La création récente de l’Alliance des États du Sahel (AES) par le Mali, le Burkina Faso et le Niger marque un tournant dans les dynamiques géopolitiques de l’Afrique de l’Ouest. Selon la Fondation Méditerranéenne d’Études Stratégiques, cette initiative, perçue comme une rupture avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), soulève des interrogations sur l’unité régionale et ses répercussions pour l’Algérie.
Une alliance née de la défiance
La CEDEAO, traditionnellement perçue comme un acteur clé de l’intégration ouest-africaine, se trouve ainsi marginalisée. Les sanctions économiques imposées par l’organisation aux trois pays après leurs coups d’État ont accéléré leur rapprochement. Selon la Fondation Méditerranéenne d’Études Stratégiques, cette scission pourrait affaiblir la cohésion de la CEDEAO, déjà fragilisée par des divergences internes sur la gestion des crises politiques et sécuritaires.
L’Algérie face à un nouveau voisinage
Cependant, la fragmentation de l’Afrique de l’Ouest complique la stratégie algérienne. La CEDEAO, avec laquelle l’Algérie collabore sur des dossiers économiques et sécuritaires, pourrait voir son influence diminuer. Une CEDEAO affaiblie réduirait les leviers d’action d’Alger dans la région, notamment en matière de stabilisation et de développement.
Par ailleurs, l’AES pourrait devenir un partenaire incontournable pour l’Algérie. Les trois pays ont exprimé leur volonté de diversifier leurs alliances, notamment en se tournant vers la Russie et la Turquie. Alger, qui entretient des relations équilibrées avec ces puissances, pourrait jouer un rôle de médiateur ou de facilitateur dans ces nouvelles dynamiques.
Enjeux économiques et sécuritaires
Sur le plan sécuritaire, l’AES pourrait offrir à l’Algérie un cadre de coopération renforcé. Les trois pays partagent avec Alger des préoccupations communes, comme la lutte contre les groupes armés et la gestion des flux migratoires. Une coordination accrue pourrait permettre une meilleure surveillance des frontières et une réponse plus efficace aux menaces transnationales.
Un équilibre délicat à maintenir
La Fondation Méditerranéenne d’Études Stratégiques souligne que l’Algérie pourrait tirer profit de cette situation en jouant un rôle de pont entre les deux blocs. Son expérience en médiation, comme lors de la crise malienne en 2012, pourrait être mise à contribution pour éviter une escalade des tensions.
La montée en puissance de l’AES et son bras de fer avec la CEDEAO redéfinissent les équilibres en Afrique de l’Ouest. Pour l’Algérie, cette évolution impose une adaptation rapide de sa politique étrangère, afin de préserver ses intérêts tout en contribuant à la stabilité régionale.