exploitations. En Algérie, 70 % des terres agricoles sont détenues par de petits producteurs, souvent mal équipés et peu formés aux normes internationales. Le Maroc, lui, a encouragé les coopératives et les grands groupes agro-industriels, comme Les Domaines Agricoles ou Copag, qui bénéficient d’un accès privilégié aux financements et aux technologies.
Enfin, la question des certifications. L’Algérie peine à obtenir des labels reconnus à l’international, en raison d’un manque de coordination entre les institutions publiques et les acteurs privés. Le Maroc, en revanche, a créé l’Office National de Sécurité Sanitaire des Produits Alimentaires (ONSSA), qui supervise les contrôles et facilite les démarches pour les exportateurs. Résultat : les produits marocains sont présents dans 120 pays, contre une cinquantaine pour l’Algérie.
Des opportunités à saisir pour l’Algérie
Premièrement, la modernisation des infrastructures. Le projet de port de Cherchell, dont les travaux ont débuté en 2023, pourrait désengorger les ports existants et réduire les coûts logistiques. Deuxièmement, le renforcement des coopératives agricoles. Le modèle marocain montre que la mutualisation des moyens permet d’accéder à des marchés plus rémunérateurs. En Algérie, des initiatives comme Sahara Fruits ou Groupe Cevital pourraient jouer un rôle moteur, à condition de bénéficier d’un soutien accru de l’État.
Troisièmement, la formation et l’innovation. Le Maroc a investi massivement dans la recherche agronomique, avec des centres comme l’Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II. En Algérie, des structures comme l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRAA) pourraient être davantage mobilisées pour développer des variétés résistantes aux changements climatiques et adaptées aux normes internationales.
Enfin, la diplomatie économique. L’Algérie pourrait s’inspirer du Maroc en multipliant les accords commerciaux avec l’Afrique subsaharienne, où la demande en produits agroalimentaires est en forte croissance. Le récent accord de libre-échange avec la Tunisie et la Libye est un premier pas, mais il reste insuffisant face à l’ouverture marocaine vers l’Afrique de l’Ouest.
Un enjeu de souveraineté alimentaire
Pour inverser cette tendance, une refonte de la politique agricole s’impose. Le Plan National de Développement Agricole (PNDA), lancé en 2000, a montré ses limites, avec des résultats inégaux selon les régions. Une approche plus ciblée, inspirée du modèle marocain, pourrait inclure des incitations fiscales pour les investisseurs, un accès facilité au crédit pour les petits producteurs, et une simplification des procédures administratives.
Le secteur agricole algérien se trouve à un tournant. Alors que le Maroc consolide sa position de leader régional, l’Algérie a l’opportunité de transformer ses défis en leviers de croissance. Mais cela nécessitera une volonté politique forte, des réformes structurelles et une collaboration accrue entre le public et le privé. Sans ces changements, le risque est réel de voir l’écart se creuser davantage, au détriment de l’économie nationale.