La France poursuit l’exportation de pesticides interdits sur son territoire vers plusieurs pays, dont l’Algérie, révèle une enquête récente de l’ONG suisse PublicEye. Ces produits, jugés trop dangereux pour être utilisés en Europe, continuent de traverser la Méditerranée, posant des risques sanitaires et environnementaux pour les populations et les écosystèmes algériens.
Des substances bannies en Europe, vendues à l’étranger
L’enquête souligne que ces exportations sont légales, car la réglementation européenne n’interdit pas la vente de pesticides interdits d’usage sur son sol vers des pays tiers. Une faille exploitée par les industriels, qui écoulent ainsi des stocks jugés trop risqués pour les consommateurs et les agriculteurs européens. En Algérie, ces produits sont souvent commercialisés sans mention claire des dangers qu’ils représentent, ou avec des étiquettes en langues étrangères, compliquant leur identification par les utilisateurs locaux.
Un impact sanitaire et environnemental sous-estimé
L’environnement n’est pas épargné. Les pesticides exportés par la France contribuent à la pollution des nappes phréatiques, une ressource cruciale dans un pays où l’eau est déjà un enjeu stratégique. La contamination des sols réduit également leur fertilité à long terme, menaçant la sécurité alimentaire. En 2021, le ministère algérien de l’Agriculture avait lancé un plan de réduction des pesticides, mais son application reste limitée par le manque de moyens et la dépendance aux importations.
Une dépendance problématique aux importations
Les autorités algériennes tentent de réguler ce marché. En 2022, le ministère du Commerce a renforcé les contrôles sur les importations de pesticides, exigeant des certificats d’homologation plus stricts. Cependant, ces mesures se heurtent à des obstacles logistiques, comme le manque de laboratoires capables d’analyser la composition des produits. Par ailleurs, les petits agriculteurs, qui représentent la majorité des utilisateurs, n’ont souvent pas accès à des alternatives moins dangereuses, faute de formation ou de moyens financiers.
Vers une régulation internationale ?
Pour l’Algérie, la solution passe par une diversification des sources d’approvisionnement et un renforcement des capacités locales. Des initiatives comme le développement de l’agroécologie, soutenues par des organisations comme l’Institut technique des grandes cultures (ITGC), montrent des résultats prometteurs. Cependant, leur généralisation nécessite des investissements importants et une volonté politique forte.
Un enjeu de souveraineté agricole
La France, en tant que partenaire historique de l’Algérie, a une responsabilité particulière dans ce dossier. Une coopération bilatérale renforcée, incluant des transferts de technologies et des programmes de formation, pourrait aider à réduire cette dépendance. Mais pour l’instant, les intérêts économiques semblent primer sur les considérations sanitaires et écologiques.
Selon PublicEye, la lutte contre ces exportations toxiques nécessite une action coordonnée au niveau international. Pour l’Algérie, l’urgence est double : protéger ses citoyens et ses ressources naturelles, tout en bâtissant un modèle agricole plus durable et autonome.