L’Algérie et l’Italie scellent un partenariat gazier stratégique

L’Algérie et l’Italie ont renforcé leur coopération énergétique ces derniers mois, faisant de Rome l’un des principaux partenaires européens d’Alger dans le domaine du gaz. Cette dynamique, marquée par des accords récents et des déclarations officielles, s’inscrit dans un contexte géopolitique où l’Europe cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement, notamment après les tensions avec la Russie.

Un approvisionnement gazier record

Selon l’Agence Presse Service (APS), l’Algérie a exporté plus de 25 milliards de mètres cubes de gaz vers l’Italie en 2025, un volume en hausse de près de 20 % par rapport à l’année précédente. Cette augmentation s’explique par la mise en service de nouvelles infrastructures, comme le gazoduc Transmed, qui relie directement les champs gaziers algériens aux terminaux italiens. La société nationale SONATRACH a confirmé que ces livraisons devraient encore progresser en 2026, avec des contrats à long terme déjà signés.

Le ministre italien de l’Environnement et de la Sécurité énergétique, Gilberto Pichetto Fratin, a salué cette collaboration lors d’une visite à Alger en mars 2026. « L’Algérie est un partenaire stratégique pour l’Italie, non seulement pour le gaz, mais aussi pour les énergies renouvelables et la transition écologique », a-t-il déclaré, cité par Espacemanager. Cette visite a été suivie par la signature d’un protocole d’accord entre SONATRACH et l’énergéticien italien ENI, visant à explorer de nouveaux gisements offshore en Méditerranée.

Une relation multidimensionnelle

Au-delà de l’énergie, l’Italie et l’Algérie ont élargi leur coopération à d’autres secteurs. Le Premier ministre italien, Giorgia Meloni, a souligné lors d’un entretien avec son homologue algérien, Nadir Larbaoui, l’importance de renforcer les échanges commerciaux et les investissements. Selon France 24, les deux pays envisagent de créer un fonds commun pour financer des projets industriels et technologiques, notamment dans les domaines de l’agroalimentaire et des infrastructures.

La sécurité régionale est également un volet clé de ce partenariat. L’Italie, qui préside le G7 en 2026, a sollicité l’expertise algérienne dans la lutte contre le terrorisme et la gestion des flux migratoires en Méditerranée. Alger, qui entretient des relations stables avec plusieurs pays africains, pourrait jouer un rôle de médiateur dans les crises régionales, comme l’a suggéré le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, lors d’une conférence de presse à Rome.

L’Europe face à ses dépendances

Ce rapprochement entre Alger et Rome intervient alors que l’Union européenne (UE) cherche à réduire sa dépendance aux énergies fossiles russes. L’Algérie, qui dispose des dixièmes réserves mondiales de gaz, est devenue un fournisseur incontournable pour plusieurs pays européens, dont l’Espagne et la France. Selon Orient XXI, cette position lui permet de négocier des contrats avantageux, tout en maintenant une politique étrangère indépendante.

Cependant, cette coopération n’est pas sans défis. Les tensions persistantes autour du Sahara Occidental, où l’Algérie soutient le Front Polisario, pourraient compliquer les relations avec certains États membres de l’UE, comme l’Espagne, qui a reconnu la proposition marocaine d’autonomie en 2022. Malgré cela, l’Italie a adopté une position plus neutre, privilégiant ses intérêts économiques et énergétiques.

Des retombées pour l’économie algérienne

Pour l’Algérie, ce partenariat avec l’Italie représente une opportunité de diversifier ses revenus et de moderniser son secteur énergétique. Le président Abdelmadjid Tebboune a souligné, lors d’une réunion du Conseil des ministres, l’importance de « consolider les partenariats avec les pays amis pour accélérer le développement national ». Les recettes des exportations gazières, qui ont atteint des records en 2025, devraient financer des projets structurants, comme la construction de nouvelles centrales électriques et le développement des énergies renouvelables.

La SONATRACH, qui a enregistré un chiffre d’affaires de plus de 50 milliards de dollars en 2025, prévoit d’investir 40 milliards de dollars d’ici 2030 pour augmenter sa capacité de production. Une partie de ces fonds sera consacrée à l’exploration de nouveaux gisements, en partenariat avec des entreprises étrangères comme ENI.

Un modèle pour d’autres partenariats ?

L’exemple algéro-italien pourrait inspirer d’autres pays européens à renforcer leurs liens avec Alger. La Belgique a récemment signé un accord de réadmission des migrants en situation irrégulière, tout en exprimant son intérêt pour des collaborations économiques. Selon VRT, cet accord, qui prévoit des facilités pour les visas des hommes d’affaires belges, s’accompagne de discussions sur des projets communs dans les secteurs de la santé et des technologies.

Cependant, l’Algérie reste prudente dans ses alliances, privilégiant les partenariats équilibrés et mutuellement bénéfiques. Comme l’a rappelé le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, lors d’un entretien avec Algerie Patriotique, « l’Algérie ne se contente pas d’être un fournisseur de matières premières. Nous voulons des partenariats qui respectent notre souveraineté et contribuent à notre développement industriel ».

Ce positionnement, combiné à une diplomatie active, permet à l’Algérie de jouer un rôle croissant sur la scène internationale, tout en sécurisant ses intérêts nationaux.

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