Barrages algériens à 41% malgré le dévasement massif

Cette semaine, l’Algérie affiche un taux national de remplissage des barrages de 41%, selon Abdelatif Azira, directeur général de l’Agence nationale des barrages et transferts (ANBT). Ce chiffre, révélé par la Radio algérienne, contraste avec les efforts déployés pour lutter contre l’envasement, un fléau qui menace la capacité de stockage des infrastructures hydrauliques du pays.

L’ANBT a lancé en 2021 une campagne de dévasement visant à retirer 38 millions de mètres cubes de sédiments des barrages. Cette opération, toujours en cours, cible principalement les retenues les plus touchées par l’accumulation de boues, comme celles de Koudiat Acerdoune, Béni Haroun ou Cheurfas. Selon les données de l’agence, ces sédiments réduisent chaque année la capacité de stockage de 0,5 à 1%, aggravant la pression sur les ressources en eau dans un contexte de sécheresse persistante.

Le barrage de Brezina, dans la wilaya d’El Bayadh, fait figure d’exception. Algerie Eco rapporte qu’il a atteint un taux de remplissage de 100% fin octobre 2024, une performance rare dans un pays où la moyenne nationale peine à dépasser les 50%. Ce succès s’explique par des précipitations locales supérieures à la normale et une gestion optimisée des apports en eau. Cependant, Brezina reste une exception : la plupart des barrages algériens, notamment ceux du nord, subissent les effets combinés du changement climatique et de la surexploitation.

Un réseau sous tension

L’Algérie compte 80 barrages en service, avec une capacité totale de 8 milliards de mètres cubes. Pourtant, leur taux d’exploitation réel oscille entre 30 et 50% depuis cinq ans, selon les rapports de l’ANBT. Les wilayas du sud, comme Adrar ou Tamanrasset, dépendent presque entièrement des nappes phréatiques, tandis que celles du nord, comme Alger ou Oran, puisent massivement dans les barrages pour alimenter les populations et l’agriculture.

Le dévasement, bien que coûteux, est présenté comme une solution indispensable. « Chaque mètre cube de sédiments retiré permet de récupérer un volume équivalent d’eau stockable », explique un ingénieur hydraulicien de l’ANBT, cité par El Watan. Les opérations, réalisées à l’aide de dragues et de pompes, coûtent en moyenne 500 millions de dinars par barrage. Malgré ces investissements, les résultats restent limités : les barrages de l’ouest, comme celui de Sidi Mohamed Benaouda à Relizane, affichent des taux de remplissage inférieurs à 20%.

L’agriculture en première ligne

La baisse des réserves hydriques pèse lourdement sur le secteur agricole, qui consomme 70% des ressources en eau du pays. Le ministère de l’Agriculture a récemment annoncé des restrictions sur les cultures gourmandes en eau, comme la pastèque ou la tomate, dans les wilayas du sud. « Nous encourageons les agriculteurs à adopter des techniques d’irrigation économes, comme le goutte-à-goutte, mais les mentalités évoluent lentement », confie un responsable du ministère à TSA.

Le Fonds international de développement agricole (FIDA) a alerté en mars 2023 sur le lien entre sécurité alimentaire et accès à l’eau. Dans un rapport publié sur son site, l’organisation souligne que « les petits exploitants algériens, qui représentent 60% de la production agricole, sont les plus vulnérables aux pénuries ». Le FIDA recommande des investissements ciblés dans les infrastructures hydrauliques rurales, un appel relayé par les autorités algériennes.

Des solutions à long terme

Face à cette crise, l’Algérie mise sur plusieurs leviers. Le Plan national de l’eau 2020-2030 prévoit la construction de 13 nouveaux barrages et la réhabilitation de 20 autres. Le projet de transfert des eaux du sud vers le nord, lancé en 2022, devrait également soulager les régions côtières. Cependant, ces infrastructures mettront des années à entrer en service.

Parallèlement, les autorités encouragent le dessalement de l’eau de mer. La station de Fouka, près d’Alger, produit déjà 120 000 mètres cubes par jour, et trois autres unités sont en construction à Oran, Skikda et El Tarf. « Le dessalement est une solution incontournable, mais elle reste coûteuse et énergivore », tempère un expert du secteur, interrogé par Liberté.

Un enjeu régional

La situation algérienne reflète les défis climatiques de toute l’Afrique du Nord. En Tunisie, les barrages ne sont remplis qu’à 30,9%, selon Webdo, malgré une légère hausse des apports en 2025. Le Maroc, confronté à des sécheresses récurrentes, a également lancé des campagnes de dévasement et investit massivement dans le dessalement.

Pour l’Algérie, la gestion de l’eau est devenue une priorité nationale. Le président Abdelmadjid Tebboune a récemment insisté sur la nécessité de « rationaliser l’utilisation des ressources hydriques » lors d’une réunion du Conseil des ministres. Les prochains mois seront cruciaux : les prévisions météorologiques annoncent un hiver 2025-2026 moins pluvieux que la moyenne, ce qui pourrait aggraver la situation des barrages.

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