L’Algérie vient de bénéficier d’un appui technique et financier de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) pour préserver et développer ses semences maraîchères. Cette initiative, révélée récemment par El Watan, s’inscrit dans une stratégie nationale visant à améliorer la sécurité alimentaire et à réduire la dépendance aux importations de produits agricoles.
Le projet, lancé en collaboration avec le ministère de l’Agriculture et du Développement rural, cible principalement les régions productrices de légumes, notamment dans les wilayas de Blida, Boumerdès, Tipaza et Tizi Ouzou. Selon El Watan, la FAO a mobilisé des experts internationaux pour former des agriculteurs et des techniciens algériens aux techniques de conservation et de multiplication des semences locales. L’objectif est de garantir une production de qualité, résistante aux maladies et adaptée aux conditions climatiques du pays.
Les semences maraîchères jouent un rôle clé dans la souveraineté alimentaire. L’Algérie importe chaque année des quantités importantes de graines, notamment pour les tomates, les poivrons et les courgettes, ce qui pèse sur la balance commerciale. D’après les données du ministère de l’Agriculture, le pays a dépensé plus de 200 millions de dollars en 2023 pour l’importation de semences et de plants. Le projet de la FAO vise donc à réduire cette facture en développant des variétés locales performantes.
Les premières actions sur le terrain ont déjà commencé. Des centres de recherche agronomique, comme celui de l’Institut technique des grandes cultures (ITGC) à Alger, travaillent en étroite collaboration avec les équipes de la FAO pour sélectionner les meilleures variétés. El Watan rapporte que des essais ont été menés dans plusieurs exploitations pilotes, avec des résultats encourageants en termes de rendement et de résistance aux parasites.
Le ministre de l’Agriculture, Youcef Cherfa, a souligné l’importance de ce partenariat lors d’une visite récente à Boumerdès. Il a insisté sur la nécessité de « capitaliser sur les savoir-faire locaux et les technologies modernes pour assurer une production durable ». Cherfa a également annoncé la création d’une banque nationale de semences, qui permettra de conserver et de distribuer des graines adaptées aux différentes zones agroclimatiques du pays.
Les agriculteurs impliqués dans le projet expriment un optimisme prudent. Mohamed, un maraîcher de la région de Blida, témoigne : « Avant, nous dépendions des semences importées, qui coûtaient cher et n’étaient pas toujours adaptées à notre sol. Avec les nouvelles variétés, nous espérons augmenter nos rendements et réduire nos coûts. » Cependant, certains producteurs soulignent les défis logistiques, notamment le manque d’infrastructures de stockage et de transport dans certaines zones rurales.
La FAO a également mis en place un programme de sensibilisation pour promouvoir les bonnes pratiques agricoles. Des ateliers ont été organisés dans plusieurs wilayas pour former les agriculteurs à la gestion intégrée des cultures, à l’irrigation économe et à la lutte biologique contre les nuisibles. Ces mesures s’inscrivent dans une approche globale visant à améliorer la productivité tout en préservant les ressources naturelles.
Sur le plan économique, ce projet pourrait avoir un impact significatif. Selon une étude récente de la Banque mondiale, une augmentation de 10 % de la production locale de légumes pourrait réduire les importations de 5 à 7 % par an. Cela permettrait à l’Algérie d’économiser des devises et de stabiliser les prix sur le marché intérieur, notamment pour des produits de base comme la tomate et la pomme de terre.
Les autorités algériennes envisagent d’étendre ce modèle à d’autres filières, comme les céréales et les légumineuses. Le président Abdelmadjid Tebboune a d’ailleurs réaffirmé, lors d’un conseil des ministres en 2024, que la sécurité alimentaire était une « priorité nationale ». Il a appelé à accélérer les réformes structurelles pour moderniser le secteur agricole et attirer les investissements privés.
Malgré ces avancées, des obstacles persistent. Le secteur agricole algérien souffre encore de problèmes structurels, comme le morcellement des terres, le manque d’accès au crédit pour les petits producteurs et la bureaucratie administrative. Les experts estiment que des réformes plus profondes sont nécessaires pour libérer le potentiel du secteur.
La collaboration avec la FAO s’inscrit dans une dynamique plus large de coopération internationale. L’Algérie a également signé des accords avec d’autres organisations, comme le Programme alimentaire mondial (PAM) et l’Union européenne, pour renforcer ses capacités en matière de sécurité alimentaire. Ces partenariats visent à améliorer la résilience du pays face aux chocs externes, comme les fluctuations des prix mondiaux ou les perturbations des chaînes d’approvisionnement.
En conclusion, le projet de préservation des semences maraîchères soutenu par la FAO représente une étape importante pour l’Algérie. Il combine innovation technologique, formation des acteurs locaux et réduction de la dépendance aux importations. Si les résultats se confirment, cette initiative pourrait servir de modèle pour d’autres pays de la région confrontés à des défis similaires.