Double Kanon défie Tebboune avec Ammi Tebboune

Le rappeur algérien Lotfi Double Kanon a de nouveau suscité la polémique en publiant récemment son nouveau clip Ammi Tebboune, une chanson aux paroles explicites qui critiquent directement le président Abdelmadjid Tebboune et son gouvernement. Diffusé sur les plateformes numériques, ce morceau a rapidement circulé sur les réseaux sociaux, provoquant des réactions contrastées dans le paysage médiatique et politique algérien.

Selon Jeune Afrique, le clip met en scène des images satiriques du chef de l’État, accompagnées de textes dénonçant la gestion économique et sociale du pays. Double Kanon, connu pour ses prises de position tranchées, avait déjà été au cœur de controverses en 2021 avec son titre Moula, qui critiquait les autorités sans les nommer directement. Cette fois, le rappeur franchit un cap en s’attaquant ouvertement à Tebboune, une démarche rare dans la scène musicale algérienne.

Les réactions officielles se sont faites attendre, mais des sources proches du ministère de la Culture ont indiqué à Algerie Patriotique que les autorités examinaient les recours juridiques possibles. En Algérie, les artistes qui s’expriment sur des sujets politiques s’exposent à des pressions, voire à des poursuites. En 2022, le rappeur Soolking avait été critiqué pour son titre Suavemente, interprété par certains comme une allusion à la situation sociale du pays. Double Kanon, lui, assume pleinement son discours, comme il l’a déclaré dans une interview accordée à TSA : « La musique est un outil de résistance, et je ne reculerai pas devant l’injustice. »

Le clip Ammi Tebboune a été visionné plus d’un million de fois en quelques jours sur YouTube, un chiffre qui témoigne de l’engouement des jeunes Algériens pour ce type de contenu. Les commentaires sous la vidéo oscillent entre soutien inconditionnel et condamnation virulente. Certains internautes saluent le courage de Double Kanon, tandis que d’autres lui reprochent de diviser la société. « C’est de l’art engagé, pas de la provocation gratuite », écrit un utilisateur. « Il cherche juste la célébrité sur le dos de l’État », rétorque un autre.

Sur le plan juridique, la loi algérienne interdit les attaques contre les symboles de l’État, mais les poursuites contre les artistes restent rares. En 2020, le chanteur Cheb Mami avait été condamné à un an de prison avec sursis pour « outrage à agent » après une altercation avec des policiers. Double Kanon, lui, bénéficie d’une notoriété qui pourrait compliquer une éventuelle action en justice. « Les autorités savent que toute mesure contre lui serait perçue comme une censure et alimenterait la contestation », analyse un juriste interrogé par El Watan.

La scène musicale algérienne traverse une période de tensions entre liberté d’expression et contrôle étatique. Le raï, le chaâbi et le rap restent les genres les plus populaires, mais les artistes qui abordent des thèmes politiques sont souvent surveillés. En 2023, le festival de musique de Tlemcen avait annulé la participation de plusieurs rappeurs après des pressions des autorités locales. « La musique est un miroir de la société, et les jeunes veulent des réponses », explique un organisateur de festivals contacté par Le Courrier d’Algérie.

Double Kanon, de son vrai nom Lotfi Attar, n’en est pas à son premier coup d’éclat. Originaire de Bab El Oued, il a commencé sa carrière dans les années 2010 avant de se faire connaître avec des titres comme DZ et El Harraga. Son style, mélange de rap et de mélodies traditionnelles, lui a valu une base de fans fidèles, mais aussi des détracteurs. « Je ne fais pas de la musique pour plaire, mais pour dire ce que beaucoup pensent tout bas », avait-il déclaré dans une interview à Liberté en 2022.

Le clip Ammi Tebboune intervient dans un contexte économique difficile pour l’Algérie. La hausse des prix, le chômage des jeunes et les restrictions sur les importations alimentent le mécontentement social. Les réseaux sociaux deviennent un exutoire pour une jeunesse en quête de changement. « Double Kanon donne une voix à ceux qui n’en ont pas », estime un étudiant en sociologie à l’université d’Alger. « Mais est-ce que ça va changer quelque chose ? »

Pour l’instant, ni la présidence ni le gouvernement n’ont réagi officiellement au clip. Les médias proches du pouvoir, comme l’APS, ont ignoré l’affaire, tandis que les chaînes privées comme Ennahar TV ont diffusé des débats sur la « responsabilité des artistes ». « La musique ne doit pas servir à semer la discorde », a déclaré un chroniqueur sur Echourouk TV.

Double Kanon, lui, semble déterminé à poursuivre son combat. Dans une story Instagram publiée après la sortie du clip, il a écrit : « La vérité fait mal, mais elle libère. » Son prochain album, annoncé pour 2026, promet d’être encore plus engagé. « On verra si les autorités osent le censurer », glisse un producteur musical sous couvert d’anonymat.

En attendant, Ammi Tebboune continue de faire parler. Le clip a été partagé par des figures de l’opposition, comme le militant Karim Tabbou, qui y voit « un symbole de la liberté d’expression en Algérie ». À l’inverse, des associations proches du pouvoir ont appelé à « respecter les institutions ». Une chose est sûre : Lotfi Double Kanon a relancé le débat sur la place de l’art dans la société algérienne. « La musique ne change pas les lois, mais elle peut changer les mentalités », résume un professeur de musique à l’université de Constantine.

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