Le chanteur kabyle Ali Amran a sorti récemment un album dédié à Cheikh El Hasnaoui, l’une des figures majeures de la musique chaâbie et de la poésie kabyle. Intitulé A Vava Inouva, ce projet musical revisite l’héritage d’un artiste qui a marqué plusieurs générations d’Algériens depuis les années 1930. Selon Le Courrier de l’Atlas, cet album s’inscrit dans une démarche de préservation et de réinterprétation des classiques du patrimoine algérien.
Ali Amran, connu pour son engagement en faveur de la culture amazighe, a choisi de mettre en lumière des titres emblématiques de Cheikh El Hasnaoui, comme A Vava Inouva ou Lazib Laman. Ces chansons, devenues des références dans le répertoire algérien, abordent des thèmes universels tels que l’exil, la nostalgie et la résistance culturelle. L’artiste a expliqué dans une interview accordée à Tamazight TV que ce projet était né d’une volonté de transmettre ces œuvres aux jeunes générations, souvent éloignées des racines musicales du pays.
Un héritage musical réinterprété
Ali Amran a opté pour une approche moderne tout en respectant l’esprit original des chansons. Les arrangements musicaux intègrent des instruments traditionnels comme le bendir et la flûte, mais aussi des sonorités contemporaines, comme la guitare électrique et les synthétiseurs. Cette fusion vise à attirer un public plus large, notamment les jeunes, sans dénaturer l’essence des œuvres de Cheikh El Hasnaoui. D’après El Watan, plusieurs critiques musicaux ont salué cette initiative, soulignant que l’album parvient à créer un pont entre le passé et le présent.
Une reconnaissance tardive
En Algérie, les initiatives visant à célébrer les grands noms de la musique traditionnelle se multiplient. Le ministère de la Culture a récemment lancé un programme de numérisation des archives sonores, incluant des enregistrements rares de Cheikh El Hasnaoui. Selon l’Agence Presse Service (APS), ce projet s’inscrit dans une volonté de préserver le patrimoine musical national et de le rendre accessible au public.
Un album qui dépasse les frontières
En Algérie, des artistes locaux ont salué cette initiative. Le chanteur Idir, autre figure emblématique de la musique kabyle, a exprimé son soutien à Ali Amran, estimant que ce type de projet contribue à « maintenir vivante la mémoire collective ». Des concerts et des débats sont prévus dans les prochains mois pour promouvoir l’album, notamment à Alger, Tizi Ouzou et Béjaïa.
Un enjeu culturel et identitaire
Selon une étude publiée par l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (Inalco), la musique amazighe connaît un regain d’intérêt chez les jeunes Algériens, notamment grâce aux plateformes numériques. Les réseaux sociaux permettent une diffusion plus large des œuvres, contournant les barrières traditionnelles des médias. L’album A Vava Inouva a ainsi été largement partagé sur YouTube et Spotify, atteignant des milliers d’écoutes en quelques semaines.
Des défis à relever
Par ailleurs, la censure et les restrictions imposées aux artistes critiques du pouvoir continuent de peser sur la scène musicale algérienne. Plusieurs chanteurs, comme le rappeur Soolking ou le groupe DjurDjura, ont été confrontés à des interdictions de concert ou à des pressions judiciaires. Dans ce contexte, l’album d’Ali Amran représente aussi un acte de résistance culturelle, rappelant l’importance de la liberté d’expression dans la création artistique.
Un appel à la transmission
Des initiatives citoyennes voient également le jour. Des associations comme Tighri n Tmettut (Le Cri des Femmes) organisent des ateliers de chant et de poésie en tamazight, afin de sensibiliser les jeunes à leur patrimoine. À Tizi Ouzou, une école de musique propose des cours sur les instruments traditionnels, avec un focus sur les œuvres de Cheikh El Hasnaoui.
Un symbole pour l’Algérie
Pour Ali Amran, ce projet n’est qu’un début. Il a annoncé travailler sur un documentaire retraçant la vie de Cheikh El Hasnaoui, en collaboration avec des historiens et des musiciens. Ce film, prévu pour l’année prochaine, devrait offrir une plongée plus profonde dans l’univers de cet artiste légendaire.
En attendant, l’album continue de circuler, porté par la voix d’Ali Amran et l’émotion des textes de Cheikh El Hasnaoui. Il rappelle que la musique algérienne, riche et variée, reste un vecteur essentiel de l’identité nationale.