Algérie-Tunisie gèrent ensemble les nappes phréatiques

La Déclaration de Tripoli marque un tournant dans la coopération hydrique entre l’Algérie, la Tunisie et la Libye. Signée récemment par les ministres de l’Eau des trois pays, ce texte engage les gouvernements à coordonner la gestion des nappes phréatiques transfrontalières, notamment celles du Sahara septentrional et du bassin de la Jeffara. Selon La Presse de Tunisie, qui a révélé le contenu du document, les trois États s’engagent à échanger des données hydrologiques en temps réel et à harmoniser leurs politiques de forage pour éviter l’épuisement des ressources.

Le Sahara septentrional, partagé entre l’Algérie et la Tunisie, abrite l’une des plus grandes réserves d’eau souterraine au monde. Les nappes du Continental Intercalaire et du Complexe Terminal, exploitées depuis des décennies, subissent une pression croissante due aux besoins agricoles et urbains. En Algérie, l’Agence nationale des ressources hydrauliques (ANRH) a recensé une baisse moyenne de 1,5 mètre par an dans certaines zones, comme à Ouargla et El Oued. La Tunisie, de son côté, a enregistré des baisses similaires dans le gouvernorat de Kebili, où l’agriculture intensive a accéléré le déclin des réserves.

La Déclaration de Tripoli prévoit la création d’un comité technique tripartite, basé à Tripoli, chargé de superviser les projets communs. Ce comité aura pour mission de valider les nouveaux forages et de fixer des quotas d’extraction pour chaque pays. D’après des sources proches du ministère algérien des Ressources en eau, citées par El Watan, l’Algérie a proposé d’utiliser ses stations de dessalement d’eau de mer, comme celle d’El Mactaa à Oran, pour réduire la dépendance aux nappes phréatiques dans les zones côtières. Cette approche permettrait de préserver les réserves souterraines pour les régions sahariennes, où les alternatives sont limitées.

Les tensions passées entre Alger et Tunis sur la question de l’eau ne sont pas un secret. En 2022, la Tunisie avait accusé l’Algérie d’avoir creusé des puits près de la frontière sans consultation préalable, une accusation démentie par les autorités algériennes. La Déclaration de Tripoli semble mettre fin à ces différends en instaurant un cadre juridique contraignant. Le texte inclut une clause de non-agression, stipulant que tout nouveau projet d’exploitation doit être approuvé par les trois parties. Selon Le Courrier de l’Atlas, cette mesure vise à éviter les conflits futurs, comme celui qui avait opposé la Libye et la Tunisie dans les années 1990 autour du bassin de la Jeffara.

Sur le plan technique, les trois pays misent sur des solutions innovantes pour optimiser l’utilisation des ressources. L’Algérie a déjà lancé un programme de modernisation de ses réseaux d’irrigation, avec l’appui de la Banque africaine de développement (BAD). Ce projet, d’un coût de 1,2 milliard de dollars, vise à remplacer les systèmes d’irrigation traditionnels par des techniques goutte-à-goutte, réduisant ainsi la consommation d’eau de 30 %. La Tunisie, quant à elle, expérimente des cultures hydroponiques dans le gouvernorat de Tozeur, une méthode qui utilise 90 % d’eau en moins que l’agriculture conventionnelle.

La coopération ne se limite pas à la gestion des nappes. La Déclaration de Tripoli évoque également la possibilité de construire des infrastructures communes, comme des barrages ou des stations de traitement des eaux usées. Un projet de pipeline reliant les réserves algériennes aux zones tunisiennes déficitaires est à l’étude. Selon TAP, l’agence de presse tunisienne, ce pipeline pourrait acheminer jusqu’à 50 millions de mètres cubes d’eau par an vers le sud tunisien, où les besoins sont les plus pressants.

Les défis restent cependant nombreux. Les trois pays doivent surmonter des obstacles logistiques et politiques pour concrétiser ces engagements. En Libye, la fragmentation du pouvoir entre l’Est et l’Ouest complique la mise en œuvre des accords. En Algérie, la bureaucratie ralentit souvent les projets transfrontaliers, comme l’a montré le retard accumulé dans la construction du gazoduc Galsi, censé relier l’Algérie à l’Italie via la Sardaigne. Malgré ces difficultés, les experts estiment que la Déclaration de Tripoli pourrait servir de modèle pour d’autres régions africaines confrontées à des pénuries d’eau.

La question de l’eau est devenue un enjeu stratégique pour l’Algérie, qui cherche à diversifier son économie tout en assurant sa sécurité alimentaire. Avec une population de 45 millions d’habitants et des températures en hausse, le pays doit trouver des solutions durables pour éviter une crise hydrique. La coopération avec la Tunisie et la Libye s’inscrit dans cette logique, mais elle dépendra de la capacité des trois États à surmonter leurs divergences et à respecter leurs engagements. Pour l’Algérie, cette initiative représente aussi une opportunité de renforcer son rôle de leader régional dans la gestion des ressources naturelles.

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