Mohamed Benchaâboun, ministre de l’Industrie et des Mines, a récemment multiplié les signaux pour attirer les capitaux étrangers vers l’Algérie. Dans un entretien exclusif accordé à Medias24 cette semaine, il a détaillé les mécanismes du FM6I (Fonds d’Investissement pour l’Industrialisation), un outil clé pour moderniser le tissu industriel algérien. Ce fonds, doté de plusieurs milliards de dinars, vise à réduire la dépendance aux importations et à stimuler la création d’emplois locaux. Pour les entrepreneurs algériens et la diaspora économique, cette stratégie ouvre des opportunités inédites, mais aussi des défis à anticiper.
Un fonds d'investissement pour relancer l'industrie
Le FM6I, lancé en 2023, est présenté par Benchaâboun comme un levier de transformation. Selon ses déclarations, ce fonds cible prioritairement les secteurs à forte valeur ajoutée : automobile, agroalimentaire, pharmacie et énergies renouvelables. « Nous ciblons des projets capables de générer des emplois stables et de réduire nos importations de biens finis », a-t-il expliqué. En 2025, le gouvernement a alloué 400 milliards de dinars (environ 2,8 milliards d’euros) à ce dispositif, avec un accent sur le cofinancement avec des partenaires étrangers.
Pour les PME locales, l’accès à ce fonds passe par des partenariats avec des investisseurs internationaux. Benchaâboun a cité l’exemple marocain, où des accords similaires ont permis à des entreprises de monter en gamme. « L’Algérie peut s’inspirer de ces modèles, mais doit aussi adapter les règles pour rassurer les investisseurs », précise-t-il. Les critères d’éligibilité incluent une contribution minimale de 30 % en fonds propres du porteur de projet, avec un effet de levier de 70 % via le FM6I.
Maroc et France en ligne de mire
L’entretien avec Medias24 révèle une volonté affichée de rapprocher l’Algérie du Maroc et de la France. Benchaâboun évoque un « accélérateur d’investissements » franco-marocain, sans donner de détails sur les secteurs prioritaires. Cependant, il souligne l’importance des réseaux diasporiques, notamment en France, où vivent plus de 2 millions d’Algériens. « La diaspora représente un capital humain et financier sous-exploité », estime-t-il.
Un exemple concret concerne l’automobile. Le Maroc a attiré des géants comme Renault ou Stellantis grâce à des zones franches et des incitations fiscales. L’Algérie, avec son marché de 45 millions de consommateurs, pourrait suivre une voie similaire. Benchaâboun cite le projet de « Cité de l’Automobile » à Relizane, qui vise à produire 100 000 véhicules par an d’ici 2028. Pour les entrepreneurs locaux, cela signifie des opportunités de sous-traitance ou de création de PME spécialisées.
Diaspora algérienne : un pont vers les capitaux
La diaspora est explicitement désignée comme un partenaire stratégique. Benchaâboun a évoqué des facilités pour les investisseurs de la diaspora, comme des garanties étatiques sur les prêts bancaires ou des exonérations fiscales temporaires. « Nous avons identifié 500 projets portés par des membres de la diaspora en 2025, principalement dans les TIC et les services », précise-t-il.
Cependant, des obstacles persistent. Les transferts de fonds vers l’Algérie restent coûteux, avec des commissions bancaires pouvant atteindre 5 %. Benchaâboun promet des réformes pour fluidifier ces mouvements, mais aucune date n’a été avancée. Pour les entrepreneurs de la diaspora, la prudence est de mise : le risque politique et les lourdeurs administratives freinent encore les investissements massifs.
Un écosystème en construction
Les annonces de Benchaâboun s’inscrivent dans un cadre plus large de réformes économiques. En 2025, l’Algérie a adopté une nouvelle loi sur les investissements, supprimant certaines restrictions sectorielles et simplifiant les procédures. Pourtant, les délais pour obtenir un agrément restent longs : entre 6 et 12 mois selon les secteurs. Les entrepreneurs locaux pointent aussi du doigt le manque de visibilité sur les aides locales, souvent dispersées entre plusieurs institutions.
Côté financement, les banques algériennes peinent à accompagner les startups et les PME innovantes. Benchaâboun reconnaît ce problème et annonce la création d’un fonds de capital-risque dédié, avec une dotation initiale de 50 milliards de dinars. « Nous voulons que 20 % des projets financés par ce fonds soient portés par des jeunes », déclare-t-il. Pour les entrepreneurs, cela pourrait signifier un accès plus facile aux prêts, sous réserve de critères stricts.
Comparaison avec les voisins
Face au Maroc, qui a attiré 3,5 milliards de dollars d’investissements directs étrangers en 2024, l’Algérie reste en retrait. Les raisons ? Une bureaucratie encore pesante et un climat des affaires parfois opaque. Benchaâboun concède ces lacunes : « Nous devons aller plus vite, mais sans sacrifier la stabilité ». Il cite en exemple les réformes en cours pour digitaliser les démarches administratives, comme la plateforme « Guichet Unique » lancée en 2024.
Côté énergie, l’Algérie mise sur le gaz et les énergies renouvelables pour attirer les capitaux. Le projet de production d’hydrogène vert à Adrar, en partenariat avec des groupes européens, est souvent évoqué. Pour les entrepreneurs locaux, cela ouvre des opportunités dans les services annexes (logistique, maintenance) ou les filières vertes.
Ce que cela change pour les entrepreneurs
Pour les chefs d’entreprise algériens, la stratégie de Benchaâboun se traduit par trois leviers :
1. Accès à des fonds publics : Via le FM6I ou les appels à projets, avec des participations pouvant atteindre 70 % du capital.
2. Partenariats internationaux : En collaborant avec des investisseurs marocains ou français, surtout dans l’industrie et les services.
3. Simplification des démarches : La digitalisation des procédures, même si elle reste progressive.
Pour la diaspora, les opportunités sont réelles, mais conditionnées par la capacité à surmonter les barrières administratives et financières. Les secteurs porteurs ? Agroalimentaire, TIC, énergies renouvelables et automobile.
À retenir pour les entrepreneurs
Le FM6I offre un financement jusqu’à 70 % des projets industriels éligibles, sous réserve d’un apport de 30 % en fonds propres. Les entrepreneurs de la diaspora peuvent bénéficier d’exonérations fiscales temporaires, mais les transferts de fonds restent onéreux (jusqu’à 5 % de commission). Les délais d’agrément, bien qu’en amélioration, peuvent encore atteindre 12 mois pour les projets complexes.
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