Revue de presse : Changement climatique Algérie, Gastronomie algérienne, Diversification économique Algérie…

**L’Algérie face à son miroir : une modernité en tension**

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de hasard dans cette mosaïque. L’Algérie n’est pas un pays qui subit son histoire ; elle la négocie, parfois avec fracas. Que ce soit à travers la réhabilitation de son patrimoine culinaire ou archéologique, la relance de ses infrastructures, ou les crispations autour de sa diaspora, elle oscille entre deux postures : celle d’une puissance régionale assumant son rôle géopolitique (via l’énergie, la pharmacie, ou les alliances avec l’Inde), et celle d’une société en proie à des réflexes défensifs, hérités d’un siècle de luttes pour l’indépendance. Cette dualité n’est pas propre à l’Algérie, mais elle y prend une intensité particulière, comme si le pays était condamné à choisir entre l’ouverture et la forteresse.

**Le patrimoine, ou l’art de négocier son identité**

Cette schizophrénie patrimoniale reflète une tension plus large : comment concilier la mémoire des luttes anticoloniales, fondement du récit national, avec la nécessité de s’inscrire dans une mondialisation qui exige des symboles consensuels ? Le couscous, plat transnational par excellence, est un compromis parfait – assez algérien pour fédérer, assez universel pour séduire. Mais que dire des autres marqueurs culturels, comme l’artisanat (le ñai’ũpo mentionné en passant, ou les créations de Maison Mode Méditerranée), qui peinent à trouver leur place entre folklorisation et innovation ? L’Algérie semble hésiter entre une patrimonialisation défensive (protéger ce qui est menacé) et une patrimonialisation offensive (utiliser la culture comme outil de rayonnement).

**L’économie algérienne : entre diversification et dépendances persistantes**

Prenons l’exemple de la pharmacie. L’assouplissement des règles de cession d’actions aux étrangers est présenté comme une ouverture, mais il s’agit en réalité d’une mesure de dernier recours. L’État algérien, confronté à une pénurie chronique de médicaments et à une industrie locale sous-capitalisée, se résout à céder des parts pour attirer des investissements. Cette logique rappelle celle des infrastructures : le tramway d’Alger, malgré ses pertes colossales (52 milliards de dinars pendant la pandémie), reste un symbole de modernité, financé par des recettes pétrolières en déclin. Quant aux bus livrés par l’industrie militaire, ils illustrent une autre tendance : la militarisation de l’économie, où les entreprises publiques (souvent contrôlées par l’armée) deviennent les seuls acteurs capables de mener à bien des projets d’envergure.

Cette centralisation extrême pose une question cruciale : l’Algérie peut-elle diversifier son économie sans démocratiser son système productif ? Les start-up, dont le « taux de survie » dépasse 95%, bénéficient d’un soutien étatique massif, mais leur succès dépend d’un écosystème encore balbutiant. À l’inverse, les initiatives privées, comme celles des artisans tunisiens (à l’image de Jihene Souabni et sa marque TRIIIZA), misent sur l’innovation et l’export. L’Algérie, elle, semble privilégier une approche top-down, où l’État joue à la fois le rôle de régulateur, d’investisseur et de censeur. Résultat : une économie à deux vitesses, où les champions nationaux (pharmacie, BTP, énergie) coexistent avec un secteur informel qui représente près de 40% du PIB.

**Climat et souveraineté : l’équation impossible**

L’Algérie importe encore 50% de ses besoins en blé, une dépendance qui la rend vulnérable aux crises internationales (comme celle de 2022, où les prix ont flambé après l’invasion de l’Ukraine). Or, reboiser massivement, c’est aussi repenser l’usage des terres – et donc affronter les lobbies agricoles, qui défendent un modèle productiviste hérité de l’ère Boumediene. La « souveraineté numérique », vantée dans les médias, est un autre exemple de cette logique : l’État algérien investit dans les data centers et les start-up tech, mais refuse de libéraliser l’accès à internet, par crainte de perdre le contrôle de l’information.

Cette contradiction entre urgence écologique et réflexes souverainistes révèle une vérité plus profonde : l’Algérie n’a pas encore choisi entre une transition verte pilotée par l’État et une approche décentralisée, impliquant les collectivités locales et la société civile. Les projets associatifs à Sétif (comme ceux visités par CapDel) restent marginaux, faute de moyens et de reconnaissance. Pourtant, c’est peut-être là que se joue l’avenir : dans les marges, où des acteurs locaux tentent de concilier écologie et développement.

**La diaspora, ou l’Algérie face à son double**

La loi durcissant la déchéance de nationalité en est l’illustration. Officiellement, il s’agit de lutter contre le terrorisme ; en réalité, c’est une réponse à la crainte d’une diaspora qui échapperait au contrôle de l’État. Pourtant, des figures comme Karim Dendène, qui prône la « double nationalité comme une richesse », montrent qu’une autre voie est possible. L’Algérie pourrait s’inspirer de pays comme le Maroc, qui a su mobiliser sa diaspora (via des institutions comme la Fondation Hassan II) pour en faire un levier de développement.

Mais pour cela, il faudrait accepter une idée simple : l’Algérie ne s’arrête pas à ses frontières. Ses enfants, qu’ils vivent à Paris, Montréal ou Dubaï, sont aussi des acteurs de son avenir. Or, le pays semble encore prisonnier d’une vision jacobine de la nation, où l’unité prime sur la diversité. Cette crispation est d’autant plus paradoxale que l’Algérie a besoin de sa diaspora pour attirer des investissements, des compétences, et même des touristes (via le retour des « vacanciers » l’été).

**Infrastructures et dépendance : le tramway comme métaphore**

Cette logique s’applique à d’autres secteurs. Les bus livrés par l’industrie militaire (908 véhicules) montrent que l’État algérien, faute d’un secteur privé dynamique, se tourne vers ses propres entreprises pour combler les lacunes. Mais cette militarisation de l’économie a un coût : elle étouffe l’initiative privée et décourage les investisseurs étrangers. Comment expliquer, sinon, que l’Algérie, malgré ses ressources, attire moins de capitaux que le Maroc ou la Tunisie ?

Le tramway est aussi une métaphore de la dépendance technologique. Les réseaux algériens sont construits avec des technologies étrangères (chinoises, françaises, turques), ce qui pose la question de la souveraineté industrielle. L’Algérie a les moyens de développer ses propres solutions (via des entreprises comme Sonelgaz ou l’ENM), mais elle préfère souvent importer, par facilité ou par manque de vision à long terme.

**Synthèse prospective : l’Algérie en 2035, entre effondrement et renaissance**

1. Le scénario de l’effondrement différé : L

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