L’Algérie a officiellement rejoint le cercle restreint des pays dotés d’avions de combat furtifs. Une fuite récente de documents russes, révélée par le site spécialisé Zone Militaire en octobre 2025, confirme l’achat par l’Armée nationale populaire (ANP) de chasseurs Sukhoi Su-57E, version export du chasseur de cinquième génération russe. Cette acquisition marque une étape significative dans la modernisation de la flotte aérienne algérienne, déjà considérée comme l’une des plus puissantes d’Afrique.
Les documents divulgués, attribués à des sources au sein du complexe militaro-industriel russe, indiquent que l’Algérie aurait passé commande pour au moins douze appareils, avec des livraisons prévues à partir de 2026. Le Su-57E, conçu pour échapper aux radars ennemis grâce à sa technologie furtive, est équipé de systèmes avancés de guerre électronique et de missiles air-air longue portée. Son intégration dans l’ANP renforcerait considérablement la capacité de projection aérienne du pays, notamment dans un contexte régional marqué par des tensions persistantes.
Cette acquisition s’inscrit dans une dynamique plus large de renforcement des capacités militaires algériennes. Depuis 2020, l’ANP a multiplié les contrats avec la Russie, son principal fournisseur d’armements. En 2023, Alger avait déjà reçu des systèmes de défense aérienne S-400, ainsi que des chasseurs Su-30MKA et des hélicoptères d’attaque Mi-28NE. Selon des analystes cités par Jeune Afrique, ces achats répondent à une stratégie de dissuasion face aux menaces régionales, notamment en Libye et au Sahel, où l’instabilité persiste.
Le choix du Su-57E n’est pas anodin. Ce chasseur, encore en service limité dans l’armée russe, n’a été exporté qu’en petit nombre, notamment vers l’Inde et, selon certaines rumeurs, vers la Turquie. Son acquisition par l’Algérie place le pays en tête des puissances aériennes africaines, devant l’Égypte et le Maroc, qui misent respectivement sur les Rafale français et les F-16 américains. Zone Militaire souligne que cette commande pourrait aussi inclure des transferts de technologie, permettant à l’Algérie de développer ses propres capacités de maintenance et de modernisation.
Les réactions internationales à cette annonce ont été contrastées. À Moscou, le Kremlin a salué ce partenariat, présenté comme une preuve de la solidité des relations algéro-russes. En revanche, à Washington, des responsables du Pentagone ont exprimé des réserves, évoquant les risques d’une course aux armements en Afrique du Nord. Un haut fonctionnaire américain, cité sous couvert d’anonymat par The New York Times, a déclaré que cette acquisition pourrait « compliquer les équilibres régionaux », notamment avec le Maroc, allié historique des États-Unis.
Du côté algérien, aucune déclaration officielle n’a encore été faite pour confirmer ou infirmer cette information. Cependant, des sources proches du ministère de la Défense nationale (MDN) ont indiqué à El Watan que « l’Algérie poursuit sa politique de diversification de ses partenariats stratégiques, tout en privilégiant la souveraineté nationale ». Cette discrétion s’explique par la sensibilité du sujet, alors que l’ANP maintient une posture de neutralité dans les conflits régionaux.
Sur le plan opérationnel, l’arrivée des Su-57E nécessitera une adaptation des infrastructures et une formation spécifique des pilotes algériens. Selon Menadefense, un site spécialisé dans les questions de défense, l’ANP aurait déjà envoyé des officiers en Russie pour des stages de préparation. Les bases aériennes de Boufarik et de Tindouf, déjà équipées pour accueillir des chasseurs de dernière génération, seraient les premières à accueillir ces nouveaux appareils.
Cette acquisition intervient dans un contexte où l’Algérie renforce également ses capacités navales et terrestres. En 2024, le pays a réceptionné deux corvettes de classe Adhafer, construites en Algérie avec l’aide de la Chine, et a lancé un programme de modernisation de ses chars T-90. Selon Defense News, ces investissements s’élèveraient à plusieurs milliards de dollars, financés en partie par les revenus pétroliers et gaziers.
Les observateurs s’interrogent sur les implications géopolitiques de ce renforcement militaire. Pour Le Monde, l’Algérie cherche à affirmer son rôle de puissance régionale, notamment face à la montée des tensions au Sahel. La présence de groupes armés en Libye et au Mali, ainsi que les rivalités entre puissances étrangères dans la région, poussent Alger à sécuriser ses frontières et à moderniser son arsenal. Le général à la retraite Rachid Benyelles, interrogé par TSA, estime que « l’Algérie ne cherche pas la confrontation, mais la dissuasion. Ces acquisitions sont un message clair : nous sommes prêts à défendre notre territoire et nos intérêts ».
En Tunisie, la visite récente du ministre de la Défense, Imed Memmich, à Alger, en octobre 2025, pourrait aussi s’inscrire dans cette logique de coordination régionale. Selon l’APS, les discussions entre Memmich et le général Saïd Chanegriha, chef d’état-major de l’ANP, ont porté sur « le renforcement de la coopération sécuritaire et la lutte contre le terrorisme ». Cette rencontre intervient alors que les deux pays partagent une frontière de près de 1 000 kilomètres, régulièrement traversée par des trafics illicites et des mouvements de groupes armés.
Pour l’Algérie, l’acquisition des Su-57E représente bien plus qu’un simple achat d’armements. Elle symbolise une volonté de s’imposer comme une puissance militaire incontournable en Afrique et en Méditerranée. Reste à savoir comment les voisins régionaux, notamment le Maroc, réagiront à cette montée en puissance. À Rabat, les autorités n’ont pas encore réagi officiellement, mais des sources diplomatiques citées par Al Jazeera laissent entendre que « la course aux armements en Afrique du Nord ne profite à personne ».
En attendant, l’ANP continue de préparer l’arrivée de ces chasseurs furtifs. Selon Maghreb Intelligence, des travaux d’aménagement seraient en cours sur plusieurs bases aériennes, avec l’installation de nouveaux systèmes de détection et de guerre électronique. Une chose est sûre : l’Algérie entend bien conserver son avance technologique dans la région, tout en maintenant une posture défensive.